She keeps Bees

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She Keeps Bees, c'est un peu comme une abeille qui vous pique. Au début un léger picotement, puis une sensation étrange suvie d'une réaction qui peut vite se propager à travers tout le corps.

Avec leur rock puissant et captivant, les musiciens de Brooklyn Jessica Larrabee et Andy LaPlant étaient jeudi dernier à la Flèche d’Or pour la tournée de Nests, leur deuxième album. Une belle occasion de rencontrer un duo vraiment pas comme les autres.

Hier soir vous étiez à la Flèche d’Or. Le concert s’est bien passé ?

_mg_5099-2 Jessica : Oui absolument ! C’est un miracle quand il y a un bon son et Andy et moi étions juste à côté l’un de l’autre, c’est super de pouvoir se voir quand on joue… et ce qui était génial, c’est que les gens écoutaient ! ( rires )

Oui, on dirait que le public français est très attentif !

Jessica : Exactement, vous être très polis et silencieux…. parfois c’était même un peu trop silencieux ! Je me disais « Est-ce qu’ils vont bien ?! Je dois leur faire peur ! » ( rires ). Mais le public français est génial, les gens sont venus nous parler à la fin du set, ils étaient vraiment très amicaux avec nous. On s’est sentis très bien accueillis.

Jessica tu semblais un peu agitée hier soir… étais-tu nerveuse pour le concert ou est-ce ta nature ?

Jessica : Je suis toujours nerveuse quand je monte sur scène ! ( rires ). Je crache littéralement tout ce qui me passe par la tête essaye de dédramatiser la situation en me montrant divertissante ! J’essaye aussi d’établir une connexion avec le public… Quand les choses ont l’air rigolotes, ça outrepasse la barrière de la langue. Donc j’essaye de faire ça un maximum… et puis ensuite, je pense «  Oh mon Dieu, je ne suis pas du tout marrante, je suis juste en train de dire des choses complètement stupides sur moi ! ».

Andy : Je suis le mec serein. ( rires )

Juste pour vous connaître un peu mieux, quelle est votre relation ? Vous êtes des amis de longue date ?

Andy : eh bien… on est ensemble ! ( rires )

Jessica : c’est mon amoureux ! On s’est rencontrés quand il est arrivé à New York. Je travaillais dans un bar, et il a emménagé dans l’appartement juste en face ! Il n’arrêtait pas de venir, et je n’arrêtais pas de lui offrir de la bière donc on est devenus amis ( rires ). Il est vraiment super… Le jour de notre premier rendez-vous, il m’a fait écouter des morceaux qu’il avait composés dans un placard dans une maison secrète ( rires ) et qu’il n’avait jamais fait écouter à personne… Moi je bidouillais avec ma guitare électrique et il a voulu m’aider à enregistrer… donc c’est comme ça qu’on a commencé !

Notre relation est très organique, on a en quelques sortes grandi ensemble. Il a commencé à jouer de la batterie, et petit à petit les chansons ont pris une forme et il m’a fait devenir la musicienne que je voulais être.

Quelle jolie histoire !

Jessica : Oui ! ( rires ) Pendant un moment je n’arrêtais pas d’essayer, essayer, essayer et ce n’était pas du tout naturel. J’essayais trop fort. Et puis il est arrivé ! ( rires )

Et qu’est-ce que vous leur trouvez aux abeilles ?!

_mg_5109-2 Jessica : J’adore les abeilles !! ( rires ) En fait je voulais trouver un nom de scène en rapport avec mon nom de famille ( Larrabee ), et je me suis torturée l’esprit ! Je me disais «  Bee Keeper ..? Hmm… Bee Lady .. ? Non c’est pas bien.. » ( rires ) Puis She Keeps Bees m’est venu et ça m’a parût logique, il y avait du rythme… Et plus j’y pensais, plus je me disais «  mais oui, les abeilles sont très importantes pour moi » ( rires ). Maintenant je peux dire que les abeilles sont mes amies ( rires ) !!

Nests est votre deuxième album, album très intime j’ai trouvé. C’est un rock assez blues, mais également grunge à certains moments… Votre musique est profonde, mais aussi brute et dure, comment en êtes-vous arrivés à cette atmosphère ?

Andy : on ne l’a pas vraiment cherché, on a tout enregistré à la maison… c’est elle qui a créé l’atmosphère. On ne voulait pas trop rajouter d’effets à nos chansons, on a enregistré dans la salle de bain, dans le salon…

Jessica : on voulait rester fidèle à ce qu’on fait en live… à quelque chose de brut, mais d’intense. Pour certaines chansons, Gimmie par exemple, on a enregistré avec du vieux matériel des années 70 et avec une guitare que mon père avait trouvée dans un vieil appartement abandonné… Elle avait l’air de venir du rayon antiquité d’un grand magasin ( rires ), mais elle avait ce son incroyable. Et Andy a le talent de ressentir les choses et de savoir faire sortir un son, il crée comme ça. Parfois il y avait une sorte de grondement qui sortait de la guitare et la combinaison avec la voix qui par moment peut paraître agressive, a donné cette intensité à l’album.

Andy : on a pas essayé de chercher à avoir un son en particulier… on a juste essayé de faire du mieux qu’on pouvait étant donné les circonstances dans lesquelles on a enregistré ! ( rires )

C’est ça qui est paradoxal, il n’y a pas grand-chose finalement, mais il y a tout de même ce son qui est devenu le vôtre…

Jessica : oui… je crois vraiment que c’est dû à l’appartement, c’est pour cela qu’on a appelé l’album Nests (Nids NDLR), on a enregistré dans notre tout premier appartement et sur le mur il y a comme des petits nids imbriqués, c’est pour cela que parfois on peut entendre des oiseaux ou bien même les radiateurs…! Mais on a tout voulu garder, un peu comme… pas un collage, mais…

Andy : un retour vers le passé ?

Jessica : oui ! Une sorte de capsule du temps… ( rires )

L’amour est donc très présent dans cet album, quelles sont vos autres sources d’inspiration ?

_mg_5159-2 Jessica : beaucoup de choses, l’amour bien sûr, mais les relations avec les autres aussi, les côtés sombres des gens, les démons du passé… J’aime quand on peut ressentir les émotions du chanteur, lorsque l’on voit qu’il y a une vraie douleur. Par exemple dans My Last Nerve, c’est comme tracer une ligne dans le sable, une sorte de barrière que l’on construit après que quelqu’ un l’ai franchie et qui continuerait probablement à le faire si tu n’étais pas arrivée à construire cette barrière… C’est drôle, car on ne joue même plus cette chanson en live… je sentais que c’était trop.

Jessica, les critiques musicaux te voient comme la nouvelle PJ Harvey et te comparent à Cat Power, ils comparent également le groupe aux White Stripes… quel effet ça vous fait ?

Andy : personnellement, je n’ai jamais écouté PJ Harvey ou Cat Power, donc c’est intéressant de voir comment les gens perçoivent nos compositions, à quoi ils les associent… Bon, je pense qu’on aurait pu être comparés à pire ! (rires)

Jessica : on avait entendu pas mal de trucs live des White Stripes, du coup on était du genre (prend un air étonné) «  Non ? Vraiment ? Oh ! Wahou, Merci ! ». Il y a aussi bien sûr cette image d’intense connexion, de communication homme-femme et d’échange qui est reflétée à travers nous.

Vous êtes signés sous le label anglais Names alors que vous êtes américains… Comment cela s’est-il passé ?

Andy : oui, c’est bien tombé, on cherchait quelque chose qui nous permettrait de voyager dans d’autres pays, mais on ne connaissait pas vraiment de gens… Puis on a eu cette proposition. On continue de tout faire nous même aux États-Unis… mais je pense que ça doit être un peu plus dur d’être signé là-bas… On a beaucoup d’offres de concerts à New York, mais en ce qui concerne les tournées c’est beaucoup plus difficile.

Jessica : on était excités de pouvoir venir en Europe, de faire de nouvelles connexions… Le label a vraiment été super, rien que pour le fait de croire en nous. Les gens ont généralement de l’appréhension et on tendance à penser « et si ce groupe ne marchait pas ? », donc de voir que le label nous donnait cette confiance, c’était génial.

Comment avez-vous fait pour vous faire entendre par ce label ?

_mg_5091-4e952 Andy : une des personnes du label a trouvé notre album dans un petit magasin de New York qui d’ailleurs a vraiment été sympa avec nous quand on l’a sorti. Ils avaient mis une gentille description de notre musique, et ça nous a vraiment aidés ! L’album était disponible uniquement dans ce magasin et bien sûr en ligne, et puis le label est tombé dessus et nous a contactés.

Jessica : on voulait être comme un arbre… et pousser très lentement ! Avant de rencontrer Andy, je jouais déjà toute seule à New York, et puis maintenant il y a tellement d’opportunités… c’est super ! Les connexions sont importantes, et quand j’étais seule, je n’avais pas la patience, je ne savais pas comment m’y prendre, je me retrouvais devant mon ordinateur à écrire (prends un air idiot) «  Venez écouter ma musique… venez à mon concert… Oh je n’en sais rien ! ». Je me suis tellement sentie mieux quand le label est venu à nous.

Est-ce que vous arrivez à vivre de votre musique ?

Andy : j’ai quitté mon emploi en mai dernier pour partir en tournée…

Jessica : c’est difficile… Des gens nous disent de prendre un autre membre dans notre groupe, mais on est comme une petite famille, on ne veut pas et puis financièrement on ne peut pas ! Je paye Andy en baisers ! ( rires ). J’aime ce qu’on fait, de garder le contrôle sur notre musique et de pouvoir tout faire nous même, à la sueur de notre front et je pense qu’on est chanceux de se retrouver à deux pour vivre cette expérience.

À défaut d’argent pour vivre, vous pouvez visiter l’Europe !

Jessica : eh bien pas tant que ça ! L’emploi du temps est assez chargé… On fait généralement huit concerts d’affilée et puis on a un jour de congé… La semaine prochaine on aura notre propre voiture donc on pourra se déplacer un peu partout… mais je ne sais absolument pas comment ça va se passer ! (rires) La voiture est anglaise donc avec le volant à droite… je vais juste aller très très doucement pour ne pas avoir d’accidents ! ( rires )

Andy : on ne va jamais y arriver ! ( rires )

Vous avez d’autres projets ?

Jessica : Eh bien la tournée, on va revenir en France en février pour jouer avec Herman Dune, et puis récemment j’ai fait une chanson, Cuddle alone, avec Sharon Van Etten, une superbe chanteuse folk, qui s’est d’ailleurs retrouvée sur une compilation française ( Let’s Kiss and Make up ‘slow and fast ) NDLR). À Noël on a enregistré de nouvelles choses… on était à côté du sapin ( rires ), on préfère vraiment enregistrer à la maison, on a essayé le studio une fois, mais tout est une question d’argent, il faut aller vite, car ça coûte cher, ça ne me met pas dans de bonnes conditions et je me retrouve à dire (se prend la gorge et parle avec difficulté) «  Oh non, j’ai perdu ma voix, je ne peux pas le faire, trop de pression » !! ( rires ).

Quelque chose que vous aimez en ce moment ?

_mg_5152-2 Jessica : je dirais This Frontier Needs Heroes … je n’arrête pas de chanter leurs chansons, elles restent dans ma tête…

Andy : Naked Hearts aussi…

Jessica : ce sont des amis, et c’est super, car c’est eux qui font chanter mon coeur. C’est génial d’être entouré par de bonnes âmes, c’est très inspirant.

Quelque chose que vous détestez ?

Jessica : Oh oh ! (rires)

Andy : on essaye de ne pas trop détester les choses, n’est-ce pas Jess? (rires)

Jessica : ( rit très fort ) Non c’est vrai, détester c’est une mauvaise énergie !

Oh je serais curieuse d’avoir votre avis sur Lady Gaga alors !

Jessica et Andy explosent de rire

Jessica : c’est.. Hum… un autre monde !

Andy : c’est comme les musiques des magasins, c’est très ennuyeux ! ( rires )

Jessica, hier soir tu nous a parlé de ton professeur de français qui t’avait dit…

Andy explose de rire encore une fois

. qui t’avait dit que tu avais complètement saccagé la langue française en une seule phrase… Est-ce que tu te souviens de cette phrase ?

Jessica : ( rires ) Oh j’aimerais tellement !! Cette prof était tellement horrible, tellement méchante ! Mon cerveau s’est complètement fermé sur lui même, je ne pouvais plus parler ! ( rires ). À l’époque je m’étais dit «  Je vais faire savoir au monde entier que cette peau de vache a gâché ma vie ! » ( rires ). Je suis désolée, je ne me souviens pas de la phrase… c’était un moment trop dur ! ( rires )

Andy rigole très fort.

Un dernier mot ?!

Jessica : On adore la France !! On aimerait pouvoir rester toute la vie ! ( rires )

Eh bien vous êtes les bienvenus !

Crédits photo : STV

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A propos de l'auteur

Image de : J'aime le Rock, le vrai, pas le trop bruyant ni le trop mou, des Brian Jonestown Massacre aux Yeah Yeah Yeah's en passant par Marilyn Manson ou NIN. Je passe une grande partie de mon temps dans la pénombre des salles de concert pour essayer inconsciemment de découvrir The Next Big Hit !

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