Rock Poster Art, sérigraphies de concert

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Dans ce livre richement illustré, Didier Maiffredy, collectionneur averti et président fondateur de l'association Les Arts du Rock, combine une recherche historique, iconographique et surtout ludique de cet art en pleine explosion.

Objet désormais incontournable de l’iconographie rock, le poster de rock, édité pour les tournées et les concerts des groupes, connaît une très grande variété de formats et de genres. S’attachant à ceux qui relèvent de la technique de la sérigraphie, souvent réalisés en éditions limitées et signées, Didier Maiffredy met en lumière cet outsider art.

Revenant d’abord sur l’histoire du médium, Maiffredy souligne l’importance du mouvement psychédélique dans l’essor du poster de rock. Des figures de paons et de femmes inspirées de l’Art nouveau côtoient des lettrages quasi illisibles et accompagnent un mouvement musical marqué par la dilatation, la réverbération et les effets de lumière. La naissance de nouvelles drogues synthétiques comme le L.S.D. ne sont pas pour rien dans l’utilisation de nouveaux ressorts graphiques tel le mandala. Le mouvement n’est pas cantonné à la Californie puisque le Texas, et notamment Austin, devient dans les années 70 le QG de nombreux groupes et graphistes adeptes du DIY (Do It Yourself) qui peuplent ses salles, aujourd’hui mythiques.

Outre la mouvance punk au sein duquel émergea Frank Kozik, figure tutélaire du poster rock à laquelle Maiffredy ne cesse de se référer au fil des pages (il signe également la préface du livre), c’est finalement sur Internet que cet art a pu rencontrer un public et ainsi sortir du cadre qui lui était assigné jusqu’alors : la salle de concert, le quartier et la ville où se produisait le show. Désormais, les créateurs ont leurs sites et les mélomanes ont trouvé un nouvel objet de culte pour alimenter leur fétichisme musical.

Voilà pour l’Histoire. Pour ce qui est de la forme, la force du livre réside dans les cadres de référence qu’il fournit pour comprendre la place singulière du poster dans l’art, sa volonté de rester proche de l’outsider art (en dehors des codes de la haute culture, le high art), ses codes, ses significations et le nombre infinis de possibilités qu’il offre. Références au cinéma, à la culture populaire, à la politique, aux drames de la société américaine,  jeux de mots sur le nom des groupes, références à leurs histoires et leurs univers graphiques, ou bien création totale, tout semble permis.

Si l’accent est surtout mis sur les créateurs américains, il faut noter la présence de quelques Français : Elvisdead, Jüül, Arrache-toi un œil, Damien Tran et Fabrice Mallorca.
Enfin, la dernière partie du livre (qui aurait peut-être mérité d’être placée à la suite de l’historique) explique la technique de la sérigraphie, et, à défaut d’un réel modèle économique, la relation qui lie l’artiste au groupe et à son management.

Les références citées dans l’ouvrage peuvent sembler pointues et les formulations de Didier Maiffredy pas toujours heureuses, mais Rock Poster Art donne un bon aperçu de la création contemporaine dans ce domaine, encore peu exploré dans les publications sur les arts graphiques en France. Il faut donc saluer l’initiative de cette publication, et le soin accordé à l’impression sur papier glacé qui la place parmi les « beaux livres ». En attendant l’inauguration, pourquoi pas, d’un musée de la sérigraphie de concert, ce livre ravira ceux qui envisagent de devenir collectionneurs. Ou qui, comme moi, se réjouissent de croiser quelques exemplaires de ces œuvres dans l’espace public à l’approche de la venue des groupes. Comme une invitation à entrer dans un univers dans son ensemble, musical et graphique.

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Rock Poster Art, Editions Eyrolles, 256 pages, 45€. http://www.rock-poster-art.com/

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

4 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 29 novembre 2012
    maiffredy a écrit :

    je serai curieux de savoir ce que vous entendez par « pas toujours heureuses »…
    Précisions requises!!
    D.M

  2. 2
    Julia
    le Vendredi 30 novembre 2012
    Julia a écrit :

    Là, je n’ai malheureusement pas le livre sous les yeux pour vous citer des passages, mais j’avais parfois trouvé des formulations que je n’étais pas sûre de comprendre.
    Sachant que globalement, vos analyses des références et de l’histoire du mouvement sont plutôt très intéressantes !

  3. 3
    le Vendredi 30 novembre 2012
    maiffredy a écrit :

    Ce n’est pas ce qui ressort de la chronique chére julia !!
    Ne pas comprendre ce qui est écrit ne revient pas automatiquement à en déduire que ce qui est écrit le soit mal…..ou de façon « pas toujours heureuses » !!
    Quant on se veut juge, écrire précisement ce que l’on pense mérite toujours qu’on prenne le temps de le réfléchir avant pour etre juste et précis.
    Bien à vous.
    D.M

  4. 4
    le Lundi 3 décembre 2012
    Sam a écrit :

    Le texte me donnait envie de découvrir le livre, mais maintenant, vu les commentaires, je ne sais plus.

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