Sébastien Mazière – Le Rendez-Vous

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Sébastien Mazière, photographe de 26 ans, n’en est pas à son coup d’essai avec cette collection nommée "Le Rendez-Vous", une série de neuf portraits de femmes qu’il prépare pour les 22 et 23 juins prochains à la galerie Artcore à Paris.

Mais je n’ai pourtant senti aucune arrogance chez ce jeune homme qui arrive tranquillement à notre rendez-vous, à vélo, un énorme book contenant ses derniers tirages sous le bras.

Partie 1: Sébastien Mazière

np1000634ss-2Tout d’abord attiré par le cinéma, il a commencé sa carrière en tant qu’assistant réalisateur dès son arrivée à Paris. Il a ensuite préféré se diriger vers la photographie, avec succès semble-t-il, puisque le très réputé Eyemazing vient de lui consacrer un dossier de dix pages et une interview dans son dernier numéro. Après sa collection Rouge Carmin il a été contacté pour une commande sur la mode des années 50 par le magazine New-Yorkais Milkshake Chocolate . Il a décidé de continuer le fil de cette série et de l’exposer à la galerie Artcore .

Cela fait huit ans qu’il photographie des femmes, qu’il rencontre dans la rue, en soirée, et qu’il aborde simplement et spontanément pour leur demander de poser pour lui. Il a commencé par s’intéresser à des détails de corps, pris en huis-clos, puis il a ouvert son champ de vision pour s’intéresser aux décors en extérieur et élargir son point de vue à des portraits plus larges.

Une façon plus mature de voir les femmes ? « Une certaine confiance dans ma relation aux modèles s’est installée depuis les premières séances. Je me sens aujourd’hui plus libre, plus intuitif pendant les prises de vues. Cette aisance doit se ressentir dans ma représentation de la féminité « .

S’éveille alors, une vague plainte féministe en moi. Comment ? Les femmes ne seraient alors pour lui que des corps à prendre en photo ? Que fait-il de leur personnalité ? Il rit, beaucoup, mais ne répond pas à ma question. « Je ne suis qu’un homme, et j’ai l’âge que j’ai » me dit-il dans un demi-sourire. « La mise en beauté est un composant essentiel de mon travail, mais l’émotion vient avant tout de la sensibilité et de la générosité de mes modèles » .

Comment décrirait-il le style Mazière ? « J’aime la douceur et l’intimité avant tout.. Je m’intéresse à l’émotion de l’image et son architecture. Le travail de la couleur me passionne, j’ai eu des phases de bleu, de jaune, de rouge, de plus en plus j’ai le sentiment de m’affirmer dans mon approche de l’image. Les femmes sont à ce jour mon sujet de prédilection, mais je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait. Je veux raconter des histoires, et les faire partager, tout simplement » .

Souhaitons-lui du succès pour sa collection, et que ses photos continuent de faire parler d’elles.

Partie 2: Vis ma vie de modèle – Je suis une oeuvre d’art.

emma-2Le temps d’une heure ou deux, un vendredi midi quelque part dans Paris, j’ai accepté de me prendre au jeu que m’a proposé Sébastien Mazière : vivre de l’intérieur une séance photo avec lui.

Regard bleu-vert insoutenable, qui scrute plus qu’il ne regarde, sourire charmeur, humour facile et belles manières, le personnage a tout pour plaire. Après quelques confidences sur le banc d’un parc, il m’emmène dans une petite rue de Belleville où il a, dit-il,  » repéré des façades des années 50 intéressantes « . Amusée et décidée à jouer le jeu, je le suis, même si je ne sais pas exactement ce qui m’attend. Il ne sera pas dit que je n’aurai pas donné de ma personne pour cet article !

Les premiers clichés sont laborieux, nous sommes au milieu du trottoir, je ne sais pas quoi faire de mes deux mains, ni dans quelle direction regarder, mais Sébastien se veut rassurant. Loin de me forcer, il se montre patient et attend que je sois prête. Les gens passent dans la rue, amusés. Je leur souris pendant que lui me tourne autour en prenant photos sur photos, avec des angles qui me paraissent tout sauf orthodoxes. Il me rassure : « Mes modèles ne sont pas professionnelles elles non plus, j’agis essentiellement par instinct » .

Instinct. Le mot est lâché. Bien qu’il soit habituellement totalement spectateur de ses modèles, je lui demande de me diriger un peu parce que pour moi la séance vire à la torture. Mal à l’aise, j’ai peur de tout gâcher. A ce moment-là, je ne me sens pas du tout instinctive, je me sens ridicule.
Et doucement, sans difficulté, il me dirige un peu, redresse mon menton, murmure pour lui-même quelques « Oh c’est très joli ça » qui m’arrachent un sourire malgré moi, et peu à peu je me détend.

emma_2-2Il veut travailler ici avec une lumière très douce, et les nuages capricieux de cette après-midi l’agacent. Nous passons de l’autre côté de la rue. Toujours avec d’infinies précautions, il me replace, me tourne autour et me prend en photo. Désormais détendue et étrangement docile, je me sens peu à peu comme hypnotisée, enrobée dans un voile cotonneux, je ne suis plus qu’image, je ne suis plus là, je ne regarde plus les passants, je suis devenue un modèle.

Comme on sort d’une rêverie, la fin de la séance me surprend. Curieuse, je lui demande de voir ce qu’il vient de prendre, mais l’artiste protège son oeuvre  » Non, non, je tiens d’abord à faire une sélection « . Ô ego, ô frustration.

J’ai beaucoup aimé cette plongée dans un univers inconnu, où la femme n’est plus qu’un corps impudiquement offert au regard du photographe, indécent sans indécence, sensuel sans ambiguïté, beau peut-être. Troublant sûrement.

En savoir +

Site: www.sebastienmaziere.com

MySpace: www.myspace.com/mrsebastien

Quelques photos à télécharger: PDF à télécharger

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A propos de l'auteur

Image de : Normande bientôt trentenaire, intervieweuse en pointillé, en particulier dans le domaine musical ou littéraire. Sais coudre et tricoter, jouer de la batterie et organiser des tournées. Bah oui, on peut avoir l'air cool ET broder, surtout si on en fait son gagne pain : http://www.broderieduphare.kingeshop.com

1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 21 juin 2007
    kyra a écrit :

    J’ai beaucoup aimé la 2de partie. Une sorte de défloration tout en douceur … d’un point de vue artistique, bien sûr. Sacrée Emma :)

    A Sébastien : chapeau, l’artiste. Rencontrer de jeunes photographes sachant expliquer et faire partager leur univers avec autant de poésie et de sensibilité, ça fait du bien.

    Merci à tous les deux.

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