Salomé

par Antoine|
Interviewé il y a quelques semaines, Charles Di Meglio nous présentait en exclusivité (mondiale, si si ! ) la mise en scène de Salomé, d’Oscar Wilde, et jouée au Théâtre les Enfants Terribles du 28 novembre au 17 décembre 2006. Après avoir assisté à la répétition générale, nous avons voulu faire le point quant à ce que le metteur en scène nous avait annoncé précédemment. Prenante, dramatique, et si souvent drôle, la pièce répond aux attentes.

salome-image1Fresque biblique, l’histoire est connue de tous. Il s’agit en réalité de l’épisode de la mort du prophète Jean-Baptiste, dont la tête fut livrée sur un plateau d’argent à la demande de la reine. Un rapide changement s’opère, et la pièce fait apparaître la princesse Salomé, belle fille du roi Hérode. Salomé rencontre le prophète Iokanaan, prisonnier du roi, et un coup de foudre impossible et improbable s’opère : la princesse désire le prophète ; lui, refuse de la regarder. Elle demandera sa tête au tétrarque.

Charles Di Meglio évoquait le désir d’une princesse, il met en scène une princesse folle de désir. Plus précisément, la pièce évoque les ravages d’un désir qui mène à la folie de l’esprit. Un roi maladivement drôle qui ne parvient pas à décrocher son regard d’une princesse dont il semble irrésistiblement fou, une princesse qui, pour assouvir son désir, demande la tête du prophète qui s’est refusé à elle. On est ici loin d’une folie douce, et le jeu véritablement impressionnant du roi Hérode ( Mathieu Huot ) et de la princesse Salomé ( Laurène Cheilan ) exprime le mal être de la folie née du désir impossible.

Une dizaine de comédiens sur scène, un théâtre petit et intime. Une soixantaine de places qui donnent effectivement directement sur la scène, scène par laquelle il faut passer pour accéder à sa place. La rencontre entre les comédiens et le public est aussi inévitable que précieuse. Impression d’autant plus étonnante que le spectateur a la sensation de rentrer dans le décor, dans les lieux, d’entrer dans la scène à laquelle il assiste.

Charles Di Meglio nous parlait d’ailleurs des décors, qu’il avait voulu simples et sobres. L’ambiance n’en est plus que réussie. Le travail des lumières met en valeur les costumes et décors, qui mettent eux-mêmes en avant les comédiens. La difficulté qu’évoquait le metteur en scène de jongler avec le nombre important de comédiens présents sur scène est plutôt remarquablement surmontée, le drame de la pièce est poignant, et le ton des comédiens si drôle par épisodes fait merveille.

Seul regret, seulement une soixantaine de places disponibles à chaque représentation. Mais consolez vous, la pièce se joue jusqu’au 17 décembre.

En savoir +

Salomé d’Oscar Wilde

avec Mathieu Barbet, Antoine Bibiloni, Stanislas Briche, Laurène Cheilan, Céline Clergé, Pierre Derégnaucourt, Mathieu Huot, Didier Laval, Jean-Antoine Marciel, Alexandre Maublanc, Clovis Petit, Patrice Riera, Aurélien Saget, Selami Varlik .

Moulage et sculpture en plâtre d’ Odile Le Berre .

Costumes de Patrick Cavalié .

Direction musicale et mise en scène : Charles Di Meglio

au Théâtre Les Enfants Terribles

157 rue Pelleport, Paris 20e (M° Télégraphe).

du 28 novembre au 17 décembre 2006.

tous les jours à 21h sauf le dimanche à 15h 30. Relâche le lundi.

Réservations au 01 46 36 19 66

Site web: http://compagnieoghma.com

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1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 7 décembre 2006
    Anonyme a écrit :

    Un spectateur conquis commente

    la Bible et le paganisme sauvage, les pré-raphaélites et la rigueur de Léonard, le mélange romantique, hugolien, shakespearien (ou peut-être tout simplement wildien) de la spiritualité la plus austère et du cocasse : c’est tout ce que cette mise en scène pleine de ferveur (leur âge n’explique pas tout, ils sont vraiment dévorés du zêle sacré du théâtre) nous donne à voir.

    Dans cette salle bien nommée des Enfants Terribles (et parfois on aimerait que le lieu lui-même le soit moins), le miracle opère immédiatement : une Cène s’est figée derrière un voile de gaze précieuse évoquant déjà Salomé; des sculptures humaines rajoutent à l’emphase tout en nous laissant pressentir que là va se jouer le drame; quelques battements de palme, pas de lever de rideau. Le silence se fait.

    La mise en scène de Charles Di Meglio crée la distance nécessaire à un drame biblique, mais sans briser cette distance, il dirige ses acteurs avec une maîtrise qui crée la tension et retient notre attention, des premiers gestes des gardes, des cris de Iokanaan au fond de sa prison hors-scène à la tragédie finale. Une seule ligne, un souffle, mais que de diversité dans ces figures ! des gardes tout droit sortis de Plaute, mais qui basculent brusquement dans l’horreur, un Iokanaan (Patrice Riera) vraiment inspiré, au regard d’au-delà, un couple royal (Céline Clergé, Matthieu Huot)remarquable dans son incompréhension tragi-comique du bouleversement téléologique qui se joue autour d’eux. Rarement aussi une Salomé (elles se contentent souvent au mieux d’avoir la plastique du rôle) n’a montré cette rencontre funeste entre le caprice sensuel, la vision révélée mais refusée du salut qui se montre et de la cruauté enfantine : Laurène Cheilan joue sur tous les registres.

    Percevrions-nous tout cela sans la somptuosité baroque des costumes, ce monde de fable où Cavaillé nous projette ? C’est un rêve éveillé que ce défilé de tentures, de bijoux, ou parfois tout simplement de nudités parées.Dans cette complexe architecture à l’ agencement précis, où tout devient quand même lisible et limpide, c’est peut-être là que se noue l’homogénéité de ce spectacle si réussi, sur la base d’une pièce aussi ambitieuse qu’une tragédie classique, à la portée quasi-théologique et où Wilde a voulu à tout prix utiliser une langue qui n’était pas la sienne mais qu’il a transfigurée.

    Si le théâtre n’est pour vous que l’affaire d’un soir, si vous redoutez d’être renvoyé à vos tensions les plus intimes, à vos contradictions les plus obsédantes, ce spectacle risque de vous faire mal. Mais n’est-ce pas ce qu’on appelait la catharsis ?

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