Shannon Wright

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L’auteur/compositeur a répondu avec pudeur à nos questions, à l’occasion de la sortie de son nouvel album Secret Blood le 8 novembre prochain.

Image de Shannon Wright Secretblood Moins monolithique que des albums comme Over the Sun (2004), aux sons lancinants de guitares électriques, ou le plus doux Let in the Light (2007), marqué essentiellement par des mélodies au piano, Secret Blood nous saisit du début à la fin.

Shannon Wright nous emmène dans ce qu’elle appelle « les différentes facettes de sa musique ». Elle joue sur les nuances et les changements de rythmes. L’américaine envoie du lourd avec des chansons courtes aux sons bruts comme Fractured ou Violent Colors. Elle s’adoucit dans On the Riverside, au son plus travaillé, accompagné du bruissement tamisé des balais. Elle se permet d’insérer un interlude de 25 secondes (Fairgrounds), comme un souffle, pour ensuite nous embarquer dans un piano-voix épuré (Satellites).

Tout cela est fait avec modestie, sans grandiloquence, mais avec beaucoup de talent.

Comment décririez-vous votre dernier album ?  Dans quel état d’esprit l’avez-vous enregistré ?

Pendant une certaine période, j’écoutais beaucoup plus de vieux groupes que j’avais l’habitude d’écouter avant. Je jouais beaucoup plus de guitare et les chansons sont venues naturellement. La plupart des chansons sont venues spontanément et sont restées ce qu’elles étaient au départ.

Je n’ai pas de concept d’album déterminé. Je voulais juste avoir un son peut-être plus agressif dans mes chansons.

Vous nous surprenez quand vous insérez une courte introduction brumeuse ou encore un interlude de 25 secondes. Vous aviez envie d’oser plus, d’être plus libre dans la composition de cet album ?

Oui, c’est ça. Je me suis sentie plus libre. Par exemple, j’ai composé quelques petits morceaux que je pensais achevés même s’ils étaient très courts, même s’ils faisaient quelque chose comme 60 secondes. Je me suis juste dit : « ok, enregistrons ces morceaux ». Je n’ai donc pas voulu les développer plus et en faire de « grandes » chansons. Je les ai juste enregistrées.

L’enregistrement a été très simple cette fois-ci.  J’aime beaucoup être en studio. Je m’amuse, même si c’est difficile. Ce n’est pas du tout une corvée.

Quelles sont les chansons qui vous ont le plus marquées ?

Je suis très contente de toutes ces chansons. C’est difficile à dire. Ces chansons sont différentes et je les aime pour différentes raisons. J’aime bien On The Riverside par exemple, parce qu’on a trouvé des bons sons, des bons effets.

Quelque chose a changé ou évolué dans votre façon de chanter. Votre voix est plus en retrait, peut-être plus apaisée. Avez-vous travaillé en particulier sur votre voix, ou fait des choix dans la production allant dans ce sens ?

Oui, je voulais que le chant soit plus naturel parce que j’avais l’impression que, sur certaines chansons, j’annonçais : « attention, je chante ! ». Je ne voulais pas présenter mes chansons comme des performances vocales. Il y a plus de guitare. J’y tenais beaucoup. C’est vrai que je me suis moins focalisée sur le chant que pour l’album précédent.

En 2004, vous avez enregistré un album avec Yann Tiersen. Y-a-t-il d’autres musiciens avec lesquels vous aimeriez travailler et faire un album ?

Non. L’album que j’ai fait avec Yann s’est fait dans des circonstances particulières. Je n’ai pas vraiment envie de composer avec quelqu’un d’autre.

Je me souviens quand j’ai découvert la musique  de Yann. J’étais en tournée en France. Je suis allée chez quelqu’un que je ne connaissais pas après un concert. Une personne m’a donné un CD qu’il avait gravé en disant : « Ta musique me fait penser à celle de Yann Tiersen. Tu as un style similaire ». Je lui ai dit « ok » et j’ai quand même fini par écouter ce disque. Mais je ne connaissais pas le nom des chansons et je ne me rappelais pas du nom de Yann Tiersen non plus. C’était un peu comme un mystère. Mais, j’ai écouté ce CD pendant le reste de la tournée. Je l’ai gardé et son auteur est vraiment devenu une personne énigmatique. Plus tard mon label ma dit « Tu sais Yann est fan de ta musique, tu devrais le rencontrer ». Alors on s’est rencontrés et on a enregistré cet album.

Quelles sont vos plus grandes influences ?

J’écoute toutes sortes de choses. Surtout des vieux groupes… Neil Young reste l’un de ceux que je préfère. Je me reconnais beaucoup dans ses structures de chansons qui ne sont pas lisses. Il y a des aspérités. J’aime ce genre de musique. Je m’identifie à ce musicien parce qu’il représente différentes facettes de la musique. Quand j’essaie de penser à ce que je fais, je ne peux pas dire qu’un seul type de musique me définit non plus.

Sur scène, vous donnez beaucoup au public en exprimant des émotions très intenses, en vivant votre musique. Paradoxalement, vous semblez très timide. Est-ce la raison pour laquelle vous ne parlez presque pas sur scène ?

Oui… Je ne ressens pas le besoin de parler. Sincèrement, quand je vais voir des concerts, je ne suis pas intéressée par ce que les artistes ont à dire, même si j’adore leur musique. La musique exprime tellement plus que si je disais : «  Salut, est-ce que vous allez bien ?» et autres généralités… Quand je m’entends en train de dire ça, ça n’a pas l’air naturel du tout. Je ne veux pas me sentir obligée de faire ça, parce que ce n’est pas honnête. Mais quand je dis « merci », je le pense vraiment. Non, je ne ressens l’envie de parler.

D’où vient cette mélancolie profonde que vous communiquez ?

De beaucoup d’endroits. Je n’ai pas grandi dans des conditions faciles. A l’âge de quinze ans, je me suis retrouvée toute seule. C’était un peu un combat de tous les jours d’avoir quinze et d’être livrée à soi-même. Il fallait que je m’occupe de moi et que je trouve un endroit pour vivre et un travail. Bref.

Quelque part, il y a eu aussi des points positifs. Cela m’a appris à avoir une empathie profonde pour les gens. J’extériorise toutes ces choses à travers ma musique.

Ce n’est pas toujours de la mélancolie. C’est aussi de l’amour. Pour moi, quand je joue, je partage ma musique avec le public pour communiquer avec le public. C’est de l’amour, même si l’on vient de mondes différents, et que je ne vous connais pas.

Crédits photo : Chris Lopez

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En savoir +

Shannon Wright, Secret Blood (Vicious Circle / Discograph), sortie le 8 novembre.

Myspace : http://www.myspace.com/shannonwrightmusic

Commoner’s Saint, premier extrait du nouvel album de Shannon Wright, est en téléchargement gratuit ici.

Shannon Wright est en tournée en France en Novembre.

A propos de l'auteur

Image de : Fanny adore passer des soirées dans les salles obscures ou dans les salles de concert, mais elle préfère parler de trucs un peu moins glamours : les médias et la politique. Assister à une séance de l’assemblée nationale, une conférence sur l’opinion publique ou un débat entre deux responsables politiques ne lui fait pas peur. Elle adore ça. Elle est même devenue parisienne pour avoir l’occasion de le faire plus souvent. Mais, elle n’oublie pas d’où elle vient et soutient avec véhémence son groupe grenoblois préféré : The Melting Snow Quartet ( http://www.themeltingsnowquartet.com ).

1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 27 novembre 2010
    isa a écrit :

    super, merci pour cette interview

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