Scratch Bandits Crew + R-Wan (de Java) + NMB Brass Band | Le Bleymard | 19.05.2012

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Pour sa neuvième édition, le festi'val d'Olt est devenu l'évènement culturel majeur de la petite commune du Bleymard, en Lozère (48). Pour notre grande première en terre lozérienne, le moins que l'on puisse dire c'est que nous avons été séduits. Comme une grande famille, l'association Rudeboy Crew n'a pas changé sa recette pour attirer les festivaliers : celle de la découverte, des rencontres et surtout, 3 jours de fêtes.

Loin des tumultes urbains ou des grosses machines bien huilées, le festi’val d’Olt endosse un costume qui a tendance à être de moins en moins porté : celui de la simplicité. La fête est un concept, elle ne célèbre pas seulement quelque chose ou quelqu’un. C’est un tout. Une effervescence qui se retrouve le village par ses représentations d’arts de la rue en journée jusqu’aux deux chapiteaux dressés pour l’occasion en soirée. À condition d’être muni d’un billet, chacun vaque à sa guise entre les sites, ici (presque) tout le monde se connaît. Bien avant le coup d’envoi des concerts payants, comme si le Bleymard était un cabaret à ciel ouvert, la liesse est déjà là. Et qu’importe le temps ou la température (il faisait 2°C à minuit !).

Le cadre, lui, mérite aussi toute son attention et rend le festivalier chez lui. Si l’on se sent bien au festi’val d’Olt, c’est également par ses ambiances créées, truffées de clins d’oeil ou de curiosités. Par exemple, dans le premier chapiteau, impossible de rester insensible aux casseroles de pâtes renversées qui parsèment le plafond. Ou, un peu plus loin, une pancarte annonçant les différents menus avec les lettres inversées, destinées aux bourrés, censée les aider. En tous cas, après avoir vibré aux Fils de Teuhpu accompagnés de Mein Sohn William jeudi, la soirée de vendredi a tenu toutes ses promesses : avec la pop/rock de The Chase, l’électro blues de Monofocus et l’électro décalé de Zlip Constrictor, les vaches étaient bien gardées.

NMB Brass Band : l’efficacité avant tout

Pour cette dernière soirée de concerts, les NMB Brass Band avait la lourde tâche d’assurer la première partie des Scratch Bandits Crew et R-Wan, side-project du chanteur du groupe Java. Avec une section cuivre assez traditionnelle (saxo, trombone, bariton) jumelée à un guitariste/bassiste, la porte est enfoncée aux styles en tous genres. Ajoutez un batteur puis un musicien qui fait aussi chanteur, vous aurez la composition des NMB Brass Band.

Tantôt rock, tantôt punk, les cuivres rendent le concert finalement très festif. Dès le premier morceau, le public adhère complètement. Transportant la foule aux quatre coins de leurs influences musicales, le chanteur (et saxophoniste) s’est pourtant offert un délire hip-hop par alternance. Lorsque les morceaux rock déjantés rappelaient leurs acolytes des Fils de Teuhpu ou de la Fanfare en Pétard, impossible de ne pas faire le rapprochement avec l’intonation de voix du chanteur, proche de celle de Bring’s des regrettés Freedom For King Kong.

À l’opposé de son premier album plutôt orienté fanfare/rock, le NMB Brass Band s’est voulu plus engagé sur son second essai. En allant piocher dans des textes de Boris Vian, Arthus Rimbaud ou encore Louis Aragon, ces derniers furent rappés sur fond de fanfare. Bien moins efficaces au chant qu’au saxophone, les NMB Brass Band, sans révolutionner le genre, ont assuré l’essentiel : faire danser le public du début… à la fin.

Sur sa Radio Cortex, R-Wan (de Java) assure le show

Erwan Séguillon. Les fans de Java n’ont pas oublié qui se cache derrière le pseudonyme R-Wan. Quand R-Wan s’est ajouté à la programmation du festi’val d’Olt, il y avait forcément un air de Java dans l’air. Le groupe de nouveau en pause, R-Wan en a profité pour sortir au printemps dernier son troisième album solo, « Peau Rouge ».

En surfant sur des influences un peu plus légères sur « Radio Cortex » (2006) et « Radio Cortex 2″ (2008), R-Wan s’est recentré avec un peu plus de sérieux sur « Peau Rouge » : si le rap-musette est encore d’actualité, la scène a retrouvé un bonhomme toujours aussi charismatique et jamais bien loin de ses racines, Java. Quant à son show, il l’a maîtrisé de bout en bout. Avec une intro très noire, R-Wan offre d’entrée son fameux célèbre « Lâche l’affaire », remake d’un certain « Laisse Béton » de Renaud. Dans un registre proche à celui de Java, chanson française/rap, le souffle festif finit par déferler sur le très attachant « Le CRS Mélomane » qui fait déjà danser tout le chapiteau.

Funky, R-Wan emploie l’humour et l’autodérision pour faire mouche : l’influence de Gainsbourg se sent sur « Maudit Sort » tandis qu’une incroyable battle se lance entre le batteur et R-Wan. Sur « Charley et Tom », une pluie de jeux de mots compte la fabuleuse histoire de ces deux personnages, sur fond de bruittage en tous genres. En rappelant (pour ne pas dire marteler) à son auditoire qu’il était toujours en connexion avec « Radio Cortex », la radio pirate émet encore ! Virant progressivement à un hip-hop plus marqué, les synthés et autres machines prennent le pouvoir… Les morceaux suivants sont alors copieusement revisités et changent de peau. En s’accordant un léger répit jazzy sur la ballade poétique des « Fées », « Mélodie en Sous-Sol » durcit le ton. R-Wan démontre à plusieurs reprises qu’il a su conserver un flow implacable, s’essayant à nouveau sur ses périodes roots plus anciennes où il tournait avec le reggaeman Winston Mc Anuff.

Avec son côté démoniaque (« Je Suis Parano »), le rythme s’est saccadé pour le plus bonheur de tous : à l’ancienne, R-Wan a sorti « Métro », morceau de Java présent sur « Hawaï » (2000) en hurlant « laisse-toi bercer par le rythme saccadé… ma musique s’est perdue dans les couloirs » à travers une version surboostée ! Et quand, « A Pic », morceau littéralement déluré et taillé pour la scène arriva, il était devenu inutile de continuer à chanter… (surtout en russe) !

Les Scratch Bandits Crew taille patron

Petit à petit, les Lyonnais creusent leur nid. Même si le turntablism est à la mode ces temps-ci (C2C, Birdy, etc), les Scratch Bandits Crew venaient présenter à la Lozère son second album, « 31 Novembre », sorti il y a quelques semaines. Salué par la critique, cet album surprenait surtout par sa profondeur, presque poétique, avec une électro limite acoustique, mais soulevait surtout la question du live. Qu’elle va être la setlist du crew ?

Corrosive, c’est certain. Déjà, ces DJ’s à six mains ont sorti un maxi, « En Petites Coupures », et ils n’hésitent pas à piocher dedans. Rapidement, un des plus gros hits du crew débarque avec le track « In My Head ». Scratchs d’accordéon en ouverture (influence de Birdy avec « Abbesses » certainement) mais réelle prise en main : le crew frôle le hip-hop pour se mettre aux percussions. Sans crier gare, les machines s’emballent dans une explosion sonore… le dubstep prend alors les commandes, le son se sature puis s’arrête brusquement. Brûlot long de plus de 8 minutes en live, les scratchs déferlent à nouveau pour offrir un semblant de douceur qui ne dure pas : tendances rock, boucles rythmiques, le crew vient de frapper fort.

Après un tel affront, les Scratch présentent leurs dernières compos : cela semblait fort probable, la tendance n’a guère mis de temps à se confirmer. Le crew a interprété ses hits taillés pour le live tels que « Check it Out » et ses sonorités hip-hop/funk qui a une nouvelle fois démontré les prouesses aux platines des trois gus. Les ondes digitales de « Do Your Thang » particulièrement appréciées, les tendances soul n’ont changé en rien la recette : poussés par l’enthousiasme du public du Bleymard, les Lyonnais auront rejoué ce morceau durant le rappel.

Dans une ambiance nacrée, le premier single de « 31 Novembre » a bien entendu été joué, le salvateur et envoûtant « Heart Beat ». En guise d’échos à la culture street, les Scratch font mouche à tous les coups… Même lorsqu’ils se payent le luxe de remixer The Doors. Impossible cependant de partir sans ayant appris « la scratch musique » : les leçons de scratchs, toujours très jazzy, réaniment le dancefloor. Avec des DJ’s particulièrement remuants qui n’hésitent pas à mixer tous ensemble sur une même table, les jeux de lumières spécifiques aux platines ou encore les vidéos projetées sur l’écran, l’univers des Scratch est toujours aussi varié.

Avec leur scratch lunaire, machine unique créée par les Crew, rien de tel qu’une dernière expérience sur « Scratch Lunaire, World Premiere » pour tester tout ça… Le chapiteau peut vibrer une dernière fois, la nuit est déjà bien avancée…

Crédits photo : Cédric Oberlin

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

1 commentaire

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  1. 1
    le Mercredi 23 mai 2012
    broste peinture a écrit :

    Du bon gros festival comme on n’en fait plus ! (à part les transes cévenoles bien sûr !)

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