Robi – L’hiver et la joie

par |
Robi n'est pas un homme. C'est le projet de Chloé Robineau, une femme, brune, pas très grande, et plutôt très belle. Et qui, lorsqu'on lui dit qu'on pensait, justement, qu'elle était un homme - magie des noms -, reçoit la nouvelle avec une satisfaction non dissimulée.

Robi-Lhiver-et-la-joie

Sans doute parce que sur ce disque, il n’est pas question de masculin ou de féminin, mais avant tout d’intelligence et d’universalité. De s’adresser à l’immense foule de l’humanité pour, en chanson, reprendre des thèmes intemporels qui n’ont rien de sexué. Habillé d’arrangements aussi bruts que réfléchis, Robi se fait le porte-parole de ceux qui naissent et meurent, tour à tour forts ou faibles, animés de sentiments sereins ou violents, jamais faits d’un seul bloc, jamais parfaits, jamais certains de rien ; contrastés ; vivants avant tout.

De ses années passées à la Réunion, Robi a ramené un sens du rythme dont peu peuvent se prévaloir tant il semble naturel, instinctif, comme une seconde peau. La basse, en forme de colonne vertébrale, est prégnante et vient balancer l’apparente légèreté d’un synthé vintage. Comme un coeur qui bat, elle cadence avec une sensibilité exacerbée un chemin sur lequel chacun avance comme il peut. La guitare n’est pas en reste, formidablement rythmée elle aussi, crade et grasse à souhait, sur Tout ce temps notamment où elle dessine une course effrénée avec un réalisme diabolique.

Loin de ressembler au commun des mortels, Robi s’en distingue pour frapper fort avec ce disque d’une puissance impressionnante pour un premier album. Ils ne sont pas légion, ceux qui sont animés d’une telle flamme intérieure, d’un tel besoin de ressentir des choses à tout prix. Quitte à se faire mal.

Quelle que soit la retenue qu’elle affiche, Robi se met à jour au travers de morceaux dont chacun est comme un coup de poing au plexus, d’une force décuplée par la rareté des mots, choisis avec soin pour être mieux martelés et souligner le propos avec une précision chirurgicale ou en tout cas, une diction parfaite.

Parmi eux, l’excellent On ne meurt plus d’amour est un constat désenchanté tandis que Dominique A l’accompagne Sur ma route ou que Trisomie 21 lui inspire une reprise remarquable de Il se noie avant de se servir de la musique comme d’un exutoire sur le surprenant Je te tue, d’une froide intensité.

La violence contenue dans la voix si claire, si distincte de Robi glace les sangs. Et pourtant. Par tous les pores de sa peau transpire la passion, la vraie : celle qui n’aspire qu’à l’explosion.

L’hiver et la Joie.

Évidemment.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article