Sandee Pawan

par Stedim|
Probable que la liberté a toujours été dépendante de l’audace. Et rares sont celles et ceux qui ont réellement l’audace d’être libres ! Sandee Pawan est audacieuse. Sandee Pawan est libre.

Salut Sandee, déjà, stp, laisse-moi te dire que ça me fait bien plaisir de pouvoir ainsi m’entretenir avec toi : tu sembles toujours sur la corde raide, occupée par mille projets. N’est-ce qu’une illusion ?

Oh que non ! Mais je ne suis heureuse que lorsque je suis débordée, ça m’évite de trop réfléchir, me semble-t-il

Sandee Pawan, c’est un superbe nom d’Artiste. Est-il éloigné de ton véritable nom ? Comment t’est-il venu ?

Mon père a un prénom qui en son temps était plutôt original. Il n’a pas souhaité que le mien le soit également, afin que je ne subisse pas les propos vexants de mes petits camarades de classe, comme cela avait été son cas. Mon nom de naissance est Sandrine, mais pour ma famille, cela a toujours été Sandie (avec un « i »), qui était le choix de ma mère. À mon arrivée en Thaïlande, où j’ai habité un long moment, le choix a été rapidement fait par mes nouveaux amis. Sandrine était imprononçable et « Sandie » avait une signification honorable: « San » et « Dee » signifiant « bonne personne ». Pawan signifie « le Vent » en hindi littéraire. Pawan était le cheval du tyrannique Roi Ashoka, qui, voulant se racheter une conduite, avait renoncé à son Royaume pour vivre en ermite, avec son cheval pour seul compagnon. Afin de ne pas éveiller les soupçons, il avait emprunté le nom de son destrier. C’est une légende qui correspond particulièrement bien à ma vie, que je souhaite faire évoluer toujours plus positivement, au travers de l’enrichissement de mes connaissances, des voyages et des rencontres ainsi que l’évolution constante de mes valeurs morales. Comme tout un chacun, je suis également à la recherche de la Paix intérieure.

Tu sembles occupée par mille projets, disais-je donc, et moi j’ai mille questions à te poser. Tu me donnes carte blanche ? Dans quelle situation es-tu, là, maintenant, pour répondre à l’interview ?

Je suis dans un baraquement de l ‘US Air Force, au nord de Las vegas, loin du strip et de ses paillettes. Plutôt coté Favelas, où la guerre des gangs fait rage en silence, car comme on dit  » ce qui se passe à Vegas reste à Vegas  » surtout lorsque ça risque de lui faire mauvaise publicité ! Je travaille sur un MacBook pro… À l’instant j’écoute « This World », mon morceau préféré de l’album « Simple Things » de Zero 7 et oublie les sirènes des voitures de police et le bruit des hélicoptères. Lorsque la télé est allumée, c’est sur la chaîne National Geographic .

On commence fort : comment définis-tu ton Art ?

Très personnel. Il m’est donc difficile d’en parler ! Je préfère le montrer et laisser les plus sensibles revenir vers moi et me donner leur sentiment s’ils le souhaitent. Il sont rares ceux qui le comprennent totalement et se sentent touchés par les détails personnels qu’ils déchiffrent, les émotions des instants saisis, mais il m’est déjà arrivé de partager quelques larmes avec de parfaits inconnus, et pour ces instants furtifs, cela valait la peine.

Comment définis-tu l’Artiste que tu es ?

Écorchée, comme tous les artistes. Autrement, nous n’aurions pas besoin de partager nos joies ou nos souffrances de manière aussi visuelle.

Tu files vivre aux U.S. entre New York et Los Angeles si j’ai bien compris. Que vas-tu y trouver que tu n’avais pas en France ?

De l’argent pour vivre mes projets à 100% ! Mes tarifs sont environ 3 fois supérieurs aux États-Unis qu’ils ne le sont en France et jamais aucun client n’a cherché à les négocier. Je passe ma vie sur les routes ou dans les airs et je suis investie dans un refuge qui recueille des pitbulls abandonnés et maltraités. Je ne possède aucune richesse matérielle à part un appartement à Paris, mon matériel photographique et ces chiens à la mauvaise réputation que je considère comme des frères. Néanmoins, ma vie a un coût important et pour le moment, les États-Unis sont un territoire idéal pour pouvoir la vivre correctement.

Comment en es-tu donc arrivé là ?

J’ai acheté un billet d’avion

Tout cela va-t-il à 100 % dans le sens que tu souhaites ?

Je suis comme tous les artistes, totalement insatisfaite, mais toujours juste assez pour continuer. Si j’avais du recul néanmoins, je dirais que ma vie est parfaitement idyllique.

En ce moment, sur ta page MySpace, on peut admirer deux séries très réussies (the Saints et the 7 deadly sins). As-tu d’autres idées à venir dans ta besace de créatrice ?

En réalité, il me faudrait trois vies pour réaliser toutes les idées qui me traversent la tête au moment où j’écris ces quelques lignes. Pas de soucis de ce côté-là, je ne pense pas que la source soit un jour tarissable. Et si elle l’était, alors je pourrais peut-être enfin dormir 8 heures d’affilée

Et qu’as-tu dans tes poches, là, tout de suite ?

Haha, ça ne pouvait pas plus mal tomber… Bon, je joue le jeu: Un badge de presse, 4 cartes de visite et 3 préservatifs grande taille. On me les a donnés cet après-midi, lors de la convention du film porno AVN de Las Vegas, que je couvrais pour mon agence. Je n’y ai pas vu Rocco Siffredi, je suis très déçue.

On comprend vite que tu es une photographe talentueuse doublée d’un modèle irrésistible (disons-le !). Cette double personnalité est-elle difficile à vivre au quotidien ? Laquelle de ces personnes est née la première ? Laquelle tend à prendre le dessus ?

On dit que les artistes sont difficiles à gérer. Est-ce ton cas ?

sp1Haha, je pense que l’auteur de cette phrase devait penser à moi lorsqu’il l’a écrite ! Malheureusement oui, je suis facile à vivre, mais pas facile à suivre ! Je suis extrêmement exigeante d’une manière générale. Je suis attentive à tout, très réactive, ne supporte pas de commettre la moindre erreur et de ce fait n’en commet que très rarement, ce qui me rend admirable aux yeux de certains ou parano et complètement obsessionnelle pour d’autres. Si je passe autant de temps en salle ou à suivre l’entraînement physique des militaires par exemple, ça n’est pas que pour me faire de jolies fesses bombées, mais plutôt pour m’endurcir aux situations difficiles et pouvoir être physiquement capable de me sortir d’affaire le cas échéant. J’ai parfois été dans des situations difficiles qui nécessitaient de courir vite ou de pouvoir pousser un 4×4 sur le point de tomber dans un ravin (si si) ! Je ne supporte pas ne pas être à la hauteur d’une situation et en attend autant de mes compagnons, ce qui fait que je suis quelqu’un d’assez difficile à suivre dans le temps, malheureusement pour moi.

Qu’est-ce qui te distingue des autres ?

Beaucoup de choses malheureusement. J’aimerais rencontrer un peu plus de gens ayant de véritables valeurs morales et un sens critique valable. Je ne suis pas gâtée aux États-Unis, où je rencontre beaucoup de superficialité, de consumérisme aveugle, de naïveté et de désintéressement total pour ce qui est différent. Ici on cite la Bible comme référence et l’on pense qu’acheter un gros 4×4 pour rouler à 20km/h dans les bouchons, ça ne détruit pas la Planète, mais ça nous fait paraître riche, même si on s’est endetté sur 30 ans pour l’obtenir.

À quoi ressemble une de tes journées types ?

Les jours de shoot, je suis tellement crevée par la concentration constante que je saute à peu près tous les repas et ne pense qu’à aller me coucher en rentrant.

Quel est ton meilleur souvenir devant ou derrière l’objectif ?

Difficile de répondre ! Mon appareil est l’extension de mes yeux, il reflète exactement ce que je vois. Malheureusement, je doute constamment de mes talents et, bien que je sois quasiment toujours satisfaite de mes photos, le moment de la réalisation de mes idées est toujours un moment de stresse intense. Il n’est pas rare que je prenne des antidépresseurs la veille d’un shoot. De ce fait, je ne fais que deux à trois photo shoots par mois, alors que d’autres professionnels shootent en quasi-permanence.
Néanmoins, si je devais choisir, je dirais que j’ai particulièrement aimé shooter Sandrine et Alyz pour ma série sur les Saints, car l’ambiance était très détendue, l’équipe au top du professionnalisme et le résultat formidable ! Côté modèle, j’ai aimé poser pour quasiment tous mes amis, puisqu’à chaque fois ce sont des amis photographes qui me l’ont proposé. Je mettrais, tout en haut de mon top, l’expérience avec Toma Babo dans un palace de Palais Royal. Toma est un photographe modeste et talentueux et le résultat est à couper le souffle.

Et ton pire souvenir ?

Mon pire souvenir ne s’est pas passé pendant, mais après un shoot, à la livraison des photos. Une chanteuse, que je ne nommerai pas, a fait bloquer le chèque de mes honoraires, prétextant que les photos étaient de qualité amateur et hurlant qu’elle avait perdu son temps. J’ai été extrêmement vexée de sa réaction, d’autant que les photos étaient véritablement intéressantes et que le reste de l’équipe était conquise. Après un drame de plusieurs semaines où j’ai dû faire intervenir la maison de disque, j’ai finalement obtenu gain de cause en plus d’excuses. La véritable raison était qu’elle se trouvait grosse sur les photos et après quelques retouches Photoshop, sa méchante colère était passée. Trop tard le mal était fait, j’étais profondément affectée de ses remarques, et ce malgré ses excuses.

As-tu en tête une photo que tu sais d’ores et déjà irréalisable ? Comme un ultime fantasme ?

Quelle musique écoutes-tu en ce moment ?

sp4Beaucoup de Reggaeton, mes amis gangsters m’ont collé le virus Tego Calderon ! Sinon, difficile de contourner le Hip Hop de la West Coast par ici ! En termes d’écoute forcée, je suis obligée de cafarder que les militaires s’entraînent souvent sur la musique du film Rocky ! Si si ! Même que le sergent instructeur nous a déjà sorti « Allez, on y va ! On grimpe les marches ! » faisant référence au passage où Rocky se tape une petite suée sur les marches du Philadelphia Museum of Art … Difficile de ne pas sourire intérieurement !

Quel type de réaction cherches-tu à provoquer chez le spectateur ?

Aucune lorsqu’il s’agit de mon art, chacun est libre de réagir dans le sens qu’il désire, de se sentir touché ou pas. Pour ce qui est du photo journalisme, notamment en Asie, j’ai été moi-même très touchée par le mode de vie, la sincérité et la générosité de gens que j’ai pu y rencontrer, souvent les plus pauvres d’ailleurs. Je souhaite pouvoir retourner en Asie très prochainement et avoir l’impact suffisant pour pouvoir montrer ce qui se passe dans certains pays, comme la situation des Akhas, coincés entre la Thaïlande et la Birmanie .

Je vois que ton MySpace est « saturé » de compliments sur tes travaux. Es-tu sensible aux critiques à ton encontre ? T’arrive-t-il de recevoir des critiques négatives ?

Je ne suis sensible qu’aux remarques véritablement sincères. En général, les gens véritablement touchés par mon art ne m’écrivent pas qu’une simple phrase, suivi de « ajoute-moi à tes friends, steuplé ». Il m’est arrivé d’avoir les larmes aux yeux à la lecture de certains messages. Notamment le premier de l’actrice Brittney Powell qui est devenue une amie depuis, ou d’un photographe que j’admire énormément: Davolo, qui n’imagine pas à quel point son amitié a eu d’impact dans ma carrière.

De quoi vis-tu actuellement ?

De mes reportages, de mes publications dans la presse et surtout de mes commandes conceptuelles, pour des groupes, artistes, chefs d’entreprise, ou encore projets commerciaux comme les visuels d’une boisson énergétique récemment.

Et tu en vis bien ?

En bonne Française, je dirais : J’ai pas à me plaindre !

Et que fais-tu de ton argent ? Tu as droit à un joker bien sûr.

En plus des voyages, des chiens, j’avoue que j’ai un budget bouffe très conséquent. Je mange exclusivement bio et j’ai un penchant pour tout ce qui est étrange, rare et cela s’avère souvent hors de prix. J’aime également les belles fringues. Même si j’ai l’air négligée parfois, le jean que je porte n’a jamais coûté que 20 euros !

Où seras-tu dans 2 ans ?

Ailleurs, c’est sûr.

Qui est à l’écoute de MySpace réalise rapidement que tu es fermement engagée dans la défense des animaux. Tu peux en dire plus ? Est-ce un combat de longue date ?

C’est un combat de toujours. La souffrance est quelque chose d’inacceptable pour moi. J’ai beaucoup d’empathie en général et le sort des animaux est une souffrance que je partage et qui me torture au quotidien. Le seul moyen que j’ai trouvé pour participer à mon échelle est de refuser de supporter le système. Je ne porte ni fourrure, ni cuir, je suis un régime végétarien strict, voir végétalien lorsque je ne suis pas en déplacement professionnel. D’un point de vue gastronomique, je ne regrette que les oeufs et le lait de vache dans mon alimentation, la viande ne me manque pas, je pense même que je ne pourrais plus la digérer. Je prends des suppléments de protéine végétale, de vitamines B, fer et oméga 3 et je suis l’exemple vivant que cela n’empêche pas d’être dans une forme éclatante et de pouvoir faire du sport très régulièrement sans perte de masse musculaire.

As-tu d’autres combats ?

Oui, je me bats beaucoup contre mes propres démons


Que sont devenus tes rêves d’enfants ?

Envolés pour de bon …


Penses-tu que tout le monde puisse être artiste ?

Définitivement pas ! Et certains le prouvent bien.


Me citerais-tu trois artistes vivants que tu détestes ?

Je pourrais t’en citer 3000 et ils sont tous sur MySpace !


Te manque-t-il quelque chose ?

L’Amour inconditionnel.

Qu’es-tu capable de refuser ?

L’Amour, systématiquement.

Que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

Ce qu’il me manque Et plus encore, du moment que c’est sincère.

C’est quoi ta toute prochaine photo ?

Le portrait d’une femme magnifique de 170 kilos qui vit ici à Las Vegas. À voir bientôt sur mon blog…

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Site officiel: http://www.sandeepawan.com/

Myspace: http://www.myspace.com/sandeepawan

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8 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 3 octobre 2008
    bobson a écrit :

    J’ai bien l’impression que ce que touche Sandee se transforme en or…Alors que ceux que son art ne touche pas, se transforment en merdes !

  2. 2
    Yves Tradoff
    le Lundi 18 février 2008
    Yves a écrit :

    Vachement sympa cette interview! On imagine vraiment Sandee répondre aux questions en plein milieu d’un marché à Bagdad.

    Par contre, le myspace est cité plein de fois mais je vois aucun lien :(

  3. 3
    Stedim
    le Lundi 18 février 2008
    Stedim a écrit :

    Wow oups ! On va corriger ça rapidement.

    C’est http://www.myspace.com/sandeepawan !

  4. 4
    Fabien
    le Lundi 18 février 2008
    fab a écrit :

    Tres bien, je conaissais pas du tout. Et puis son Myspace m’a reconcilié avec, ben myspace justment. Mais pourquoi zazie?

  5. 5
    le Lundi 18 février 2008
    Julia a écrit :

    Je ne connaissais pas non plus son travail, mais quelle vie trépidante !

  6. 6
    le Mardi 19 février 2008
    Anonyme a écrit :

    Moi je la connais un peu, et c’est une vraie perle plei de talent et d’humilité sans parler de son sourire ravageur!

  7. 7
    le Mardi 19 février 2008
    Mia a écrit :

    oups… le message d’au dessus et de Mia

  8. 8
    le Mardi 19 février 2008
    Bruno a écrit :

    on entends presque sa voix en parcourant cet entretien.
    Bravo Miss

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