Rock am Ring 2008

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Arme de destruction massive et sonore, le Rock am Ring est le plus grand festival allemand et certainement l’un des plus importants en Europe. Ayant lieu sur le circuit mythique du Nürbürgring, il draine un public venu des quatre coins de l'Europe. Trois jours de fête, trois jours de rock, trois jours à part…

photo6-2Complet depuis plus de 3 mois, malgré un billet au tarif assez conséquent, dire que l’édition 2008 était attendue est un doux euphémisme. Peu de risques cependant au niveau de la programmation : un alignement bête et méchant de grosses têtes d’affiche et une orientation très claire vers le gigantisme et la démesure. L’objectif de ce festival n’est sûrement pas de jouer la carte de la découverte, mais de vous en mettre plein les mirettes avec quelques noms légendaires ( Rage Against The Machine et Metallica en tête) ainsi que toute une flopée de groupes déjà bien établis.

D’ailleurs si jamais l’idée vous prenait d’envoyer votre démo au festival pour espérer y jouer l’année prochaine, le site web officiel vous prévient d’entrée « Ne nous envoyez pas de CDs ou de matériel promos, si nous voulons vraiment vous avoir au Rock am Ring, nous nous chargerons de vous contacter directement. » Le but étant de clairement de faire du chiffre, de remplir du stade (85 000 personne par jour) et de vendre des dizaines de milliers de litres de bière à tous ces gosiers assoiffés de rock et de sensations fortes.

Pas la peine de vous la faire chronologique, style journal de bord, cela ne ferait qu’accentuer le nombre déraisonnable d’heures passées à glander et à profiter de l’ambiance du festival plutôt que des lives. Car n’aborder ce genre de Weekend que comme une succession de dizaines de concerts, ce serait passer à côté de ce qui fait la quintessence même d’un tel festival : son ambiance et son public. D’ailleurs ces chers VIPs du haut de leurs scheiss Tribune, devaient se sentir bien seuls à tromper leur ennui dans leur crémant ébullé et leurs saucisses apéros mal décongelées.

Paradoxe donc que d’aligner une programmation si fournie et de n’avoir au final pu vraiment profiter qu’une grosse dizaine de concerts, dont la moitié sur écrans géants. C’est qu’il fallait être matinal, pour espérer avoir une place correcte devant la gigantesque scène principale. Une configuration trop grande qui fera que selon l’endroit, le son sera carrément trop faible et arrivera par exemple à gâcher le set pourtant très attendu de Disturbed en lui enlevant toute sa puissance sonore. On préfèrera donc de loin la scène dite intermédiaire, dont les dimensions plus humaines permettent d’apprécier des différents shows dans de meilleures conditions.

photo1-6L’autre chose qui frappe c’est la taille des infrastructures mises en places. Une flopée de stands de caterings, des distances entre les scènes très conséquentes, des dizaines de milliers de personnes en rang d’oignons qui se serrent dans les allées et des dizaines de campings. Pour pouvoir planter sa tente pas trop loin de l’entrée du festival, il fallait arriver 3 jours avant le début du premier concert.

Et oui sachez le, le festivalier allemand est prévoyant. Le festivalier allemand arrive tôt. Et quand le festivalier allemand se déplace, en bon fétichiste de la technique et du matos, c’est à une débauche de moyens qu’il nous confronte. Rien qu’en se baladant dans les allées du camping, il devrait être possible de faire une analyse sociologique très documentée sur ce besoin du toujours plus. Des groupes électrogènes par milliers, des montagnes de fûts de 20L autoréfrigérés, des camions, des remorques remplies d’amplis énormes qui crachent du AC/DC (période Bon Scott ) en boucle, des barbecues géants sur lesquels grillent en permanence tout ce que le pays peut compter de sortes de saucisses. Tout simplement fascinant.

Rajoutez à tout cela la grosses arnaque de l’édition 2008 qu’a été la rediffusion du match Allemagne – Pologne le dimanche soir sur les écrans de géants de la grande scène. 110 minutes d’un match de poule, dont même les amateurs du ballon rond se contrefoutent allègrement. Des drapeaux et des banderoles de partout. De quoi occuper la grande scène à peu de frais et qui est sans doute revenu moins cher aux organisateurs du Ring que de programmer une tête d’affiche convenable. Et comme cela n’était pas suffisant, le pauvre festivalier a encore eu droit aux chansons de supporter de base des Sportfreunde Stillers, chargés de mettre l’ambiance sur la scène avant le début de la rencontre. L’homme de goût aura donc vite fait d’aller se mettre le plus loin possible de toute cette agitation footballistique, même si cela doit passer par le love metal des finlandais de HIM .

Join me in Death ?

Si tu me promets qu’on n’y joue pas au foot.

Comme écris plus haut, le Rock am Ring n’encourage pas à la découverte. N’empêche qu’il y en a quand même eu quelques-unes dont l’excellent set de Pendulum qui aura fait son petit effet sous le chapiteau de la petite scène. De la drum’n bass selon le talentueux photographe qui nous y traîna, malgré une température incitant plus à l’apéritif qu’au cloisonnement musical, et un show des plus rock’n roll au final !

Pour le reste, cela aura été un défilé de valeurs sûres et inoxydables. Le genre de concert qui se finit en karaoké géant et qui donne l’agréable sensation d’être replongé 10 ans en arrière.

photo3-3 À une époqueSmash faisait office de révélateur punk et où Offspring était la sensation du moment. Un disque qui tourna en boucle de longs mois avant d’être déçu par les albums suivants et par le groupe qui aura beaucoup de mal à se renouveler. Hey Man you know, I’m really OK . Une simple phrase en guise d’intro qui enflammera toute la grande scène pour un concert inégal et sans risque. Mais quel plaisir d’entendre à nouveau ces quelques classiques que sont Come Out and Play et Self Esteem après tant d’années.

À une époqueProdigy sortait Fat of The Land qualifié de « Bande son du nouveau millénaire ». Un album prodigieux et enthousiasmant. Et la bonne surprise de ce Rock am Ring . Harangué en permanence par Liam « For My People » Howlett, le public réagira au quart de tour malgré l’heure tardive du set. Un show très propre et cadré mais avec un son énorme qui vous en met plein les oreilles. Tous les classiques du groupe furent naturellement au rendez-vous, avec comme climax les très attendus Breathe, Firestarter et Smack my Bitch Up . Alors bien sûr, on est en droit de se demander à quoi sert vraiment Keith Flint, si ce n’est à exhiber ses piercings en balayant la scène d’un pas décidé, mais le bonhomme fait à tel point partie de l’imagerie Prodigy, que son absence n’aurait pas donné au concert la même saveur.

À une époqueMetallica était en pleine crise identitaire et qui pour tenter de s’en sortir se coupa les cheveux (mini-révolution chez les fans), changea de logo (révolution chez les fans) et ne trouva rien d’autre de mieux à faire que de sortir deux albums médiocres l’un à la suite de l’autre (guerre civile chez les fans). Il leur aura fallu presque 10 ans, un autre album à la production catastrophique, un psy, un DVD qui fera office de thérapie de groupe et le débauchage du meilleur bassiste de l’univers pour arriver en conquérant sur le circuit du Nürbürgring sur l’air d’ Ecstasy of Gold de Morricone . It’s a long way to the Top, chantait Bon Scott juste avant que les lumières ne s’éteignent. Ce n’est pas un hasard si les four horsemen ont choisi ce titre en intro de leur concert. Car au top, ils le sont.

Qu’on se le dise, le chemin a été long, mais Metallica version 2008 est en forme éblouissante. James était visiblement le plus heureux du monde d’être là, Lars faisait le show derrière les fûts, Rob était hallucinant jusque dans sa façon de bouger et Kirk s’est abstenu de faire le moindre solo. Que du positif donc pour ces deux heures d’un concert de toute beauté. Creeping Death et For Whom The Bell Tolls pour mettre la pression d’entrée de jeu. Ride the Lightening et Harvester of Sorrows pour ne pas la relâcher. Un titre de Load ( Bleeding me ) et un autre de Reload ( Devil’s Dance ) pour nous rappeler qu’ils sont capables du pire avant de se reprendre de la plus belle manière avec le doublé Master of Puppets / Whiplash . One sera bien sûr de la partie, l’occasion d’une débauche d’effets pyrotechniques qui se poursuivra sur Enter Sandman . Deux rappels généreux ( Seek and Destroy, Motorbreath et Die Die my Darling ) avant de passer de très longues minutes à saluer les dizaines de milliers de personnes présentes et de nous faire la promesse de revenir à la rentrée avec un nouvel album. Déconnez pas les amis, vous êtes capables du meilleur. C’est maintenant ou jamais.

photo2-4 À une époqueRage Against The Machine venait de sortir Evil Empire qui avait la dure tâche de succéder à un premier opus légendaire et qui y arrivait tant bien que mal avec des petits bijoux tels que Bulls on Parade ou People of The Sun . Dix ans plus tard et après une pause de 8 ans, Zack de la Rocha se rabiboche avec son groupe et signe l’un des comebacks les plus attendus des ces dernières années. Une sirène qui retentit au loin, une étoile rouge sur la scène. Les premiers riffs de Testify . Zack avec le poing levé. Tom avec sa chemise toute droite sortie de Guitar Hero 3 . Une image rare. Un gros frisson qui parcourt l’échine de vivre ce moment. Un son énorme. Une présence scénique incroyable pour un groupe tant de fois imité mais toujours inégalé. Les maîtres du genre sont là et vont enchaîner une setlist de rêve dont Bulls on Parade, People of the Sun, Bombtrack, Bullet in your Head, Know your Enemy, Guerilla Radio, Sleep now in the fire, Wake Up, Freedom pour achever tout le monde par un Killing in the Name Of d’anthologie avant de s’avancer ensemble pour saluer un public en extase. Le meilleur concert du festival et une reformation qui pour une fois a tenu toutes ses promesses.

Des concerts il y en eut bien sûr d’autres. Serj Tankian, évadé de System, pour une très jolie prestation tout en chapeau haut de forme. Incubus qui a visiblement oublié qu’il avait sorti des albums tels que Science ou Make Yourself, pour se concentrer sur les derniers opus en date, bien moins énergiques et bien plus banals. Motorhead et son indéboulonnable bassiste-chanteur, qui force le respect, quoi que l’on puisse penser de son hard rock crasseux au son reconnaissable entre tous. Nightwish et sa nouvelle (jolie) chanteuse qui sera victime de deux pannes de courant successives.

Et pour terminer en beauté ces 3 jours, quoi de mieux que Josh Homme et sa bande pour un final stoner de toute beauté. Lourd, puissant, poussiéreux, le rock des Queen of the Stone Age est la bande-son idéale du retour (épique) au bercail, des images, des sons et des souvenirs plein la tête, les yeux et les oreilles.

Car même si l’idée de retrouver un festival à taille plus humaine tel que les Eurockéennes ou les Vieilles Charrues est des plus réjouissantes après la démesure du Ring, il y a une alchimie unique qui se crée sur ce circuit de F1 perdu en plein milieu de la campagne allemande. Un moment unique à vivre absolument.

Crédits Photos : phiL. B

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Image de : Fondateur de Discordance.

17 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 26 juin 2008
    kyra a écrit :

    Passionnant ! Et la série de photos, avec les cartons Discordance qui circulent, c’est tout simplement génial. Ca me rappelle les Eurocks 07, tiens… Bravo et merci Pascal :)

  2. 2
    le Jeudi 26 juin 2008
    Etalaure a écrit :

    Merci Pascal pour cet article que j’ai pris plaisir à lire. Merci également à Phil pour les photos de qualités qui me font découvrir ce Festival mythique sous un autre jour. Pour l’instant effectivement, je me cantonne aux Festivals de taille « humaine »… one day maybe Rock am Ring ….

  3. 3
    le Jeudi 26 juin 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Ta description du concert de Rage Against The Machine donne monstrueusement envie. Ce groupe ne vieillira jamais.

    Et Motorhead du coup, t’as trouvé ça comment ?

    A part ça, les 85 000 personnes par jour… ça donne le tournis… !

  4. 4
    Pascal
    le Jeudi 26 juin 2008
    Pascal a écrit :

    Ah ouais Rage c’était énorme. Je gardais un souvenir très marquant de leurs précédents concerts auxquels j’avais pu assister il y a 8-9 ans et j’avais vraiment peur d’être déçu. Un peu à l’image du concert des Smashing au RAR 2007…

    Mais là, franchement c’était grand.

    Pour Motorhead, j’étais pas vraiment dedans à vrai dire. C’était juste après Rage, on a pris le concert au vol. J’ai jamais été un grand fan du groupe, mais je trouve Lemmy absolument fascinant dans son style, ses contradictions et son histoire… C’est clair qu’il a plus 20 ans le bougre, mais le set était très correct et je pense que tous les fans présents on dû apprécier.

    Pour ma part j’essaierais de profiter de la séance de rattrapage des charrues pour approfondir le sujet…

  5. 5
    Philippe Barbosa
    le Vendredi 27 juin 2008
    phiL a écrit :

    T’a été plus rapide que moi, toutes les photos (104) du festoches viennent juste d’être uploadées sur mon FTP ;)
    Sinon…souvenirs inoubliables, plus que les concerts…l’ambiance, les gens, tout!

    Le coté gigantesque peut gêner certains, comme le dis Pascal, il faut être matinal et surtout moins festifs que d’autres pour passer les 2 barrières qui séparent la foule et espérer profiter des shows de la grande scène d’un peu plus près (vu les photos, vous savez de quel coté on se situe ;) ).
    Je regrette aussi les chevauchements un peu tirés par les cheveux de grosses montures d’une scène à l’autre (Cavalera Conspiracy juste avant Rage par exemple). C’est un festival physique (un gros 800mêtres entre les deux scènes !).
    Pour ma part, je retiendrais les prestations de Rage, Metallica, Prodigy, Pendulum, et Queens Of The Stone Age. J’en oublie surement quelques autres.
    Beaucoup d’autres concerts vus et d’autres loupées pour les raisons citées plus hauts.

    Au final, même si il est vraiment impossible de profiter de tous les concerts des plus gros sur ce festival, entre la vie qui s’y déroule pendant les trois jours et les concerts, le prix du billet est largement humainement amorti :)

    Petit détail perso: Un peu d’indulgence pour les photos, je pense qu’il n’est pas exagéré de dire que 85% des photos présentées sont sous l’influence d’un liquide largement présent sur le site (et au moins à 3km aux alentours :p) !

  6. 7
    Philippe Barbosa
    le Vendredi 27 juin 2008
    phiL a écrit :

    On foutait quoi déjà pendant Die Toten Hosen ?!!

    Au bar encore, j’en suis sur :)

  7. 8
    le Vendredi 27 juin 2008
    VIOLHAINE a écrit :

    La MEGA-classe (claque ?).

    Bravo les gars!!!!!!!!! :o ))))

  8. 9
    le Vendredi 27 juin 2008
    Fred a écrit :

    phiL, ça m´étonne pas que tu aies un trou pour ce dimanche soir :-) On était effectivement pas loin d’un bar entrain d’écouter le bouteuneux à bonnet de HIM (en attendant le concert de QotSA).

    Par contre je me rapelle bien me faire jeter des bars avec Jo cette même soirée parce qu’ils fermaient. C’est quand tu engueules un Allemend qui ne veut plus te servir de bière que tu réalises ton état de décrépitude :-)

  9. 10
    Pascal
    le Vendredi 27 juin 2008
    Pascal a écrit :

    On peut penser ce qu’on veut des Toten Hosen, mais là le gars (Campino) il est quand même en train de faire le guignole à escalader la scène et à slamer comme un dingue alors qu’il a une jambe dans le plâtre…

  10. 11
    le Vendredi 27 juin 2008
    Emma a écrit :

    PhiL, tes photos sont d’une classe sans nom, tu réussis à rendre sexy des gens bourrés et qui mangent des saucisses. Et le tout en étant bourré et en mangeant des saucisses. C’est digne d’un grand, d’un très grand !

    Merci à tous les deux de nous faire partager ces fabuleux moments, bon sang que ça donne envie !!!

  11. 12
    Stedim
    le Vendredi 27 juin 2008
    Stedim a écrit :

    C’est du très bon reportage que voilà ! Chapeaux bas, la team !

    PS
    Et vive Brian Johnson !

  12. 13
    Pascal
    le Vendredi 27 juin 2008
    Pascal a écrit :

    « PS Et vive Brian Johnson ! »

    Ah mais tout à fait…

  13. 14
    le Dimanche 29 juin 2008
    Dimitri a écrit :

    Waouh… Ca dépasse jusque là mes limites en termes de capacité !! Ce monde… Trop violent à mon goût, trop de monde. Mais c’est clair que vu les affiches, ça laisse pantois :)

  14. 15
    Pascal
    le Mardi 1 juillet 2008
    Pascal a écrit :

    Et hop ! Le reste des photos a été ajouté à la galerie….

  15. 16
    Philippe Barbosa
    le Mardi 1 juillet 2008
    phiL a écrit :

    et hop! quelques autres photos ici : http://www.photographil.net/rar08/

    je vais updater cette semaine avec toutes les photos :)

  16. 17
    Philippe Barbosa
    le Vendredi 27 juin 2008
    phiL a écrit :

    Whooh :)

    (et encore le trajet pour acceder à l’autre scène n’est même pas dans les photos…)

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