Rock en Seine 2011 – Jour 2 : Rock sous testostérone

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La tête et les jambes reposées, les idées remises bien en place et les bottes nettoyées, l'heure est venue de retourner fouler la terre du Domaine de Saint-Cloud pour une nouvelle journée de concerts made in Rock en Seine. Une deuxième session de live qui aura mis à l'honneur les artistes masculins. Du rock garage fougueux, du rock classieux, du rockabilly rétro, du hip-hop groovy ou de l'électro futuriste, la programmation de cette nouvelle journée était signée XY. Du rock sous testostérone donc, avec son lot de bonnes surprises, parmi lesquelles Cage the Elephant et The Streets, et de déceptions avec Interpol en première ligne. Retour sur les prestations, plus ou moins viriles, des hommes du jour.

Le début de la journée rime avec rock garage. D’abord avec The Black Box Revelation, duo belge composé de Jan Paternoster au chant et à la guitare et de Dries Van Dijck à la batterie, qui assure son set avec brio armé de ses compositions aux riffs acérés. Simple, mais efficace. Ensuite avec les Hushpuppies qui ouvrent le bal des concerts de la Grande Scène. Un gage de reconnaissance pour les artistes qui en 2005 avaient déjà joué à Rock en Seine, mais sur une scène de moindre importance, en tant que jeune groupe à suivre. Preuve que la formation a parcouru beaucoup de chemin depuis ! Emmené par son charismatique chanteur Olivier, le groupe enchaîne les tubes de ses trois albums sans fausse note, principalement les titres de son dernier disque en date, The Bipolar Drift, aux tendances new-wave ponctuées de touches electro. Le concert est aussi l’occasion pour les Hushpuppies de fêter les un an de leur nouveau line-up, Marc, l’homme à la moustache ex-membre de feu Sherraf, ayant remplacé Guillaume l’année dernière. Un bien bel anniversaire.

On change de style avec le punk survolté de Cage the Elephant. Les fans sont nombreux pour accueillir les Américains qui jouissent d’une réputation de bêtes de scène. Une réputation que les cinq garçons ont confirmée haut la main offrant au public une performance magistrale ! Comment ? Grâce au grain de folie de Matt Schultz, chanteur et leader de la formation. Méfiez-vous de son petit air angélique. Derrière cette bouille de gentil blondinet au look un brin destroy se cache une véritable tornade qui balaie tout sur son passage, un diable de Tazmanie du rock n’ roll ! L’artiste a donné des sueurs froides au personnel de la sécurité s’offrant des bains de foule à plusieurs reprises. Indomptables, les membres de Cage the Elephant n’en font qu’à leur tête et c’est tant mieux ! Sans conteste l’un des meilleurs concerts de la journée.

Parce qu’il y a toujours une exception à la règle, une fille est parvenue à se faire une place parmi les hommes de la journée. Et pas n’importe laquelle : Françoise et son corps de rêve ! Derrière le patronyme énigmatique du Corps Mince de Françoise se cachent en fait les sœurs Emma and Mia Kemppainen. Surfant intelligemment sur la vague de l’électro-pop, les demoiselles originaires d’Helsinki ont réchauffé les cœurs du public de la Scène Pression Live, en proie à une grosse averse, grâce à leurs mélodies inventives et décomplexées. Le Corps Mince de Françoise sont des filles qui en ont… de l’audace et du talent ! C’est pour ça qu’on les aime.

Après cet instant féminin, on retrouve un mec qui sévit sur la scène du hip-hop anglais depuis le début des années 2000 et qui en est devenu une figure emblématique : Mike Skinner, alias The Streets. Respecté de tous, ce blanc bec bourré de talent, à la fois sensible et engagé, a su imposer son style unique dès son premier album paru en 2002. Un concert à ne manquer sous aucun prétexte d’autant plus qu’il n’était pas prévu à l’origine (The Streets a remplacé le rappeur Q-Tip initialement programmé) et qu’il signe la fin officielle de The Streets en tant que tel. Le public était donc au rendez-vous en masse devant la Grande Scène pour apprécier le flow si particulier de l’artiste et son accent cockney à couper au couteau, véritable marque de fabrique du rappeur. Pour son dernier concert en Europe, Mike Skinner était au top. Enthousiaste et généreux, il a enchainé les principaux morceaux qui ont construit sa réputation, le tout dans une ambiance festive et chaleureuse. Chapeau bas l’artiste ! Si The Streets n’est plus, nul doute que Mike Skinner a d’autres idées plein la tête. Ce n’est qu’un au revoir !

Pour les amateurs de rock, du pur, du vrai, du rock qui suinte et qui tâche, du rock qui vous fait booger-wooger jusqu’au bout de la nuit, il y avait un concert à voir : celui de The Jim Jones Revue ! Loin des nouvelles tendances, le credo des cinq Londoniens est de raviver la flamme des origines du rock, comme si chaque morceau du combo était autant d’incantation pour faire revivre Chuck Berry, Little Richard ou encore Elvis Presley. Et il faut dire que les Anglais jouent la carte du rétro à fond : costume trois-pièces, banane gominée, jeu de jambes souple et élancé, tous les ingrédients sont bons pour nous replonger dans le bel âge du rock n’roll. Et ça marche ! Dès les premières notes, on se prend à rêver de juke-box et de drive-in. Fiévreux et intense, The Jim Jones Revue ont la classe, tout simplement !

Dans un autre registre, Interpol sont aussi adeptes du costume. Classieux, le quatuor se pose en digne héritier de Joy Division. Cependant sur scène, les « Men In Black » du rock ont du mal à s’imposer et tout de suite, leur charme en prend un coup. Austère et monotone, le set du groupe manque d’ampleur et de relief. Seuls les classiques tels que Slow Hands ou Narc retiennent l’attention. Pas de quoi s’éterniser ! On en profite donc pour faire un tour du côté de Wu Lyf, le groupe qui a titillé la curiosité du public pendant des mois, à coup de vidéos mystères postées sur le net, avant de sortir son premier album en juin dernier. Le collectif World Unite Lucifer Youth Foundation, de son vrai nom, s’est ainsi accordé les faveurs des critiques. Pourtant, au vu de la performance du combo, certes efficace, mais pas transcendante, on reste sceptique face à l’engouement qui entoure la formation.

En manque de valeur sûre, c’est tout naturellement du côté de la Grande Scène que l’on se dirige pour LA tête d’affiche de la soirée : les Arctic Monkeys. Et dès son entrée sur scène, Alex Turner, dans sa veste de cuir noire, annonce la couleur : « Je suis une rock star ». Tels sont les premiers mots qu’il lâche dans le micro. Loin d’avoir pris la grosse tête, le leader est tout simplement lucide face à son nouveau statut. Car il est vrai qu’on est bien loin du temps où les singes polaires n’étaient que des adolescents adeptes d’un rock garage brut, intense et immédiat. Le quatuor a grandi, enrichissant ses compositions d’influences nouvelles lui permettant ainsi de sans cesse se renouveler. On se retrouve donc face à un vrai groupe de rock, charismatique, plein de fougue et d’énergie, avec à son actif un répertoire à faire pâlir tous ses aînés, fait de tubes taillés pour la scène. Les Arctic Monkeys n’ont donc eu aucun mal à convaincre le public qui s’est laissé enivrer au rythme de titres phares des Anglais, de I Bet you look good on the dance-floor à Brick à brick en passant par Crying Lighting. Fait rarissime en festival, face à l’enthousiasme du public, le quatuor s’est prêté au jeu du rappel. Ah ces Anglais !

C’est au son de l’homme électronique, Étienne de Crécy, qui compte parmi les pionniers de la French Touch, que se clôt cette deuxième journée. Véritable spectacle de sons et lumières, fait de cube en perpétuel mouvement, le live d’Étienne de Crécy a transformé la Scène de la Cascade en dance-floor à ciel ouvert.

La nuit nous appartient. Enfin, jusqu’à demain matin !

Crédits photo : Phil Abdou

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: Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

7 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 28 août 2011
    isatagada a écrit :

    Oh Hélène ! Interpol ! Mais Interpol quoi !!!!

  2. 2
    Hélène
    le Lundi 29 août 2011
    Hélène a écrit :

    Je m’attendais à beaucoup mieux. Il ne se passe rien sur scène, à part le petit pas de danse du guitariste.

  3. 3
    le Lundi 29 août 2011
    valdotkom a écrit :

    Pas un mot sur Blonde Readhead, magistral! Je suis offusqué ;)

  4. 4
    le Lundi 29 août 2011
    petitdog92 a écrit :

    Je suis d’accord avec valdotkom rien sur Blonde red head !! Je cherche la set list de BRH !!

    Merci.

  5. 5
    Hélène
    le Lundi 29 août 2011
    Hélène a écrit :

    C’est toujours le même problème avec les festivals, on ne peut malheureusement pas être partout. Il faut faire des choix.

  6. 6
    le Lundi 29 août 2011
    Rocky a écrit :

    - -

    Manque plus que le blog officiel de Rock en Seine.

    > http://rockcover.over-blog.com

    Photos, comptes-rendus, vidéos…

    - -

  7. 7
    L.
    le Mercredi 31 août 2011
    L. a écrit :

    Je pense qu’il faut que tu ailles lire ça pour peut-être comprendre ce qu’il se passe à l’écoute de la musique de Wu Lyf : http://www.discordance.fr/wu-lyf-go-tell-fire-to-the-mountain-36294

    ;)

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