Rufus Bellefleur – Groovin’ Tales From Gator Blaster

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Les histoires de fantôme reviennent à l'ordre du jour : tout en gardant leur part de mystère, elles connotent toujours autant à l'angoisse, à la mort, aux catacombes. Aussi étrange que son propre nom, Rufus Bellefleur vient de ressusciter : le fantôme de Bayou est de retour.

Image de Il y a des légendes qui ne meurent jamais. Des murmures, des chuchotements à travers les murs, de vieilles histoires qui se répètent de génération en génération. Depuis 1889 Rufus a abandonné la Louisiane, mais son esprit a survécu. Avide de sexe et de violence, sa soif de vengeance est désormais devenue sa seule quête. Pourquoi ? Mais que veut-il ? Qui est-il véritablement ?

Et voilà que deux pauvres âmes toulousaines se sont laissées envouter par le spectre de Rufus, qui à présent leur dicte la marche à suivre… Le premier Julien Cassarino, n’est pas un inconnu, puisqu’il est le chanteur et leader du groupe de métal Psykup, mais aussi de Manimal. Son comparse Youssef Dassouli dit Yuz, se retrouve quant à lui à la production. Sous l’emprise du démon, le combo a pris bien soin de prendre le nom de leur maître, tout en prenant bien soin de garder quelques influences proches du métal pour matérialiser l’histoire de Rufus, en laissant cependant une place importante à la folk, à la country, et aussi curieux que cela puisse paraître, à du vieil hip-hop crasseux old school.

First blood vient saigner dès les premières notes l’auditoire : cri déchirant dans un registre très proche de Psykup pour commencer, banjo acéré pour une percussion sans faille. C’est une ouverture très country avec un chant plutôt métal qui scotche littéralement sur place. Audacieux. The Rendez Vous continue à raconter les différentes rencontres avec le fantôme en amorçant un virage country/hip-hop. L’électrique se mêle à l’acoustique, on se croirait voyager sur les rives du Mississippi.

Si les genres musicaux ne sont pas pris au hasard, le temps s’obscurcit sur Drink (this is my soul). Le côté groovy du début d’album est progressivement gagné par des orgues et des riffs sombres… Changement de décor, nous voilà plongés dans un film d’horreur digne de Massacre à la Tronçonneuse, hanté par des choeurs de femmes reprenant le refrain… Phrasé hip-hop, la suite s’enchaine admirablement bien dans l’esprit très pop du morceau lui succédant : RUFUS. C’est un track qui collerait bien au répertoire des Beastie Boys, mais imaginez-vous les Beastie avec… un banjo !

Après ce premier tiers d’album, Rufus Bellefleur n’a qu’un maître mot, l’audace. Si beaucoup classent Rufus avec l’étiquette grossière de « country/hip-hop/métal », c’est se mettre un doigt dans l’oeil. Pour la première fois, le fantôme chante en français (enfin en partie) sur Ma Blonde. Un fort accent américain certes, mais l’on retrouve toute l’influence folk de Rufus, très présente par moment. Court, simple et efficace même si ce morceau est le seul qui présente réellement Rufus sous son meilleur angle. Après la légèreté, place à l’esprit festif de Rufus : il aime faire la fête et son entrée est fracassante sur le très funky Tonight The Devil Is The Deejay. Samples percutants, les guitares sèches de sortie avec un harmonica en guise de refrain, le premier clip du groupe a été bien choisi. Rufus, même mort depuis plus de 200 ans, sait ce qui plait aujourd’hui.

Après la danse, Rufus replonge dans ses travers : Dirty Feet met de nouveau en valeur les faces sombres du fantôme. Morceau cuivré sous hip-hop feutré auront raison de lui. À la fois glauque et décadent, l’on finirait presque par s’attacher à cette drôle de créature… The Shop alterne nervosité et délicatesse, mais se montre avant tout déjanté : imaginez-vous en train de mélanger Cypress Hill, Tool, Beastie Boys et Dany Elfman ! Les influences hip hop sont renforcées sur A Hole In This Cage et All Your Humanity et toute l’aggressivité de Rufus finit à nouveau par envahir le skeud… Pourtant ce dernier morceau est très révélateur de la richesse de l’univers du groupe : hip-hop, guitares sales, claviers pour une explosion finale de Ju. Un petit côté industriel jusque-là absent qui surprend une fois encore. Surtout lorsque juste auparavant une pop sucrée s’était emparée des commandes sur Souviens Toi du Bon Temps. Envoutant.

L’esprit de Rufus Bellefleur s’est également propagé à l’extérieur de cette galette… Afin de prolonger l’aventure, Gwen Vibancos, dessinateur de BD, a été enrôlé de force pour se charger des artworks (visibles sur l’album et le MySpace du groupe) avec une touche très comics US. Bien sûr, cela colle particulièrement à l’univers créé par Rufus. Enfin, des musiciens du collectif Antistatic ont eux aussi été envoutés pour aider Rufus : Steph à la contrebasse et Metty à la batterie pour le live.

Pour un projet déclaré comme « secondaire », la barre est très haute et on aimerait voir plus souvent ce genre de fantômes hanter nos enceintes. D’autant plus que la véritable histoire de Rufus se découvre au fil de l’écoute… Entre la musique, les comics, et la tournée qui débute le 15 décembre prochain à Montauban, on n’a décidément pas fini d’entendre le doux nom de Rufus Bellefleur

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En savoir +

Rufus Bellefleur, Groovin’ Tales From Gator Blaster, 13 titres, sortie 18 Juin 2011.

Site officiel : http://www.rufusbellefleur.com/
Myspace : http://www.myspace.com/rufusbellefleur

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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