Robin des Bois vu par Ridley Scott

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Ridley Scott a fait récemment l’événement pour trois raisons : il reprenait un classique populaire, avec Russell Crowe dans le rôle titre, et faisait l’ouverture du 63ème Festival de Cannes. Verdict ?

Image de robin-des-bois Pour traiter de « son » Robin des Bois, Ridley Scott nous amène à la veille du treizième siècle, où l’Angleterre vient de connaître des difficiles années de disettes. Robin Longstride est un archer au service de la Couronne, combattant en France en retour de la troisième Croisade. Il assiste alors à la mort de Richard Cœur de Lion sur le champ de bataille. Dès lors se tractent en coulisses des complots pour faire tomber Jean, son successeur. De retour en Angleterre après avoir rapporté la couronne à Londres, Longstride découvre alors un pays ruiné, qui vit dans la pauvreté et l’oppression à l’image de Nottingham où il fait la connaissance de la famille du baron Loxley et de Lady Marianne. Avec sa bande, il entre en résistance pour prouver au roi que le pays souffre et que ce dernier est en danger…

Robin des Bois est un Ridley Scott comme on peut l’aimer : une façon de revisiter l’histoire, des décors et effets spéciaux excellents et des thèmes sensibles. On pourrait presque dire que c’est du déjà vu. En effet, dès Gladiator où il dépeint une Rome en proie aux conflits politiques et d’intérêts personnels, avec le combat d’un gladiateur pour la liberté, on le retrouve dans Kingdom of Heaven en 2004 qui raconte le combat épique d’un homme plongé dans un conflit qu’il n’a jamais souhaité, et qui se retrouve à défendre une terre étrangère et protéger Jérusalem. En 2010, Ridley Scott est de retour, avec son acteur fétiche, pour une énième retranscription de la célèbre histoire populaire.

Il est étonnant d’appeler son film Robin des Bois, tant l’histoire racontée précède la légende connue de tous. Robin des Bois, l’homme de la forêt avec sa bande dans laquelle on trouve Frère Tuck ou Lady Marianne, qui vit des cadeaux de Dame Nature, et vole aux riches pour offrir aux pauvres. Il faut attendre les deux dernières minutes pour avoir le véritable Robin des Bois tel que la légende nous le présente. En attendant, le spectateur doit se payer 2h15 de l’histoire d’un Robin Longstride, un archer plutôt doué, qui par un joli coup de hasard se retrouve à devoir porter la couronne du défunt Richard Cœur de Lion, en prenant le nom d’un certain Robert Loxley lui aussi mort au combat. Il ne sait pas qui est Loxley, ni ce que sa présupposée famille doit à la Couronne.

Pour raconter sur l’histoire de ce que sera Robin des Bois, Ridley Scott prend comme à son habitude des libertés par rapport à l’Histoire, et notamment vis à vis des personnages historiques qui peuplent sa fresque médiévale. On retrouve ainsi un Richard Cœur de Lion qui cherche l’honneteté, discours que l’on retrouvera après chez Robin. Cœur de Lion est un roi populaire, qui pourtant avec son père Henri II a bien plongé le pays dans la pauvreté. Le film en fait un roi très « anglais », un peu comme Robin des Bois serait un Robin très « irlandais » (par son accent) alors que Cœur de Lion a bien des origines françaises. Pour tout spectateur connaissant juste la légende de Robin des Bois, il fallait savoir que la mère de Richard et Jean n’est autre qu’une certaine Aliénor d’Aquitaine : sauf qu’il n’y a aucun référence à son passé et son appartenance française. Même topo pour Jean (plus connu sous le nom de Jean Sans Terre) qui est visiblement avec une femme française, Isabelle d’Angoulême : sauf que dans la réalité, il kidnappe Isabelle en étant roi.

Dans les thèmes abordés, Ridley Scott montre une Angleterre moderne, soucieuse de mettre en avant son histoire, bien que celle-ci ne soit pas véritablement reluisante. Ainsi, on montre la pauvreté et l’injustice qui plonge l’Angleterre dans le chaos, ce qui est évidemment la base du populaire Robin des Bois. Ce dernier est le fer de lance de l’honnêteté, de l’honneur et de la fierté, prêt à n’importe quel sacrifice pour la liberté et la justice pour tous. Ainsi, avec les barons, il met en avant une sorte de marché écrit que le roi promet de signer une fois le complot battu. C’est la fameuse Magna Carta, que le roi va bien signer, plutôt forcé d’ailleurs en 1214. Cette charte (qui a inspiré l’Habeas Corpus anglais) doit limiter le pouvoir du roi et donner un peu plus de libertés à ses sujets. Il clôt son film sur une bataille finale superbe (pour le bien du film puisqu’elle n’a jamais eu lieu), signant définitivement le discours anglais du film.

Pour ce Robin des Bois version 2010, histoire de passer enfin au-dessus de la version hollywoodienne qui avait Kevin Costner et Sean Connery en tête d’affiche, en 1991, Ridley Scott a aussi misé sur le talent des acteurs et les décors, ainsi que les scènes d’action. On retrouve Russell Maximus Crowe dans le rôle titre, qui n’arrive pas à faire oublier sa superbe prestation dans Gladiator, tant les personnages sont finalement assez proches. Il s’entoure de la talentueuse Cate Blanchett, elle aussi habituée aux rôles historiques, puisqu’elle campait Elizabeth dans la fresque de Shekhar Kapur. Walter Loxley est interprété par Max von Sydow (Conan le barbare, Dune), l’autre baron William Marshal est campé par William Hurt (Le Village, A History of Violence). Du côté des méchants on retrouve (et ça devient une habitude en ce moment), Mark Strong, déjà vu dans Sherlock Holmes et Kick-Ass. Et chez les Français, Isabelle d’Angoulême se retrouve dans la peau de la très jolie Léa Seydoux (La belle Personne, Sans laisser de Traces) alors que le roi Philippe est interprété par Jonathan Zaccaï, récemment vu dans Blanc comme Neige.

Robin des Bois s’inscrit donc comme une énième version de la légende populaire, complétant la version de Kevin Reynolds en 1991 en racontant l’histoire de Robin Longstride. Bien porté par un habitué de la maison, Robin des Bois est un plaisir visuel que l’on ne boudera pas, doté en plus de bonnes idées, bien que l’aspect historique ait donne lieu à quelques libertés.

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A propos de l'auteur

Image de : Christopher (ou Cine-emotions dans le sévère monde de la critique), encore étudiant en Histoire Culturelle et Sociale, prépare actuellement son mémoire sur le rock britannique. D'ailleurs il est un amateur de musique rock, le genre qui envoie et qui en même touche au plus profond, de Muse à Marilyn Manson en passant par Radiohead et bien d'autres. Son dada : le rock britannique dans toute sa splendeur. Sinon, Chris est aussi (et surtout) un amoureux du cinéma (du drame au film d'horreur en passant par le film historique), qui tente d'exposer son avis à travers ses critiques qu'il espère pertinentes. Son rêve : devenir journaliste, et si possible dans les deux domaines qu'il vient de citer. Sinon, Chris est aussi un amoureux de la vie, et il aime quand la curiosité vient frapper à sa porte. Il se fait actuellement les dents (ou les doigts) sur Discordance et sur son blog.

3 commentaires

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  1. 1
    Virgile
    le Mercredi 19 mai 2010
    Virgile a écrit :

    Merci pour cette critique qui me conforte dans mon idée de Robin des Bois comme film prétexte… et m’évite d’aller le voir. :)

  2. 2
    le Mercredi 19 mai 2010
    Julien vachon a écrit :

    j’aime bien cette vision du film, j’avais des doutes à aller le voir, je compte y aller finalement

  3. 3
    le Mercredi 9 juin 2010
    serviteur a écrit :

    au delà de ça, il ya quand meme dans ce film (et dans Gladiator) une vraie figure heroique travaillee un maximum pour que le public se prenne a l’encourager (en gros qu’il devienne le gentil alors qu’en realite ce n’est qu’un malhonnete deserteur) et cette figure heroique est extremememnt bien rendue. il est vrai que sans ce bel avantage assez inherent aux films historiques du ridley scott (parce que American Ganster avait un heros moins charismatique meme si ce nouvel « icorruptible » joue par Russel Crowe restait proche des personnages recurents de Scott) le film n’est qu’un bon film d’action très réussi mais l’etrange realisateur a la carriere si inegale parvient malgre tout a changer la donne (et c’est quand meme tres fort parce que c’est pas avec le jeu fige de Crowe qu’il allait reussir a creer un vrai evenement…).

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