Samedi soir un DJ m’a sauvé la vie

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C’est bien la première fois que je lis un livre aussi… musical. Bien sûr, il y avait déjà Werber, qui inscrit à la fin de ses livres la liste des chansons qu’il a écouté en boucle durant l’écriture, mais ici, non seulement on parle de musique, on la voit à travers les paroles des chansons rapportées et traduites, mais aussi on l’entend.

djSi William Pierre avoue avoir écrit ce roman en écoutant de la musique et qu’il recommande de le lire accompagné des titres dont il parle, personnellement, je ne peux pas. Écouter un morceau et lire en même temps, ne serait-ce qu’un email, je ne sais pas faire, tant pis pour moi. Tout ce qu’il me reste pour tenter l’expérience, c’est de me servir de mon juke-box personne et d’essayer imaginer la musique qui va avec.

Mais ce roman a cela de particulièrement dérangeant pour mon ego que la moitié des titres dont il parle me sont totalement étrangers. C’est non seulement très frustrant de ne pouvoir profiter des ambiances que l’auteur a voulu mettre en place, mais cela l’est d’autant plus de se targuer de s’y connaître un minimum et de s’apercevoir au final être assez loin du compte.

Alors bien sûr, au début de ma lecture, j’ai bien commencé à noter sur un post-it les noms des artistes et chansons qui manquaient à ma culture musicale mais au huitième post-it j’ai décidé qu’il me fallait faire un choix : lire ce roman, ou l’écouter.

J’ai commencé par le lire.

L’histoire est très bien construite avec une écriture très cinématographique. On a l’impression de lire un scénario où, au lieu de décrire les plans, on nous exposerait la bande-son. Le roman décrit l’histoire d’une amitié entre deux hommes un peu paumés. L’un qui ne sait plus aimer, l’autre qui ne sait plus ne pas haïr. Premiah, un peu perdu, qui vole des livres et des disques pour son ami Romain, fils de mafieux qui refuse d’entrer dans la Famille, et qui assiste son père pour passer de la musique aux enterrements de ses hommes de main. J’aimerais bien utiliser ici des formules du genre:  » L’histoire est secondaire « ,  » Ce n’est qu’un prétexte pour nous parler de musique « , mais ça ne serait pas vrai.

Le scénario (lapsus volontaire) est complexe, il nous parle de personnages bien plus profonds qu’ils n’y paraissent. Le mafieux au fond de son restaurant grec qui reçoit ses visiteurs attablé et accompagné de son homme de main un peu idiot pourrait faire franchement office de caricature, mais les situations dans lesquelles William Pierre plonge ses personnages les rendent un peu plus humains. On les perçoit moins comme les acteurs d’un film d’action que comme des personnes existantes. En cela, ce roman est admirable, car la limite avec les clichés du genre est souvent proche mais très rarement franchie. Plusieurs histoires se recoupent, apparemment sans rapport les unes avec les autres, balançant entre les différentes personnalités, pour nous emmener au final, là où sans doute on ne pensait jamais arriver. C’est aussi cela que j’aime dans les romans : la surprise.

Même si l’on peut lire sur le quatrième de couverture que c’est un roman noir, mafieux, initiatique. souvent loufoque, ce n’est pas qu’il soit particulièrement sombre mais c’est juste qu’il y manque cette fin morale à laquelle beaucoup de films américains nous ont habitués. Tant mieux ! Ce roman vaut bien un scénario de David Lynch . Je l’ai vu en le lisant, et si ma culture musicale était plus grande, j’aurais même eu droit au spectacle en dolby stéréo. N’empêche qu’il n’aurait pas été superflu de fournir avec le livre une compilation des morceaux dont il est question.

Si je reviens sans cesse sur ce point, c’est que la musique tient ici une place prépondérante. Et tout est prétexte à l’évoquer ! Après avoir passé plusieurs heures à me documenter, à découvrir ou redécouvrir les titres dont il est question tout au long de l’histoire, je me suis sentie tel le personnage de Romain dans le roman: assoiffée de savoir, avec l’impression d’être passée à côté de tout un pan d’histoire de la musique et d’avoir énormément de choses à rattraper.

Un roman définitivement destiné aux adorateurs de la musique, même s’il reste accessible à ceux qui n’y connaissent pas grand chose. Et pour mon malheur, il semble que j’entre dans ces deux catégories.

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Interview Discordance: [Interview->288]

Myspace: http://www.myspace.com/samedisoirundj

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A propos de l'auteur

Image de : Normande bientôt trentenaire, intervieweuse en pointillé, en particulier dans le domaine musical ou littéraire. Sais coudre et tricoter, jouer de la batterie et organiser des tournées. Bah oui, on peut avoir l'air cool ET broder, surtout si on en fait son gagne pain : http://www.broderieduphare.kingeshop.com

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