RQTN – Réalité transcendée

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En attendant un nouvel album, — actuellement en phase de composition — retour sur un one-man band français ambitieux et envoûtant.

Une jeunesse pleine de rêves. Une jeunesse bercée d’illusions. Une jeunesse nourrissant l’espoir.

Une jeunesse confrontée à la vérité. Une jeunesse en proie à la réalité. Une jeunesse dans l’appréhension.

Un peu tout cela à la fois. La musique de RQTN, fruit de l’esprit créatif du jeune Mathieu Artu, c’est un peu tout cela à la fois. Un reflet, un écho, une représentation. Ancien Atheist Prayer, il n’en est pas à son premier coup d’essai lorsqu’il donne naissance en 2008 à We Were… We Are, premier EP de son projet en solo, RQTN, via le label Swarm Of Nails Records (Einna, Torn In My Pride, …). Cet effort post rock, créant une jonction entre notre passé et notre présent, s’inspire de l’environnement chaotique de la Seconde Guerre Mondiale et abouti à une analogie que nous entretenons avec nos souvenirs, facteurs déterminants qui font de nous ce que nous sommes aujourd’hui.

Loin du post rock incandescent cher à des formations voisines, celui-ci pose les bases d’un périple qui s’annonce poétique, sorte de messe nébuleuse, délicate et enivrante. La structure, presque entièrement instrumentale et jouant sur la longueur des morceaux, repose sur une combinaison de cordes, de percussions, et de claviers constituant tout à chacun une composante de l’atmosphère qui s’installe. Un climat changeant, oscillant entre le noir et le gris. Un climat pour autant paisible, ne réveillant jamais l’émanation de la tempête. En témoigne Morning And Handwritten Letter ponctuant de ses notes claires et espiègles une noirceur dissimulée à la lueur de l’aube. Et ce n’est pas la pluie déversant ses larmes sur le fragile et touchant She Left Me When I Was On The Battlefield, titre à l’aura romantique, qui viendra infirmer ce constat. Plus dynamique cependant, l’évocateur Passing Out In Front Of Us voit l’apparition du chant avec la participation de Gregory Hoepffner, membre actif entre autres de Radius System et Time To Burn. Et nous ne saurions oublier l’artwork réalisé par le non moins talentueux Romain Barbot de Montreal On Fire, I Pilot Daemon ou encore Jin Baker.

Image de Six mois plus tard, l’EP éponyme apporte une nouvelle pierre à l’édifice en prolongeant avec brio le travail effectué sur We Were… We Are. À l’origine développé pour accueillir Florent d’Einna au chant, RQTN se dévoilera finalement sous la vraie nature du projet de Mathieu Artu, au travers de trois titres instrumentaux. Qu’il s’agisse du paradoxal Hope et ses nappes synthétiques empreintes d’une mélancolie cafardeuse, du simple et touchant The Edge ou du langoureux et plaintif Wires, RQTN confirme tout le potentiel placé dans la précédente ébauche de son géniteur.

Décidément très prolifique, il donne vie l’année suivante à son premier véritable album, Monolithes En Mouvement. Une révélation artistique tant le post rock des débuts laisse place à une musique plus contemporaine et affirmée. Partant de ce constat, l’anglais cède lui sa place au français dans des dénominations de morceaux particulièrement inspirées. Celles-ci, en adéquation avec les harmonies orchestrant le cœur des pistes instrumentales, évoquent une réalité déformée, en mouvement. En mouvement car nuancée par une sorte de rêverie contemplative et intimiste, véritable vertige émotionnel qui parcours les neuf titres que propose l’album. Un souffle qui aurait pu côtoyer les images de drames contemporains,  quelque part un reflet d’œuvres composées et interprétées par Craig Armstrong, Anne Dudley ou encore Akira Yamaoka. Mais force est de constater que Mathieu Artu a aussi ce quelque chose qui lui est propre, s’émancipant des images, laissant aux infinies possibilités de l’imagination le soin de s’exprimer pleinement.

Fort d’un réel succès critique, la suite semble assurée. Et c’est en 2010 qu’elle pointe ses soubresauts avec Decades And Decisions, une étonnante rétrospective voyageant entre 1928 et 2010, parcourant ainsi d’importants événements de notre histoire. Ce second LP de RQTN, outre le retour à une inspiration anglophone et à un featuring au chant (la présence remarquée d’Antoine Ollivier, affilié à Dawnshape et Painting By Numbers), marque surtout une évolution très significative dans la musique du one-man band, « quelque part entre le classique contemporain, le shoegaze et la new-wave » selon l’auteur lui-même. Une diversité des genres surfant entre les époques et qui confère à cet opus un halo surprenant, une alliance des styles inattendue, néanmoins réussi. Une preuve de la bonne santé d’un projet qui n’a pas peur de se remettre en question tout en conservant une âme si caractéristique, toujours animée de cette juste et délicate mélancolie.

Une mélancolie qui transpire sur chaque note du troublant 3200 ISO, voyant le jour au début de l’année 2011. Articulé autour d’un film en vingt scènes, soit vingt morceaux, ce troisième LP renoue avec des plages aux harmonies d’une réelle intensité dramatique. Chaque piste, concise, se déplace entre ombres opaques et vagues lueurs, tantôt dans une vive agitation, tantôt dans une triste sérénité. Ces bribes s’assemblant une à une, spontanément, pour former un intrigant puzzle. Comme des morceaux de vie aussi autonomes qu’interdépendants. Un effort réussi de la part d’un auteur singulier qui surprend agréablement à chaque nouvelle offrande, sans cesse orientée vers un nouveau et étonnant concept.

Un flot de souvenirs, d’émotions qui ne demandent qu’à vivre de nouveau. C’est finalement un peu cela RQTN. Des fragments, des instants de vie suspendus, qu’un écrivain couche sur le papier, qu’un photographe immortalise sur la pellicule. Au fond s’agit-il peut-être simplement de sentiments refoulés, la mélancolie se déversant tout au long de cette exploration des sens et de l’existence se montrant souvent teintée d’une certaine nostalgie. Un voyage désenchanté, une réalité dépeinte et transcendée par une part d’infini, d’inconscient. Une prière pour la lumière qui reviendra… Cela n’étant qu’une interprétation ô combien subjective, tant la musique de RQTN s’évalue selon son ressenti, ses émotions ou son vécu. Une source à interprétations variables, à l’image de ces quatre lettres énigmatiques…

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A propos de l'auteur

Image de : Esprit ouvert vers le monde, aussi bien apaisé que profondément rock'n'roll, Ghost erre dans l'immensité des paysages musicaux d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

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