Sarabeth Tucek

par Nun|
Il y a des artistes qui se méritent. On court après eux sans même le savoir, en fouinant dans un bac à soldes, en sautant de Myspace en Myspace. On n’a pas besoin d’eux puisqu’on ignore jusqu’à leur existence, mais quand la rencontre se fait, on sait qu’on ne pourra plus vivre sans. Ces pierres précieuses nous parviennent uniquement par la révélation, une pochette dont on ne peut plus détourner les yeux, une mélodie familière et pourtant tout à fait inédite.

l_cb56ff094675e64227f75fb09db06a37 Sarabeth Tucek est de cette troupe-là. Vous ne croiserez pas son regard triste sur des affiches publicitaires géantes, Canal + ne vous suggérera pas de l’acheter à tout prix, il n’y aura pas d’auto-collant certifiant qu’il s’agit de l’album de l’année. C’est le hasard qui la mettra sur votre route, ou bien cet article.

Le monde connaît les chanteuses à guitares, les folkeuses, les versions féminines de Bob Dylan, la fleur dans les cheveux. Elles traversent les décennies avec plus ou moins de bonheur depuis Joni Mitchell et Joan Baez, avec un pic inquiétant dans les années 90, pleines d’ Alanis Morrissette ou de Sheryl Crow, vaguement revendicatrices, de la révolution bon marché, remplie de bonnes intentions, on se tient tous la main et peut être que ça sauvera le Tibet. On trouve heureusement aussi du bon avec Aimée Mann, du très bon avec Cat Power et de l’inattendu, Emiliana Torrini qui après un début de carrière plutôt trip hop change de voie avec son deuxième album Fisherman’s Woman, des arrangements folk teintés de pop redoutablement efficace. Et puis la frontière devient de plus en plus vague entre les styles. Tori Amos derrière son piano n’entre pas dans notre catégorie, mais elle n’en est pas loin, Fiona Apple traîne dans le coin aussi.

l_bacc7a7a6e11611abfdc2d12d4f79995 Sarabeth Tucek est relativement nouvelle au pays des folkeuses. Californienne d’adoption, elle se met à la guitare en 2003, après avoir rencontré Anton Newcombe, leader des Brian Jonestown Massacre, personnage haut en couleur, qui mériterait bien un article à lui tout seul. Il n’y a pas de hasard, le folk, Newcombe, les sixties ont une influence immense dans la musique de Sarabeth . Même la pochette de son album, le eye-liner noir sur ses yeux, ses cheveux en carré long, elle ressemble à une héroïne de la Nouvelle Vague. Cependant, ici, nous ne sommes pas dans de l’imitation de sixties, ce n’est pas la nostalgie d’une époque, Sarabeth Tucek a saisi l’essence du folk, ses codes, pour écrire un album qui s’inscrit pleinement dans notre époque.

Et au jeu des exercices de style, elle excelle, pleines de mélancolie, les chansons ne glissent jamais du côté de la sentimentalité à outrance, rien de mielleux. Il n’y a pas de surenchère dans la production où dans les mélodies, les morceaux sont épurés, le fruit d’une recette secrète, savant dosage où aucune note n’est de trop.

41hrhhu3lsl-_sl500_aa240_ Something for You qui ouvre l’album, n’est pas une surprise pour les fans du BJM, on la retrouve sur les Peels Session du groupe et sur l’EP We are the radio . Les arrangements sont différents, résolument plus folk, plus produit. Sa voix est posée, douce, laisse transparaître comme de la fragilité, à peine palpable. Son phrasé est incroyablement clair, ses mots incarnent la mélancolie qui plane sur les mélodies. Sur certaines pistes, il y a de la fragilité, mais aussi une forme de résignation, regarder le monde s’effondrer sans rien ressentir Blowing kisses as I fall .

L’album voit défiler ses ballades, avec la même justesse, des surprises, comme Nobody care, plus entrainante, et des pépites, comme Ambulance . Il s’achève avec Home, qui prend une dimension plus lyrique avec ses violons et ses trompettes, et pourtant rien n’est joué trop fort, l’équilibre demeure. Ce premier album éponyme est tout simplement fabuleux, tout est juste, il y a beaucoup de pudeur autour d’une tristesse, il s’agit réellement d’un équilibre fragile, un rien pourrait faire basculer l’ensemble dans du déjà vu, déjà entendu, sans saveur. Sarabeth Tucek est une funambule, et son album est une réussite, car ses titres peuvent résonner en chacun de nous. Bob Dylan l’a choisi pour assurer sa première partie l’année dernière, espérons que ce ne soit qu’un début.

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Sarabeth Tucek, album éponyme sorti en 2007 sur le label Echo

Myspace : http://www.myspace.com/sarabethtucek

1 commentaire

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  1. 1
    le Vendredi 30 octobre 2009
    Mercy a écrit :

    Du BJM et de la Folk? Que n’en ai-je entendu parler plus tot… pari gagné: ton article viens de mettre Sarabeth Tucek sur mon chemin, merci!

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