Septième Ciel – Les Fatals Picards

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Sept albums studio, 15 ans d'existence, 1 000 concerts au compteur, c'est à se demander si le "Septième Ciel" a été franchi bien avant la sortie de l'album pour les Fatals Picards.

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Comment aborder le « 7ème Ciel » ? Un manuel d’explication peut vous y aider. Tout d’abord, quelques principes clé :
1. Ne croyez pas tout ce que les Fatals Picards vous disent (si vous n’avez pas d’humour…)
2. Soyez adeptes des jeux de mots pourris
3. Attention, ils savent être sérieux (aussi)
4. Levez-vous et dansez !

La lecture enfin banalisée, à vous de voir à présent quelle rubrique vous intéresse le plus…

Catégorie « Moi, je suis un ouf » 

avec Atomic twist, Punks au Liechtenstein, Pogo d’amour

Cette première catégorie regorge de références en tous genres, des morceaux taillés pour le live, des cocktails molotov incontrôlés. En toute simplicité, les Fatals Picards voyagent : au Japon, tout d’abord, pour un Atomic Twist. Sous fond de punk agité pour aller twister à Fukushima, « Regarde mon amour je brille dans le noir, regarde mon amour il n’y a plus d’espoir ! », les Fatals Picards envieraient presque les touristes japonais… 

Mais cette halte au pays du Soleil Levant laissera des traces : de cette danse endiablée né un subtil « mais mon amour est ce que tu pourrais me dire s’il y a des punks au Liechtenstein ? ». Rock saturé pour un questionnement déglingué, « si j’écrase mon avocat est ce que j’obtiendrais du guacamol ? », la présence de Didier Wampas rajoute une part de folie à un morceau qui bascule dans une noirceur littéralement décalée. De la parodie du métal s’entrechoque un joli clin d’oeil à Rammstein à coups de « Liechten-Liechten-LiechtenSTEINNNNN » déments !

Mais de là à croire que les Fatals Picards n’iront pas jusqu’au bout de leurs ambitions relève du leurre : histoire d’immortaliser cette nouvelle union sacrée, Paul y va de sa petite déclaration : Pogo d’amour, ou comment est née une histoire qui méritait d’être racontée. Riffs acérés pour rythme de fin de soirée, « allons faire un tour du côté de chez slam, jette toi de la scène comme un aigle royal ! Enfin, pas vraiment comme un aigle royal mais comme un albatros qui aurait déjà 3 grammes ! ». A toi de jouer et n’oublis pas : crache ta rage !

Catégorie « Rock en stock, humour en coque »

avec P.P.D.E., Ernestine, Sans contrefaçon, Pistes cachées 

Au carrefour de l’intensité et des guitares qui se fracassent, les Fatals Picards nous ont proposé-là leur facette la plus énervée depuis que les betteraves sont rouges (et séparées). Pourtant, ils gardent en eux cette capacité à rendre des choses drôles sans forcément chercher la complication : sur P.P.D.E. (à comprendre ‘petit poisson d’élevage’), le punk rugissant se répand sans crier gare, enchaînant une panoplie si grande de jeux de mots surfaits (« Arrête ! Petit poisson ! » (…) « chair de poulpe ») que l’on finit par succomber à « l’eau limpide de Marseille » (allez dire ça aux Princes du Parc !).

Pourtant, même « si ça ne plaît à personne ce que tu mets sur toi (…) ne me prends pas pour une conne », interpellez Ernestine qui se fera un malin plaisir de vous balancer du Mylène Farmer : à travers une version fidèle, enfin, une couche énervée en guise de fond de teint, sortez la grosse machine à danser en hurlant Sans Contrefaçon« je suis un garçon ».

Paul

Catégorie « Un peu de tenue » (s’il vous plaît)

avec Gros Con, Robert

Si les Fatals Picards sont boudés des radios nationales ou d’une partie de son public de l’époque des délirants « Navet Maria » (2001) et « Droit de Veto » (2003), ce n’est pas en tous cas parce qu’il s’est renfermé dans un registre musical figé : au fil des albums, le côté « à l’arrache » s’est complètement estompé pour faire apparaître un groupe plus costaud musicalement, plus pêchu. Et si les mûres avaient des oreilles, alors les radios auraient eu droit à un son beaucoup plus léché de la part du quartet : sur Gros Con, les Fatals Picards ont bien choisi de traiter du thème des femmes battues mais l’utilisation un peu trop frappante de clichés a fini par nuire à la compo. Ce premier single, censuré, a donc le même son de cloche que Coming Out autant sur le fond… que sur la forme (très proches).

Un constat qui, a contrario, est complètement opposé sur Robert. Qui aurait cru que le morceau coup de coeur de « 7ème Ciel » serait une tirade contant les dérives d’un homme liées à l’alcool ? Mélodie sans faille, piano déconcertant, un morceau tellement sombre dans l’univers du groupe que l’on vascillerait devant la justesse de Paul, au chant (« allez Robert, à ta santé, à celle des autres, à la vie à la mort, aux éléphants roses… »).

Catégorie « Revendiquons la varietoch »

avec Hortense, De l’amour à revendre, Manouches, Le Dimanche au Soleil 

Mais une fois terminé ce bon vieux verre de rouge, les Fatals Picards n’ont une nouvelle fois pas manqué de brandir l’accordéon en première ligne… même si on ne comprend pas trop pourquoi Jean-Marc Sauvagnargues se taille un bon vieux bifteck franchouillard sur Hortense (elle a bougrement la peau solide !), cassant le rythme de l’album.

Trop de poivre (mais où est passé mon entonnoir ?), on préfère davantage le monde un peu schizo des bisounours de L’amour à revendre (bougre « les chiens en faïence » de Coming Out sont toujours-là !) même si dans le chant, Paul tend vers des intonations assez reconnaissables de Chinese Democracy… Une compo efficace et qui fait son chemin, mais des similitudes sonores commencent à resurgir. C’est la franche marade sur Manouches, mode gypsy (Je ne suis pas cherché à vous ?), avec des passages qui resteront en mémoire (« tous les chemins mènent aux Roms ») et un refrain imparable (« on est des manouches, de la pire espèce, nourris et logés aux frais de la princesse ! »).

De quoi laisser, dans le même registre, un boulevard de rires au Dimanche au Soleil : avec « l’histoire des barbecues de Jeanne d’Arc à nos jours », cette petite sauce festive et cuivrée (très proche de « Un Pour Tous… Chacun Ma Gueule » des Marcel et son Orchestre) vient lancer un slow avec Zebda (Le dimanche autour de l’église) et des airs à la Tryo. « Le dimanche au soleil, loin du lundi au bureau, c’est pas de chance la messe tombe à l’heure de l’apéro ; le dimanche au soleil, sans emmerde et sans Cloclo, c’est con le jour des élections tombe le jour de l’apéro ».

Alors… verdict ?

Chacun se fera son avis sur ce septième album qui renferme un peu toutes les périodes des Fatals Picards. Personne ne peut passer à côté de cette maîtrise musicale qui, depuis le départ d’Ivan, n’est plus à démontrer. Pour les adeptes de leurs débuts, oui, forcément, les choses ont changé, mais est-ce forcément regrettable ? Les Fatals Picards se font toujours plaisir, ça se sent, même si l’on peut souligner qu’il n’y a pas de traditionnel portrait. Du point de vue des textes, les Fatals Picards, hélas, peinent à retrouver l’équilibre parfait d’un « Pamplemousse Mécanique » (2007). Mais à défaut de l’hilarité, l’humour est toujours là. La surprise, aussi, est à l’affiche :  « 7ème Ciel » est rime avec le grand retour des pistes cachées (d’une durée de 20 minutes) en clôture d’album. Musicalement parlant, les amateurs de « Coming Out » y trouveront leur compte puisque les tendances rock et punk n’ont fait que se confirmer. A noter des facettes carrément agitées jusqu’à présent insoupçonnées qui ne font que coïncider avec une fraîcheur plus que jamais d’actualité.

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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