Séduire des portes closes

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Dis-moi l'ami, as-tu déjà tenté de séduire une porte que l'on t'aurait fermée au nez ? Non ? Moi non plus. Je n'ai pas même essayé de lui écrire, c'est pour te dire... Et depuis, une seule question : doit-on offrir des livres aux portes closes ?

Image de murakami Il y a quelques mois je me trouvais à l’intérieur d’un café dans lequel une jeune femme venait de m’emmener pour la première fois et j’écrivais sur la page de garde d’un livre que je comptais déposer devant une porte close un extrait du Café de la jeunesse perdue. « Dans cette vie qui vous apparaît quelquefois comme un grand terrain vague sans poteau indicateur, au milieu de toutes les lignes de fuite et les horizons perdus, on aimerait trouver des points de repère, dresser une sorte de cadastre pour n’avoir plus l’impression de naviguer au hasard. Alors, on tisse des liens, on essaye de rendre plus stables des rencontres hasardeuses. »

Je conservai finalement le précieux ouvrage, support d’une succession d’histoires aussi brèves que banales, de tranches de vie jamais finies, de points de suspension déguisés. Par lâcheté ou par manque de temps. Un peu des deux, probablement. Aujourd’hui encore il m’arrive de retomber sur ce passage lorsque je feuillette distraitement Saules aveugles, Femme endormie de Murakami. Certaines choses n’ont de pouvoir que celui que l’on veut bien leur donner. Ce livre, avec cette page de garde marquée à jamais et cette couverture d’un blanc immaculé, me replonge à chaque fois dans mes réflexions et mes humeurs d’alors. Il n’est pas besoin de machine à remonter le temps lorsqu’on a vécu. Nous marquons sans nous en rendre compte les rues et les couloirs d’un sceau indélébile, nous déroulons derrière nous un fil d’Arianne qu’il nous suffit de remonter en songes pour tout retrouver. Ce regard que l’on a laissé s’échapper – pas tout à fait – rue Saint-Vivien, cette silhouette qui s’est enfuie sous la pluie un soir de juin, le visage tendu d’un médecin. Un mot, une odeur, un seul sourire et tout revient.

Je n’ai donc pas déposé le livre – et encore moins ce qu’il contenait. Je n’ai pas trouvé le courage de parcourir les deux cents mètres – les hasards du Destin – qui me séparaient de cette porte que j’imagine noire et imposante. Je ne jette pas de bouteilles à la mer, moi. J’en ramasse, parfois. De toute façon ce serait contraire aux règles de base de la séduction. Comment ça, vous ne saviez pas qu’il existait des règles ? Mais à quelle époque vivez-vous donc ?! Aujourd’hui tout est réglementé, tout doit tenir dans de jolies petites boîtes et ne surtout pas en sortir. Ainsi, la séduction est un art (jusque-là, on est d’accord) qui se doit d’être exercé en observant des règles très strictes (là, on l’est moins). Il existe une foule de sites Internet qui traitent plus ou moins bien de la question, je ne m’étendrai pas davantage dessus. Sachez seulement que l’homme doit être le « Prix » : il est impensable pour lui de s’abaisser à déposer sous la fenêtre de sa « Cible » un livre ou un CD (même un vinyle, oui oui).

Quelle belle époque que la nôtre, tout de même ! Elle prend si bien soin de nous, notre bien-aimée société de consommation, en nous fournissant toutes ces règles, tous ces conseils, tous ces modèles. L’inconvénient est qu’il faut s’y tenir, c’est vrai, mais après… qu’est-ce qu’on se sent bien ! Tous le même dictionnaire (qui n’excède généralement pas plus de quarante mots dans la journée, verlan et anglicismes compris), les mêmes tenues, les mêmes références télévisuelles (Cathy va-t-elle sortir de la maison ?). Et voilà que la seule chose qui devrait rester libre est elle aussi enfermée dans le carcan de nos angoisses. Voilà que tous ces pauvres hères fatigués de sans cesse se faire rejeter par les femmes qu’ils convoitent se précipitent sur les conseils des charlatans numériques comme des vautours sur un bébé lillois qu’on aurait laissé fondre au soleil.

Alors oui, les femmes répondront qu’elles sont charmées par les hommes qui leur offrent des fleurs, les invitent à dîner et les raccompagnent jusque chez elles. Mais soyons honnêtes, pour une fois : c’est totalement faux. Et après on s’étonne que le pauvre Roger, conseillé par ses trois grandes sœurs, enchaîne râteau sur râteau. Nous vivons une époque où tout est compliqué, il va falloir vous y faire les amis. Surtout toi, ami lecteur. Ta camarade lectrice s’en fiche un peu, à moins qu’elle soit vraiment laide elle se fera de toute façon aborder en soirée. Mais toi ce n’est pas ton cas, il faut que tu rames pour en ramener une jusqu’à ton antre. Alors tu vas devoir t’entraîner, t’entraîner et t’entraîner encore. Tu vas devenir un séducteur, un vrai, un « mâle dominant ». Les femmes rechercheront ta compagnie et les hommes t’envieront. Mais avant il faudra passer des centaines d’heures à lire les ouvrages de référence sur la psychologie féminine, les relations homme/femme et les techniques de manipulation en tout genre. Et surtout, il te faudra pratiquer de manière intensive durant des mois voire des années pour devenir ce que certains ont la chance d’être dès la naissance.

Un jour peut-être tu tomberas sur une femme qui connaît et applique les mêmes techniques que toi. Surtout ne te fais pas d’illusion, elle ce n’est pas parce qu’elle ramait trois ans avant : c’est juste que chez nos amies deukromozomix, c’est inné. Ce que nous mettons des années à comprendre, elles le maîtrisent dès l’adolescence. Finalement, nous ne faisons que rattraper notre retard. Et si nous manipulons un peu au passage, ce n’est que justice. Après tout, la séduction n’est que manipulation. N’est-ce pas ?

En savoir +

Dossier Séduction :
Volet numéro 1 : The Game
Volet numéro 2 :
Séduire des portes closes (Journal de Frank)
Volet numéro 3 :
Coach en séduction : pour quoi faire ?
Volet numéro 4 : Let the Game begin
Volet numéro 5:
La séduction : piège ou jeu ?
Volet numéro 6:
Le coaching en séduction et les femmes

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: Ne parlons pas de moi. Non, parlons plutôt de toi. Dis-moi, es-tu désirable ? Es-tu irrésistible ? Vide ces verres de vodka avec moi et on verra. Embrasse-moi, fais-moi goûter ta langue et on verra. Déshabille-toi et bois de la vodka en regardant au plus profond de moi. Alors seulement je commencerai à avoir de l’estime pour toi. Verses-en sur ton corps nu et dis-moi de boire. Écarte tes cuisses, fais couler ce liquide incolore de tes seins jusqu’à ton sexe et dis-moi de le boire. Alors peut-être je tomberai amoureux de toi, car désormais j’aurai un but : te nettoyer entièrement avec ma langue, et ça... ça prouvera que je vaux quelque chose. Je te lècherai tant et si bien que tu pourras t’en aller et en piéger un autre. Alors, ce verre... on le boit ?

10 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 10 novembre 2010
    isatagada a écrit :

    Non.

  2. 2
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Regal a écrit :

    Tu sais, à un certain stade, quand on a rattrapé notre retard sur les femmes, on peut tout à fait se permettre de déposer un livre devant une porte close. Si ça te correspond, fais-le. Comprendre les règles du jeu n’implique pas d’être quelqu’un d’autre que soi-même, en tout cas plus après les premiers temps où l’on se calque sur un modèle pour apprendre :)

  3. 3
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Frank a écrit :

    Regal, vous aurez noté le « de toute façon » (« De toute façon ce serait contraire aux règles de base de la séduction ») qui implique que ma décision n’était pas basée sur ces soi-disantes règles de séduction. Voyez cela comme une transition.

    Règles que je considère d’ailleurs absurde de vouloir appliquer en toutes circonstances. Le jour où les hommes auront compris qu’il ne faut pas appliquer telle ou telle « méthode » mais uniquement les assimiler afin de se forger la sienne, nous aurons fait un grand pas. Mais il faudrait d’abord qu’ils aient suffisamment confiance en eux, et c’est ce qu’oublient bon nombre d’hommes : tenter de séduire sans aucune confiance en soi, c’est un peu comme vouloir pêcher sans fil. A force de lancer sa lance comme un perdu on finira par attraper un poisson, mais que d’énergie inutilement dépensée…

    Vous aurez donc compris que je ne suis même pas d’accord avec votre « en tout cas plus après les premiers temps où l’on se calque sur un modèle pour apprendre ».

  4. 4
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Alex a écrit :

    J’arriverai décidément jamais à être d’accord avec le postulat selon lequel les hommes ont un retard à rattraper en matière de séduction. Non, ça n’est pas le cas et c’est loin d’être quelque chose d’inné chez la plupart des femmes.
    Certes, à apparence physique à peu près égale (mettons moyenne plus), une fille seule se fera davantage aborder qu’un mec lorsqu’elle sort. Et sur 10 personnes qui viendront l’aborder, on compte facilement 6 relous, 3 moches et un pas terrible avec qui elle finira peut-être la soirée parce que la solitude pèsera plus que l’absence de conviction.
    Et à cause d’une tradition à la con sur laquelle tout le monde se repose et qui implique que les femmes se mettent en position d’attente qu’un preux clubber vienne les inviter à danser, elles n’oseront que trop rarement, d’elles-mêmes, aborder celui qui les intéresse – s’il en est un, évidemment.

    Pour ce qui est de déposer un livre devant une porte close, je trouve qu’il vaut mieux s’abstenir, parce que ça ressemble à s’y méprendre à une tentative de manipulation qui s’apparente à l’acte manqué : il y a une forte probabilité pour que la fille qui ouvre la porte se pose mille et une questions et se retourne le cerveau de longues heures pour interpréter un geste qui n’est fait que pour ça : l’attacher sentimentalement sans lui donner aucune perspective.
    Et ça, ‘scusez tous mon Français, c’est ce que j’appelle de la merde.
    Tu veux lui donner un livre ? Tu prends tes couilles à deux mains, tu frappes à sa porte, et tu le lui donnes en mains propres. Tu ne la laisses pas gamberger. Parce que l’étape d’après, une fois qu’elle aura le livre entre les pattes et qu’elle composera, fébrile, ton numéro de téléphone, ce sera de ne pas lui répondre histoire d’entretenir un peu plus la confusion. Et je ne sais pas si ça fait partie de la séduction mais à coup sûr, on tombe facilement dans la manipulation.

  5. 5
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Frank a écrit :

    Alex, permettez-moi d’introduire mon propos par l’extrait d’une lettre dont vous vous souvenez certainement : « Quand je me rappelle la journée d’hier ! que dis-je ? la soirée même ! Ce regard si doux, cette voix si tendre ! et cette main serrée ! et pendant ce temps, elle projetait de me fuir ! Ô femmes, femmes ! Plaignez-vous donc, si l’on vous trompe ! Mais oui, toute perfidie qu’on emploie est un vol qu’on vous fait. »

    Ceci pour introduire une seule idée : nous avons, j’insiste, un retard certain sur les femmes ; en passant de l’âge pré-adolescent à l’âge adulte la plupart d’entre vous acquiert un don certain pour la séduction. Et donc pour la manipulation. [Ôtez-vous toutes et tous de l'idée que la manipulation est une chose négative. Et quand bien même, ne sont après tout manipulées que les personnes manipulables.] Vous n’êtes pas toutes dans ce cas, c’est évident, mais cela demeure à mon avis une majorité.

    « Et à cause d’une tradition à la con sur laquelle tout le monde se repose et qui implique que les femmes se mettent en position d’attente qu’un preux clubber vienne les inviter à danser, elles n’oseront que trop rarement, d’elles-mêmes, aborder celui qui les intéresse – s’il en est un, évidemment. »

    Tradition stupide et globalement dépassée. Il n’y a aucune raison pour que vous vous placiez en position d’attente. La raison en est simple : si vous abordez l’homme qui vous plaît et que celui-ci n’apprécie pas votre démarche, c’est qu’il ne méritait pas que vous vous mettiez dans tous vos états pour lui. En réalisant cela votre attirance pour lui en prendra un sacré coup et vous passerez de vous-même au suivant, qui lui sera peut-être un peu plus intelligent.

    En ce qui concerne le livre, je ne vois pas en quoi ce geste aurait pour objet de « l’attacher sentimentalement sans lui donner aucune perspective ». L’attacher, soit. Ne lui donner aucune perspective, certainement pas. Voyez en cela une forme pratique de la masturbation intellectuelle, une tendance naturelle et sans doute un peu trop romantique (au sens noble du terme, n’y voyez rien de la niaiserie ambiante) à faire naître des interrogations, des sentiments et des sensations chez l’objet de mon désir éphémère.

    Et parfois, les mots sont si formatés… Nos mots, veux-je dire. J’offre des mots, des phrases, des pages de garde noircies et des romans bien plus grands qui restent à écrire entre les lignes de ceux que je fais lire. Peut-être que je me connais trop bien pour faire confiance à mes propres mots ; alors j’emprunte ceux des autres et les charge de mes messages.

    Je dépose des livres devant les portes comme d’autres jetteraient des bouteilles à la mer. Ça ne se casse pas, un livre.

    Et pour terminer, vous avez tort. Si je l’avais déposé, ce livre, et si elle m’avait appelé, je n’aurais pas laissé son prénom ainsi projeté hors de mon téléphone se heurter aux murs de mon indifférence. Pas cette fois. J’aurais décroché et alors peut-être aurions-nous écrit ce roman compris entre les lignes dont je vous parlais un peu plus haut. Mais tout cela n’a plus d’importance.

    Vous ne devriez pas avoir une vision aussi pessimiste des choses, qu’il s’agisse d’expérience ou d’appréhension. Ne nous en voulez pas si nous nous y prenons mal parfois, beaucoup d’entre nous sont restés maladroits, de cette gaucherie franche qui n’a rien de niaise mais qui ne fait que révéler les troubles sincères.
    Prenez confiance en vous, osez affronter celui qui s’est permis d’entrer dans votre vie sans en demander la permission le temps d’une soirée anonymement partagée.
    Et peut-être un jour un homme déposera-t-il un livre en bas de chez vous. Peut-être y trouverez-vous quelques mots, maladroitement formés d’une écriture qu’il aura voulue lisible. Peut-être vous poserez-vous des questions, peut-être ne saurez-vous que faire. Si ce jour-là vous l’appelez et qu’il ne répond pas, c’est soit qu’il aura rendu son dernier soupir à trop attendre devant des portes closes, soit qu’il n’aura pas le courage d’assumer sa lâcheté.

  6. 6
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Alex a écrit :

    Cher Franky,

    Moi je trouve que c’est un peu facile de partir du principe qu’il faut tenter le coup et que si ça ne fonctionne pas, c’est que la personne ne nous méritait pas. Evidemment, en théorie, c’est tout à fait limpide, et nous sommes tous d’accord. Mais le fait est qu’en pratique, face à une personne qui nous impressionne, il peut arriver à tout le monde – et pas forcément qu’aux plus timides – de perdre cruellement en spontanéité et de se retrouver comme un con sans savoir quoi dire. A partir de là, on ne peut pas vraiment se rassurer en se disant que la personne ne nous méritait pas, puisque la personne en question n’a eu qu’un échantillon de notre personnalité très peu représentatif et aussi attractif que l’image d’une truite morte.
    Tout ça pour dire que la tradition a beau être dépassée, reste qu’on ne l’enraye pas si facilement dans la pratique et qu’il faut, en plus, composer avec les facultés à interagir avec l’autre de tout un chacun, et ça c’est pas forcément facile.

    Par rapport au livre, mais vous l’avez compris, c’est surtout le fait de le déposer et de se barrer comme un gros lâche qui me pose problème ; le fait d’offrir un livre à quelqu’un, j’aurais plutôt tendance à valider, d’ailleurs vous pouvez m’en offrir si vous voulez, faut pas hésiter.
    Et votre image de jeter des bouteilles à la mer est plutôt bien vue, parce que c’est exactement ce que je déplore.
    Au lieu de perdre quelqu’un en interprétations possibles et donc potentiellement fausses, est-ce qu’il n’est pas plus honnête de simplement dire les choses ?
    A la fois pour elle et pour vous, remarquez, parce que si vous frappez à sa porte pour lui offrir le livre et qu’elle ouvre, vous l’avez, votre discussion. Au lieu d’attendre qu’elle vous rappelle ou pas.

    Quant à mon pessimisme, disons qu’il s’explique en partie parce que je ne sais pas si j’y crois, moi, à la maladresse masculine et aux troubles sincères. Il n’y a qu’un pas que je franchis parfois jusqu’à la paranoïa, mais c’est parfois une excuse bien pratique pour y camoufler toutes sortes de mauvaises intentions et de faits exprès. D’ailleurs vous voyez tout à fait ce que je veux dire, vu que vous admettez que votre homme-exemple-qui-laisse-un-livre-devant-ma-porte puisse ensuite ne pas répondre à mon hypothétique coup de fil parce qu’il n’assumera pas sa lâcheté.

    Ce cas de figure étant éclairci, j’en reviens donc à celui qui soupire devant les portes closes. Hé ben c’est quand même pas bien difficile de frapper !
    Non mais c’est qu’un mec, à un moment, on s’attend un peu à ce qu’il ait des ballz, mon cher Frank. Dans un scénario idéal, il débarque avec son livre à la main, mais il frappe à la porte, et si la fille répond, je suis persuadée qu’elle sera ravie qu’il la plaque contre le mur et qu’il lui joue la scène de From Hell.

    Enfin si tant est qu’il y ait une esquisse de relation entre eux avant, je veux pas non plus encourager le viol des inconnues dans leur propre appartement – y va encore m’arriver des bricoles…

  7. 7
    le Jeudi 11 novembre 2010
    Frank a écrit :

    « Mais le fait est qu’en pratique, face à une personne qui nous impressionne, il peut arriver à tout le monde – et pas forcément qu’aux plus timides – de perdre cruellement en spontanéité et de se retrouver comme un con sans savoir quoi dire. A partir de là, on ne peut pas vraiment se rassurer en se disant que la personne ne nous méritait pas »

    Effectivement. Dans ce cas c’est votre faute et vous avez peut-être raté quelque chose. D’un autre côté, peut-être pas. Dans tous les cas ça n’a pas grande importance : si vous ne connaissez pas cette personne il n’y a que son physique et ce qui l’entoure (aura, charisme, argent ou autres, selon vos critères) qui aura suscité votre intérêt. Vous trouverez donc plein d’autres hommes du même acabit et cet échec n’aura été qu’un entraînement. Quelques essais supplémentaires et il ne sera plus que quelque chose dont on se souvient avec un léger sourire – et encore, si vous vous en souvenez.

    N’oubliez pas que tout ceci n’est qu’un jeu, vous n’êtes pas en train de risquer le restant de votre vie. Pas plus en tout cas que lorsque vous croisez le regard d’une magnifique jeune femme dans la rue et que vous êtes trop pressé pour lui rendre son sourire et engager la conversation. Peut-être était-ce la femme de votre vie. Peut-être pas. De toute façon je vais vous dire, chère Alex : l’âme sœur, l’homme ou la femme de sa vie, ça n’existe pas. Personne n’est unique et si vous en ratez un, vous en retrouverez un autre. Vu comme ça, il y a déjà moins de soucis à se faire vous ne croyez pas ?

    Ceci dit je vous conseille une chose, si les gens « qui comptent » vous intimident : entraînez-vous avez ceux qui ne comptent pas, puis ceux qui vous intéressent un peu mais pas trop. Lorsque vous serez totalement à l’aise avec eux, vous pourrez engager la conversation avec par exemple un duo d’hommes dont un seul vous intéresse : vous vous adresserez principalement à ce dernier et vous sentirez de plus en plus à l’aise au fur et à mesure que la conversation progressera. Il vous sera par la suite beaucoup plus facile d’adresser la parole au second.

    Mais en réalité, ce n’est pas que vous trouvez trop facile de se dire qu’il suffit de tenter le coup et que l’autre ne nous méritait pas si cela ne fonctionne pas, c’est surtout que vous trouvez trop difficile de tenter le coup, tout simplement. Non ?

    ===

    Pour ce qui est du livre, vous êtes d’un terre-à-terre absolument renversant. Arrive un moment où à force de plaquer les jeunes femmes contre les murs, comme vous dites, on finit par se demander comment c’est, « de l’autre côté ». Du côté de ceux qui attendent patiemment, qui osent un peu mais pas totalement, qui attisent sans même le savoir intérêt puis désir par des gestes ou des actes mal assurés. Lancer une bouteille à la mer, par exemple.
    Cela vous paraîtra étrange mais il est probable que si je la revoyais je ferais exactement ce que vous appelez de vos vœux. Parce qu’elle ne mérite pas mieux. Parfois on a tort de vouloir mettre des gens dans des cases auxquelles ils n’appartiennent pas.

    Décidément vous ne comprenez pas, Alexia, Alexandra ou quel que soit votre prénom se terminant nécessairement en -a. Il y a des jeunes femmes avec qui une discussion ouverte est tout simplement impossible. Trop effrayées, trop fières pour réellement parler, elles se cachent derrière une façade, un visage, un paraître que seuls certains actes peuvent contourner.

    Avoir le courage de sa lâcheté, c’est déposer un livre qui dit tout sans risquer de noyer l’important dans les banalités d’une conversation voulue ni par l’un ni par l’autre. C’est faire deviner afin que la prochaine fois que vous vous reverrez les pensées de l’un n’aient plus aucun secret pour l’autre. Il est des personnes qui meurent d’envie de dire ce qui les ronge mais qui se retrouvent un beau soir totalement incapables d’ouvrir la bouche pour qu’en sorte autre chose que des phrases chronophages.

    Je pensais à vous, ce matin. Enfin, à votre pseudo, à vos mots et votre fragilité à moitié dissimulée. Alors que j’observais une jeune femme totalement absorbée par le livre qu’elle tenait entre ses mains, une pensée m’est venue : et si finalement on offrait des livres non pas pour séduire ni même pour faire passer des messages mais pour simplement laisser une trace de son passage? Pour qu’à chaque fois qu’elle passe un doigt distrait le long des reliures dans sa bibliothèque ses yeux s’attardent sur le délicat objet que vous lui avez remis ?

    Qui sait, peut-être qu’un jour, en le relisant ou en l’apercevant au milieu de tous les autres elle aura envie de savoir pourquoi vous lui avez offert celui-là et pas un autre. Pourquoi à elle et pas à une autre. Et cette fois vous pourrez réellement parler.

    Car une femme qui met jeu et fierté de côté et qui fait l’effort de vous rappeler est prête à écouter ce que vous lui direz.

  8. 8
    le Jeudi 11 novembre 2010
    Alex a écrit :

    « N’oubliez pas que tout ceci n’est qu’un jeu, vous n’êtes pas en train de risquer le restant de votre vie. (…) De toute façon je vais vous dire, chère Alex : l’âme sœur, l’homme ou la femme de sa vie, ça n’existe pas. Personne n’est unique et si vous en ratez un, vous en retrouverez un autre. Vu comme ça, il y a déjà moins de soucis à se faire vous ne croyez pas ? »

    —–

    Ah bah oui, c’est sûr.
    De la même façon qu’en entretien houleux avec son boss, on peut toujours se dire que la profession qu’on exerce depuis X années n’est jamais qu’un boulot, et qu’un boulot ça se change – c’est pas pour autant que ça empêche les gens de stresser. Et puis c’est pas non plus bien grave d’avoir pris 20 kilos en un an, y a qu’à faire un régime et on les perdra – alors oui, mes exemples n’ont rien à voir (enfin pas tout à fait), mais c’est le principe du y’a-qu’à-faut-qu’on qui me gêne ; si tout était aussi simple, personne n’aurait de problèmes relationnels et on écrirait beaucoup moins de livres sur le sujet, par exemple – ce qui pourrait à terme vous mettre des bâtons dans les roues lors de votre grande opération de distribution.

    Je reste partisane de la discussion ouverte, je ne pense pas que ce soit quelque chose d’impossible, mais admettons.
    A ce moment là, au lieu d’offrir un livre aux mille interprétations possibles, autant écrire une lettre. A la plume, si vous vous voulez, avec une jolie calligraphie – vous m’avez l’air d’aimer les vieilles manières.
    Après je vous rejoins pour ce qui est du fait de laisser une trace de son passage, d’une manière ou d’une autre.
    Moi si j’offre un livre à quelqu’un, ce sera en partie pour lui faire découvrir un morceau de mon univers – en tout cas s’il s’agit d’un livre qui me plaît à moi.
    Si j’opte pour un livre qui plaira, à mon avis, à la personne, ce sera sûrement pour lui signifier que je l’ai comprise.
    Si j’offre un album de Oui-Oui, ce sera probablement du foutage de gueule.

    Mais bon, grossomodo, je ne suis pas sûre que ce soit grâce à une communication indirecte qu’on puisse faire en sorte que quelqu’un mette sa fierté de côté. Ca peut même produire l’effet inverse – de peur d’avoir mal interprété le geste, la personne pourra choisir de ne pas rappeler.
    Puis bon, dans l’absolu, s’il s’agit de quelqu’un qui s’en fout, vous aurez beau offrir un livre ou frapper à sa porte, le résultat sera le même, vous n’aurez pas de réponse – je vous rejoins dans le sens où ça n’est pas pour autant qu’il ne faut pas tenter, mais en y allant directement, vous avez l’avantage d’être fixé plus vite.

  9. 9
    le Jeudi 11 novembre 2010
    Frank a écrit :

    Mais la vie est aussi simple que y-a-qu’à-faut-qu’on, vous savez. C’est vous qui la compliquez inutilement. Pour reprendre vos exemples, à moins d’une maladie, si vous voulez perdre du poids (une obsession totalement absurde pour 80% des jeunes femmes qui m’ont dit ça au cours des dernières années), faites-le. Il n’y a que l’hypothèse du travail qui à la limite puisse justifier un mouvement de recul, pour ne pas dire une stagnation : pour beaucoup retrouver un travail n’est pas forcément chose aisée. Mais je le répète : pour tout le reste c’est « aussi simple que cela ». Vous aurez peut-être besoin de faire un gros travail sur vous-même pour surpasser certains blocages, certes, mais sans efforts la réussite n’aurait aucun goût. Il suffit d’avoir le déclic. La capricieuse machine de la volonté a souvent besoin d’un élément déclencheur pour se mettre véritablement en branle.

    « Puis bon, dans l’absolu, s’il s’agit de quelqu’un qui s’en fout, vous aurez beau offrir un livre ou frapper à sa porte, le résultat sera le même, vous n’aurez pas de réponse – je vous rejoins dans le sens où ça n’est pas pour autant qu’il ne faut pas tenter, mais en y allant directement, vous avez l’avantage d’être fixé plus vite. »

    Être fixé plus vite. Triste génération qui ne sait plus ce qu’est la patience et qu’une adolescence passée à courir de désillusions en désillusions a privée des doux sentiments liés à l’attente.
    Avec certaines personnes l’attaque frontale n’est pas la solution, et ce pour des raisons que j’ai déjà évoquées. Donc si elle s’en fiche, vous avez raison, peu importe la méthode employée ça ne changera rien. Mais dans toutes les autres hypothèses vous auriez tort de vous précipiter dans le seul but d’être plus vite débarrassée de l’angoisse liée à l’incertitude.

    Pour ne rien vous cacher (puisque désormais vous m’offrez votre visage à contempler, je peux bien vous donner un peu de mon âme à analyser), je préfère généralement l’indécision à la reddition. A tel point qu’avec certaines personnes bien particulières je me crée des obstacles pour m’inventer de nouveaux défis. Je n’avais pas besoin de ce livre. Si je l’avais voulu je serais allé chez elle et elle serait allée rejoindre les autres, là-bas, dans le décor flou d’un passé agité.

    Je n’ai simplement aucun attrait pour la facilité.

  10. 10
    le Vendredi 12 novembre 2010
    Alex a écrit :

    Plus que le déclic, et le mode de fonctionnement y-a-qu’à-faut-qu’on, je pense qu’au final les gens devraient commencer par se demander ce qu’ils veulent – pas dans l’absolu, parce que c’est une question à laquelle il est bien difficile de répondre, chacun voulant naturellement toujours plus que ce qu’il a, mais je reste persuadée, pour reprendre l’exemple qui nous occupe, que les personnes qui cumulent des échecs dans leur vie affective n’ont tout simplement pas pour but de fonder un foyer – constat qu’il est relativement difficile d’accepter compte tenu de la société encore bien traditionnelle sous beaucoup d’aspects dans laquelle nous vivons.
    Manifestement, vous savez ce que vous voulez : compliquer les choses, vous créer des obstacles, vous le dites vous-mêmes (ce qui me semble, en passant, un peu incompatible avec les « doux sentiments liés à l’attente ») ; le doute ajoute du sel, nous sommes d’accord, et beaucoup le jugent bien plus délectable qu’une vérité souvent immuable aux apparences potentielles de porte fermée.
    Le seul souci étant que d’autres préfèreront une démarche plus directe, pour ne pas dire plus franche, particulièrement les personnes qui subissent le doute que vous choisissez de distiller dans la relation – ce qui vous confère une position de supériorité indéniable, paradoxale parce que vous pouvez vous cantonner aux faits et partir du principe que « il est impensable pour [vous] de [vous]’abaisser à déposer sous la fenêtre de [votre] « Cible » un livre ou un CD ».
    Vous jouez peut-être à un niveau plus subtil que les pickup artists wannabe dont on parle ailleurs, mais ça n’en est pas moins du jeu – ce que je critique à un niveau complètement subjectif, parce qu’à la grande question visant à cerner ce qu’on veut, moi j’opte pour le naturel, et l’honnêteté qui s’assume. Au delà de la facilité.

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