Rock En Seine : entre noirceur ésotérique et légèreté colorée

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97 000 personnes ont parcouru les sentiers poussiéreux d'un Rock En Seine 2009 annonçant une jolie programmation en dépit des sautes d'humeur d'Oasis.

rockeenseineL’info on la connaît, les frères Gallagher ont encore trouvé un charme incontestable dans le simple fait de se taper sur la tronche comme deux vraies rock stars pures et dures, prouvant indéniablement leur virilité rock’n'roll à grands coups de stupidité. Remboursements prévus pour bientôt d’un montant de 15 euros à voir sur le site du festival, et pardons langoureux auprès d’un public qui oubliera vite. Mais en dehors de ce manque de scrupules incommensurable, le programme nous a offert de bien belles pépites qu’il faut mentionner.

Dans l’ensemble quelques fadeurs et quelques incohérences sorties de nulle part, atterries au milieu d’un festival de rock sans que l’on comprenne pourquoi : de l’électro dancefloor visqueuse de certains aux aigreurs métalleuses de vieux boutonneux ayant oublié de grandir, en passant par des Petits Pois vraiment petits malgré le renom des participants ( Them crooked Vultures, un peu de Led Zep, de Foo Fighters et de Queens of the Stone Age ), les trois beaux jours ensoleillés du festival ont leur lot de fadeurs rédhibitoires. Mais certains seront là pour sauver héroïquement l’ensemble.

Vampire Week End : agitation et petites perles

Les Vampire Week End, comme à leur habitude, insufflent avec brio leur électro suraigüe et gratteuse complexée à l’univers. Le concert est efficace, le public apprécie, malgré le peu de surprises par rapport aux pistes enregistrées en studio. C’est une jolie prestation ornée de toutes les petites mélodies euphoriques et pleines d’extase que l’on connaît si bien, simplicité porteuse et registre romantique à violon, mais coloré, pour ne pas dire jouissif. La magie est à peu près la même on stage, rien à redire, tout à prendre, il serait dommage d’oublier ce petit succès malgré les hostilités de Manchester qui suivent. Toute pleine d’agitation et de petites perles, cette pop-là virevolte, harmonieuse et séduisante, avec légèreté et liberté. Loin du sombre, on mord la pomme à pleines dents pour notre plus grand bonheur ici, explosant en rêves pétillants et collectifs, sur des harmonies imparables. Un souffle d’énergie venant, encore et toujours, des terres britanniques… Les beaux garnements nous proposent quelques nouveaux morceaux, accueillis avec affection par ici, aucun nuage dans le ciel, quelques jolis rayons de soleil et de l’air frais.

Birdy Nam Nam : croisière féérique

Un peu de dancefloor, avec Birdy Nam Nam et Calvin Harris … Le second, il y a peu à dire : simplement que sa musique est efficace, à en croire les mouvements corporels provoqués. Mais c’est beaucoup de grossièreté, très peu de subtilité et de trouvaille intempestive. Trois notes de basse, quatre de synthé, respectant les règles les plus élémentaires d’un dancefloor déjà bien piétiné depuis quelques années. Efficace oui, et c’est tout. Les quatre DJ de Birdy Nam Nam, eux, sont à l’origine d’un véritable cataclysme euphorique. La formule magique est redoutable, et le public se laisse porter bientôt tout innocent par l’ensorcèlement d’enchaînements créatifs et bien maîtrisés. Ils s’amusent sur leur platine, les gens s’amusent dans la fosse, abandonnant leurs corps aux voluptés électriques de vrais meneurs. Jeux de lumières et de sons, charme nocturne et artificiel, les Birdy prennent en main ce samedi soir pour une petite croisière féérique et toute de charme.

Lilly Wood, School of Seven Bells : masques d’oiseaux, mot aérien

rock3Côté découvertes, on attend un bel avenir dans le ciel de Lilly Wood and the Prick, et des School of Seven Bells … Les premiers ont une moyenne d’âge très faible, hantant tout mot fébrile adressé au public, mais on leur connaît beaucoup plus d’assurance une fois leurs masques d’oiseaux ligotés autour des oreilles, dans une voix féminine toute pleine d’adresse et d’air de blueswoman suave. Leur univers à eux est bien là, déjà installé devant nous, flirtant avec quelques rythmiques dancefloor, un peu trop classiques, mais bien entraînantes. Les seconds, c’est un mot aérien adressé aux terriens depuis la Lune dans une obscurité portée par deux petits bouts de femme : ces jumelles-là vous obligent à frotter leurs collants noirs dans une ambiance ésotérique et céleste, très, très loin de la rudesse du festival, des seaux bleus pour faire pipi et des bières dégueulasses à cinq euros. Ici, c’est un frisson glacial qui vous enveloppe, transportant la moelle épinière ailleurs, et laissant les ondes corporelles ici-bas… Cérébral, émotif. L’effet est paralysant, mais l’anesthésiant est agréable, un bout de cerf-volant noir entre les mains… A bientôt sans doute.

Metric, Klaxons : invasion réussie, ultime cocktail

Au son de Metric, les festivaliers entament l’après-midi d’un dimanche qui s’annonce être un beau moment musical, à juger des premières notes. La chanteuse électrique à la robe courte sautille en impulsions jubilatoires, s’emparant de toute la scène. Accrochée pour de bon à son micro autant qu’à ses six cordes, elle compte bien prendre possession de l’espace sonore… Invasion réussie, quoique très courte. Il manque peut-être quelques notes de plus, sentiment de frustration. Alors peut-être nous faudra-t-il attendre un peu plus tard dans la soirée, pour se dandiner sur les riffs électrisants de Klaxons déterminés à emplir l’air de légèreté, d’assurance et de mélodies fatales. Entraîné, le public se laisse porter par ce son aigu et haut perché associé à une solide trame de basses dansantes. Le sens du rythme, l’amour de l’évidence un peu spectaculaire, et plus si affinités, le courage plein et entier d’assumer ce côté gros tube qui ne prend pas de risque, les Klaxons ont toutes ces qualités. Ils savent mesurer notre besoin d’extase facile et dansante et la dose immanquable de vrai rock’n'roll plus sombre et moins accessible, comme l’ultime cocktail de nos jours contemporains, partagés et forts en contradictions. On applaudit Myths of the Near Future et sa série de petites paillettes, en espérant pouvoir en faire autant pour un nouvel opus sous peu.

The Horrors : électro vampirique, étincelles funèbres

Quant à The Horrors, leur univers sombre et noir s’impose magistralement. On aime ou pas, on comprend ou pas. Beaucoup d’entre nous ne savent que faire d’une telle insolence, et d’une telle force de personnalité. Ils sont extrêmement froids et inaccessibles, créant un monde au-delà de celui-ci, et une frontière rigide, yeux noirs fixés on ne sait où, notes graves et atmosphériques impalpables, noirceurs des coiffures et mutisme face au public… Mais cela s’adore aussi. C’est une obligation, que cela vous plaise ou non, à descendre dans les caves mélancoliques et désorientées de l’Angleterre. Électro vampirique et étincelles funèbres… La drogue suce la moelle et les veines, ralentissant les mouvements intransigeants du chanteur et noircissant un peu plus son regard foutrement arrogant et désirable. Parce que le rock’n'roll c’est ça, que ça vous plaise ou non, faites-en ce que vous voudrez… Mais le délire insondable pénètre les pores, emporte frénétiquement la chair, et vous convie à une cérémonie faite de sensualité, d’obscurité, de dureté, mais aussi d’harmonies et de déconstructions rythmiques imparables. Une excitation shoegaze/krautrock, c’est ce qu’ils désiraient, ils l’ont déclaré… Et ils le prouvent, toujours calés dans des intonations rock pures et dures. L’odeur de Londres, des trottoirs de Camden, des soirées sans limites et des murs suant la bière, le bar recouvert de vieilles fringues des friperies, on en raffole… Fantasme.

Yeah Yeah Yeahs : brèche inconnue

rock2Dans le genre plaisir malsain, c’est au tour des Yeah Yeah Yeahs de figurer dans cette critique…Mais rapidement. Toujours aussi hallucinée et perchée ailleurs, leurs notes s’écoutent depuis un autre état, et ouvrent une brèche entièrement inconnue à soi-même. Puissance d’un son cérémonial ici aussi, accompagné d’une fureur plus extrême, d’un dynamisme de chaque seconde et d’une ardeur féminine impénétrable, on reste le nez collé à l’atmosphère sauvage d’une Angleterre en perdition et brillante de cynisme. Du rock qui ne plaisante pas, pour des oreilles qui aiment se vautrer dans des effluves machiavéliques et des expériences paranormales. Karen O’ séduit dans un show aux sonorités quasi sexuelles, mais ne fait pas tomber. On nous offre généreusement les chansons des deux derniers albums… Seulement la prestation de ce jour-là en particulier n’est pas très convaincante, et l’immensité de ce mystère sonore a beau se démener sur les planches, il manque ce qui nous pousserait d’un regard extérieur à une rencontre intime… On reste un peu dehors, face à ce qui ne semble pas suffisamment épris de passion et de confiance pour une expérience collective.

The Prodigy : battre le sol gris

L’anarchie monstrueuse de The Prodigy clôture l’ensemble en riffs spectaculaires. Le son d’un tel groupe, c’est une violence crachée immense, une lourdeur attardée. Mais c’est aussi une puissance incontestable, et les décibels hardcore qui nous écrasent par terre rappellent ce que c’est qu’un concert, et qu’une rock star… Des bêtes féroces se pavanent devant les yeux d’un public anéanti, arborant des looks de vieux crapuleux à multiples tatouages et coups de crayon khôl autour des yeux, jouant avec la caméra pour exhiber des visages angoissants de façon toute naturelle. Et on le voit, ils sont heureux d’être là, de donner au public la grandeur d’un délire enivrant, de mener les corps sauteurs avec eux en haut des étoiles. Du poids de la terre à la légèreté de l’air, des milliers d’adhérents et de moins adhérents à la secte battent le sol gris jusqu’à l’étouffement. Ils parlent à leur public, ils sont heureux d’être là, ils lui demandent de participer, de chanter, de s’assoir et de se relever, de danser sur un Come On ! À vous tuer les cordes vocales, Breathe, Poison, Voodoo People vous ensorcèlent à jamais dans une suite et une poursuite haletante de sons qui s’arrêtent et relancent et s’accélèrent à outrance…Essoufflés. L’industriel et le breackbeat s’abattent sur la foule hallucinée, sortis tout droit des délires d’un Liam Howlett, beau-frère de Liam Gallagher … Et The Prodigy rafle en pagaille toute l’intensité d’un Rock en Seine qui peinait à se réveiller pour de bon, endormi dans l’oeuf pour cause d’une Oasis devenue mirage…

Alors, malgré le bras d’honneur de certains, et l’impossibilité à transporter la brillance sur scène pour MGMT, et quelques autres fadeurs, on revient les chaussures pleines de terre, et les oreilles pleines de quelques jolies vibrations sombres et en perdition, ascendantes et multicolores.

Crédits photo : http://www.flickr.com/photos/zenra/ / CC BY-NC-SA 2.0

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A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 8 septembre 2009
    Virgile a écrit :

    J’ajouterai juste ceci : le retour sur scène tant attendu de Faith No More n’a vraiment pas déçu!!

    Par contre, je ne comprends pas: pour moi, le groupe Them Crooked Vultures était quand même LA bonne surprise du festival. Réponse immédiate aux Eagles of Death Metal, ils ont assuré sur la moyenne scène avec une set list qui envoyait du lourd! Justement malgré le renom des participants, ils n’en ont pas trop fait, ne se sont pas perdus en démo techniques et avaient plutôt l’air de bien se marrer (je pense à la running joke de Josh Homme sur les Petits Pois et Progidy… ^^).

  2. 2
    le Mardi 8 septembre 2009
    Mercy a écrit :

    On a bien vécu le même concert de Prodidgy, ça fait plaisir. J’étais pas venu pour eux mais je dois avouer que plus d’une semaine après, j’ai encore du mal à ma remettre de cette déflagration sonore et visuelle…

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