Sexe, Bohème et USA : Charlie Winston nous dit tout sur son nouvel album

par Johann Mise|
Très attendu, le deuxième opus de Charlie Winston s’intitule Running Still et comporte 12 morceaux. On retrouve le style du chanteur à travers son accent délicieux, ses jeux de bouche et sa pop mélancolique. Nous l’avons rencontré quelques jours avant la sortie de ce deuxième album dans un café parisien.

Si vous n’étiez pas là aujourd’hui, si vous ne faisiez pas de musique, que feriez-vous, où seriez-vous à votre avis ?

Image de Charlie Winston : Hum… C’est une question très hypothétique. Je peux dire où je serais, où je voudrais être. Si je ne faisais pas de musique, je pourrais écrire, être acteur ou même réaliser des films.

Mais vous pourriez aussi faire tout cela après votre carrière musicale, non ?

CW : Oui bien sûr. Mais je ne peux pas le faire actuellement, justement parce que je fais de la musique. Je crois que j’aimerais beaucoup écrire simplement, par pour de la musique. Des livres par exemple, mais c’est quelque chose de très solitaire. Et j’ai besoin des autres. Peut-être des longs-métrages pièces de théâtre qui sait ?

Vous dites que vous avez besoin des autres. C’est pareil lorsque vous composez ? Vous échangez pendant que vous écrivez ou bien vous préférez être tout seul ?

CW : Non j’ai besoin d’être seul lorsque j’écris. Mais ce n’est qu’une partie de mon travail. Jouer sur scène, échanger avec mes musiciens… J’ai plein d’autres moments pendant lesquels je me nourris des autres. C’est une question d’équilibre. J’ai besoin de cette solitude, mais je ne peux évidemment me passer des autres. C’est un paradoxe que l’on retrouve dans le titre de mon album, Running Still.

Vous vivez une grande partie de l’année à Paris. Prince est amoureux de cette ville, tout comme Lenny Kravitz, Hugh Coltman vit également à Paris… Que se passe-t-il entre cette ville et les artistes anglophones ? Est-ce que la ville est une réelle source d’inspiration ou bien est-ce simplement parce que c’est la capitale de la France ?

CW : Je pense qu’il y a un état d’esprit particulier en France. C’est quelque chose que l’on retrouve beaucoup dans les cafés. Un endroit où les gens se retrouvent, discutent, mangent, fument. C’est une culture que l’on retrouve à tous les coins de rue. Paris est une petite ville, que l’on peut traverser à pied. Tout est lié aux personnes. Il y en a partout, aux quatre coins de la ville.

Et il y a toujours quelque chose à faire aussi…

CW : Oui mais… Cela inclut également le fait de pouvoir s’assoir n’importe où et ne rien faire. Ça fait partie de la culture parisienne je trouve. La ville a gardé une atmosphère bohémienne je trouve. Même si bien sûr la culture moderne et les technologies ont pris un peu le pas. Tout ça a un peu été foutu en l’air par les nouvelles technologies. Je veux dire maintenant on a la possibilité de rester en contact avec quelqu’un en permanence. Ce qui peut être un problème pour quelqu’un qui vit « à la Bohème » : c’est un état d’esprit qui correspond un peu au fait de vivre dans un espace vide, sans interférences.

Vous pensez réellement qu’il y a encore des personnes qui vivent à la bohémienne en 2011 ?

CW : Et bien je pense qu’il s’agit d’un état d’esprit. Par exemple les Français adorent la paperasse, même si personne ne les lit. Ils ont besoin de règles. Ne les suivent pas pour autant, mais ils en ont besoin. Tandis que les Anglais ont non seulement besoin de règles, mais ils les suivent. Un peu comme les Japonais. Mais il y a autre chose, un point essentiel qui est en général la première chose qui vient à l’esprit quand on parle de Paris : les filles. Les femmes, plus particulièrement à Paris, ont quelque chose de particulier. (Il hésite longuement). D’abord, la France est un pays féminin. Tout est une question d’esthétique, de séduction. Les femmes font très attention à ça. Il y a cet équilibre incroyable, à Paris : les femmes sont toujours apprêtées, mais pas trop. Sans en avoir l’air. Les Françaises savent comment satisfaire les hommes : il s’agit de leur laisser une certaine liberté. Tandis qu’en Angleterre, tout est question d’engagement et de loyauté. Attention je ne dis pas que les Anglaises n’ont pas leurs qualités, mais l’état d’esprit est totalement différent.

Les Anglaises ont également une réputation…

CW : (Il fait mine de ne pas comprendre, gêné) Ah bon ? Quelle réputation ?

(Là, c’est moi qui suis gêné) Et bien c’est une généralité bien sûr mais on dit parfois qu’elles sont…plus faciles.

CW : Oui peut-être dans la vie de tous les jours. Mais quand il s’agit de passer « à l’action », je n’y crois pas. Les Françaises, elles, sont très actives sur ce plan je trouve.

Parlons de ce second album. Est-ce qu’il a été plus compliqué à réaliser ? Comment l’avez-vous abordé ?

CW : Juste après avoir terminé l’enregistrement de Hobo (son premier album NDLR), je me suis fixé pour objectif de créer plein de nouveaux morceaux pour un deuxième album. La maquette de ce second album comportait 27 morceaux, puis la semaine précédant l’enregistrement on a réduit le nombre de chansons à 18. Puis on est passé en studio, on n’en a arrangé 15 pour finalement n’en garder que 12.

Mais alors ces 6 chansons qui restent, voire les 15 écartées, on pourra les entendre en live ?

Image de CW : Certaines oui. Mais je préfère ménager le suspense.

Vous parlez de Red Hot Chili Peppers, de Barbara, de Beethoven. Est-ce que ce sont de véritables inspirations ou bien de simples anecdotes pour illustrer vos morceaux ?

CW : Non ce sont de vraies sources d’inspirations. Mais j’en ai des dizaines…

Comme ?

CW : Brel, Tom Waits, Leonard Cohen, Paul Simon, The Kings les Beatles les Stones Led Zeppelin et Pink Floyd bien sûr. Mais aussi Nick Cave… J’ai besoin d’écouter de la musique pour m’inspirer. Sauf quand je compose. Et j’ai besoin de lire des livres, regarder des films, danser aussi. Apprendre, c’est une bonne source d’inspiration.

Vous avez participé au dernier album studio de Wax Tailor (le morceau I Own You). Est-ce que vous envisagez un nouveau featuring ?

CW : Non ce n’est pas d’actualité. Non que je ne veuille pas mais nous n’avons pas eu l’occasion d’en discuter.

D’autres collaborations en vue ?

CW : Rien de prévu. Mais j’aimerais beaucoup travailler avec Feist par exemple. Je ne lui ai pas encore demandé mais j’ai prévu de lui écrire une lettre pour lui en faire part. J’aime beaucoup ce qu’elle fait. J’aime aussi beaucoup Camille, dont je n’ai pas encore eu l’occasion d’écouter le dernier album. J’aimerais bien écouter davantage d’artistes français récents. J’aime beaucoup ce qu’ont fait Alain Bashung, Renaud, Alain Souchon ou encore les Rita Mitsuko. Même Manu Chao. Mais j’aimerais bien qu’il ne fasse pas toujours la même chose. Je ne comprends pas pourquoi j’ai l’impression qu’il fait toujours la même musique. Peut-être que c’est en Live que sa musique prend tout son sens. Mais Clandestino était un album tellement génial ! Et puis j’ai écouté Esperanza et là. Pfff. Je me suis dit “Mais c’est le même !”. Alors que son premier album… Il faut savoir qu’il m’a notamment inspiré pour la chanson In Your Hands, qui parle du voyage.

Vous suivez la nouvelle scène française alors ?

CW : Oui, j’ai l’impression qu’il y a eu, depuis 10 ans, plein de bons groupes en France. Qu’est-ce que vous pensez de Dominique A ?

Je ne sais pas, qu’est-ce que vous vous en pensez ?

CW : Je ne sais pas, j’aimerais bien écouter ce qu’il fait. Ce sont des amis, le groupe belge Saule (et les Pleureurs) qui m’en ont parlé. Il paraît que leurs musiques se ressemblent. J’ai bien aimé ce que fait Gush aussi. Leur album est vraiment intéressant. Ils ont l’air sympa en plus.

Quel est votre programme pour les semaines à venir ?

CW : On va continuer la promo pour cet album (qui sort le 21 novembre), essayer de le faire découvrir à de nouvelles personnes. On va en faire la promo au Canada et aux États-Unis. Pour ce pays on a plusieurs maisons de disques qui sont intéressées, mais rien n’est encore fait.

Vous attendez beaucoup des États-Unis ?

Je n’attends rien. Je vais faire de mon mieux pour que ça marche, mais si ça ne le fait pas, ça ne le fera pas et puis c’est tout. Je serai toujours là de toute façon.

Running Still – la chronique

Image de Comme on l’attendait ce deuxième album de Charlie Winston ! Hello Alone a tout pour faire un tube et sera sans aucun doute le pilier de la promotion de l’album, notamment à la radio. Mais le chanteur anglais nous a également surpris à travers quelques titres comme Speak To Me, une sorte de rap chanté qui change des habitudes musicales de Charlie Winston. Si certains n’accrocheront peut-être pas à la version studio, le morceau prend tout son sens en live.

Tout comme The Great Conversation, un morceau grandiose qui démontre la volonté de l’artiste de renouveler quelque peu son style. On rêve de voir ce titre en live, accompagné des instruments à cordes présents dans l’introduction. Le chanteur se donnait d’ailleurs en public pour la première fois à Paris à la Flèche d’or le mercredi 16 novembre à l’occasion d’un concert privé. Malheureusement pas d’orchestre, probablement en raison de la taille réduite de la scène.

Charlie Winston manie à merveille la chanson triste, comme le prouvent She Went Quietly ou même Unlike Me, deux morceaux à éviter un lendemain de rupture. Ceux qui avaient aimé danser sur les titres pêchus du premier album ne sont cependant pas en reste : Wild Ones et bien évidemment Hello Alone. Toujours très délicat à aborder, le second album est un exercice sur lequel on attendait impatiemment Charlie Winston. Pas de doute, Running Still est une réussite même si on aurait aimé plus de titres sur la galette.

Crédits photo : Nicols Brunet

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2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 22 novembre 2011
    isatagada a écrit :

    Chouettes ITW et photos :-) Je ne suis pas sûre de votre discours sur les femmes cependant ^^

  2. 2
    le Samedi 26 novembre 2011
    gaële a écrit :

    Bravo quel professionnalisme!! ;)

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