RoBERT

par Arno Mothra|
A l'occasion de son nouvel et merveilleux album, Sourde et aveugle, dans les bacs depuis le 17 novembre dernier, RoBERT nous a consacré un long entretien, rempli de rires, de spontanéité et de partage. Extraits choisis d'un instant riche.

Dans Six pieds sous terre, votre précédent opus, l’amour vous avait rendue aphone. On vous retrouve aujourd’hui Sourde et aveugle dans un concept toujours aussi noir et déroutant. De quoi êtes-vous partie pour l’écriture ? Est-ce une continuité avec Six pieds sous terre ?

bob2C’est toujours une continuité. Maintenant, ce n’est pas l’amour qui me rend sourde et aveugle. C’est une réflexion sur le métier d’artiste, très difficile, qui demande deux qualités essentielles : être sourd, et pour ma part aveugle car je déteste me voir. Pendant la séance, quand le photographe m’a demandée de faire quelques mouvements, je n’ai pas réfléchi : j’ai mis instinctivement la main devant les yeux et l’autre sur l’oreille. La photo de la pochette représente exactement ce que je ressens depuis mes 17 ans de carrière.

On ressent toujours une atmosphère très baroque, vous étant très familière, étrangement mixtionnée à des guitares, des percus et des sons électroniques néanmoins plus discrets qu’autrefois. La RoBERT de Sine et Celle qui tue s’est-elle définitivement endormie ?

Non pas du tout. Il n’y a pas eu de décision sur la couleur globale de l’album. Toutes les chansons sont créées en piano voix, il n’y a pas de discussion installée autour de ce qui accompagnera les arrangements. Cela vient plus tard, Mathieu essaie plusieurs arrangements, et nous choisissons.

Votre nouveau single, Tout est calme, rappelant quelque peu Elle se promène, votre premier 45 tours, tranche radicalement avec l’ambiance générale de l’album. Pourquoi un tel choix pour une première approche de ce nouveau cru, et comment s’est déroulé le tournage du clip, déjà diffusé dans les médias ?

Le choix du single est toujours un choix difficile et évident. On ne s’est pas réellement posé de questions, on a su que ce serait Tout est calme en se fiant à notre première impression. Et puis, après Celle qui tue, Six pieds sous terre, Sourde et aveugle, Tout est calme repose un peu.

Pour ce qui est de la vidéo, j’ai horreur de tourner un clip ( rires ), comme les séances photos. C’est pour moi une grosse souffrance. Je ne suis pas timide, mais je ne me supporte pas et j’ai horreur de me voir. En fait, la caméra a tourné, et j’ai dansé.

La deuxième plage du disque, Le jardin des roses, est interprétée avec le jeune Austyn. Un magnifique duo qui n’est pas sans rappeler la froideur de Nick Cave & the bad seeds. Après Sacha Bourdo, vous semblez très attachée aux voix rauques. Quelle est l’histoire de ce duo ?

Je suis effectivement très attirée par les voix raillées, rauques. Je suis très fan du chanteur Arno, qui est même « mon chanteur préféré » ( rires ). En fait, la rencontre avec Austyn s’est faite en premier lieu par Internet : une internaute m’avait conseillée de le découvrir via sa page web, et pendant l’écoute, j’ai trouvé ça génial. Comme j’étais en tournée à ce moment-là, je l’ai invité à mon concert de Lyon. La première chose que je lui ai dite bêtement en le voyant, c’est « surtout ne sois jamais signé » ( rires ). Je garde un très mauvais souvenir de ma signature dans les majors. Par la suite je lui ai demandé de faire un duo, mais dans lequel je ne ferais que chanter, car il a une très belle écriture tant au niveau des musiques que des paroles. Il assurera d’ailleurs la première partie de mon concert à la Cigale le 14 février prochain.

Parmi ces 14 nouveaux titres, on retrouve aussi le surprenant Tour de France, dont la fraîcheur stimule irrémédiablement la joie. Racontez-nous la conception de cette chanson très particulière, notamment pour son rythme.

Justement c’est un peu l’inquiétude que j’avais : comme je ne prémédite pas ce que j’écris, lorsque j’ai terminé Tour de France j’ai pensé à Mathieu (ndlr : Saladin, compositeur depuis toujours), persuadée qu’il n’allait pas aimer. J’imaginais qu’il trouverait ça idiot cette idée que je veuille changer mes roues ( rires ). Finalement il a adoré quand je lui ai fait écouter, ce qui m’a beaucoup surprise ! Après je m’inquiète encore de l’accueil du public parce que cette chanson s’éloigne beaucoup de l’esprit de Princesse de rien par exemple.

Sois courageux renvoie quelque peu à un doux sadisme arrosé d’humour, humour beaucoup plus présent sur ce disque d’ailleurs. En 2002, vous chantiez déjà « Le plaisir me donne envie de faire le mal ». Vous aimez torturer les hommes ?

bob4Oui ! ( rires ) Après coup je m’en veux toujours, mais quand Mathieu me fait écouter une musique qui me plait, je n’arrive pas à lui dire que je l’aime : à la place je me mets à lui taper dessus. Sur l’épaule bien sûr, je ne le blesse pas. Dans L’hymne à la mort je chantais Je t’aime à vomir, parce que la musique m’avait tellement plue que j’avais envie. de vomir ! C’est le côté violent de la princesse, mais bon. je ne suis pas encore complètement folle. ( rires )

Ce qui est impressionnant chez vous, et notamment sur « Sourde et aveugle », c’est votre façon de recréer la chanson française à l’aide d’un lyrisme absolu, d’une musique expérimentale, de paroles atypiques et d’une teinte globale très baroque. On vous sent autant passionnée par Marie Laforêt que par Kraftwerk, ou encore Domenico Cimarosa et ma foi, Nick Cave. De quoi ou de qui vous sentez-vous proche ?

Les artistes comme Marie Laforêt ont bercé mon enfance, alors qu’aujourd’hui j’écoute assez peu de musique. Donc savoir dans quelle scène je me situe est difficile. Je peux juste vous dire que j’aime beaucoup Arno, Eminem, même si je ne comprends pas ce qu’il raconte ( rires ), et je suis fan inconditionnelle de Dr Dre en tant que producteur.

Vous aimez beaucoup le rap ?

Oui ! Mais attention, pas la génération chaînes en or et filles nues sur des voitures ! ( rires ) Ceux qui jouent sur des clichés comme ça ne m’intéressent pas. J’apprécie beaucoup NTM, Joey Starr . Ces gens ont un charisme et un talent époustouflants.

Vous avez intégré deux reprises dans ce nouvel album : The end des Doors, et Ma gueule . Vous n’avez pas peur de déstabiliser votre public avec ce titre de Johnny Hallyday ?

Pourquoi donc ?

Disons de façon courtoise que ce n’est pas vraiment votre univers.

C’est vous qui le dîtes ! Après tant d’années de carrière en se voyant si peu à la télé ou à s’entendre à la radio, ne connaître qu’Internet comme soutien, les paroles se prêtent parfaitement à mon état d’esprit ! ( rires ) Cette chanson m’a semblé évidente, et elle est bien écrite. Je ne me suis pas dit : (ndlr : en faisant la grosse voix) « Ouh, c’est une chanson de Johnny ». Même si je n’écoute pas beaucoup ce qu’il fait, je ne porte pas de jugement sur ce qu’il est. J’adore cette chanson. Et pour mon public, il y a toujours une peur de le décevoir, avec des titres comme Tour de France notamment, une reprise, ou n’importe quelle chanson.

Sur des sites de fans vous étant consacrés, on peut lire qu’il y a quelques années, vous auriez réalisé une reprise du groupe NTM, Laisse pas traîner ton fils, dont le texte revendicatif et urbain s’avère à mille années-lumière de votre univers. S’agit-il d’une légende, puisque malgré de grosses recherches, ce titre semble introuvable ?

Il est peut-être difficilement trouvable car il n’a pas été enregistré en studio, mais interprété uniquement en live. C’est le genre de chansons que j’aime faire en concert, peut-être qu’elle sera enregistrée sur un support un jour.

Après diverses dates parisiennes depuis quelques années, votre première tournée a eu lieu cet été dans plusieurs villes de province. Que retiendrez-vous de cette tournée, et comptez-vous renouveler l’expérience prochainement ?

Ce n’est pas moi qui m’occupe de ça, mais j’espère vraiment ! Pour la tournée, j’étais très étonnée, car j’ai pris conscience de ma notoriété acquise avec très peu d’aide aide médiatique. Il y avait du monde, les gens me connaissaient, et le public était très chaud. Lorsque tout ça s’arrête, on se sent plongé dans une certaine déprime, une grosse solitude. Il faut que ça revienne vite, j’ai l’impression de tourner en rond.

Après des salles prestigieuses comme l’Olympia, votre prochain concert se tiendra à la Cigale le 14 février prochain. Si la date choisie n’est sûrement pas anodine, que pouvez-vous déjà nous dévoiler sur ce spectacle ?

bob3Il s’agit d’un pur hasard sur la date figurez-vous ! ( rires ) La Cigale est une salle que j’adore, pas trop grande. J’aime sentir le public tout près, et je me sens. toute petite petite petite, dans les grosses grosses grosses sales. ( rires ) Cette notion de grands espaces m’est étrangère. Une fois, j’avais fait l’effort d’aller à Bercy pour voir Eurythmics (ndlr : RoBERT ne se rend jamais à de gros concerts, en raison de son agoraphobie). A partir des gradins, Annie Lennox faisait environ deux centimètres de haut, et je la voyais mieux sur des vidéos.

Auriez-vous aimé vivre à une autre époque que la nôtre ?

Non. Je me suis arrangée pour vivre comme je le souhaite : je vis à la campagne, avec un âne, des chiens, des poules, mon prince charmant et mes trois enfants. Ça me correspond parfaitement.

Votre oeuvre renvoie généralement non à une époque, mais à des thèmes féeriques, comme Le chien mauve, Le prince bleu, ou aux princesses, loin des princesses niaises.

Ah, le premier qui me trouve une princesse niaise, je le mets au défi !

Vos personnages féminins sont tristes, accrochés au tragique.

Oui, mais le tragique a toujours été là, de par mon passé, et une enfance difficile. Je suis née à 25 ans finalement, très soulagée, et sortie de l’Enfer. Peut-être qu’aujourd’hui quelques morceaux traînent encore.

Il y a de cela quelques années, Amélie Nothomb vous a consacré tout un roman, Robert des noms propres, sorte de biographie romancée, évidemment best-seller comme la plupart de ses ouvrages. Avec le recul, comment percevez-vous cette image véhiculée tout au long des pages, qui ne vous correspond peut-être pas entièrement puisque romancée ?

C’est à peine romancé ! A part certains noms qui ont été modifiés, il s’y trouve peu de fiction. Après, beaucoup de choses plus sombres ne pouvaient être écrites, donc pour moi il s’agit surtout d’une version un peu édulcorée.

Pour en revenir à votre nouvel album, la surprise principale est l’ajout de la guitare, rarement utilisée sur vos disques. Est-ce l’expérience de la scène qui a vous donné envie d’intégrer cet instrument sur Sourde et aveugle ?

Sûrement. J’ai toujours eu peur de représenter la chanteuse guitare/basse/batterie. Personnellement ça m’ennuie car ça me parait peu inventif, donc du coup j’ai dévié sur autre chose ( rires ). Avec les années, j’ai fini par accepter la guitare comme un instrument, aussi bien que la viole de gambe par exemple, ou un synthétiseur, sans être obligée de faire (ndlr : avec une voix d’ours) du ROCK’N'ROLL ! ( rires )

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Des rotations radio ? Des diffusions à la télé ? Il ne faut pas rêver ! ( rires )

Crédits photo: Goldensilk

Merci à RoBERT et à Valérie Zipper .

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RoBERT, Sourde et aveugle, 14 titres, chez Rue Stendhal – Sortie le 17 novembre 2008

Site officiel: http://www.robertlesite.net
Myspace: http://www.myspace.com/frenchsingerrobert

2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 17 février 2009
    maud a écrit :

    Je suis une grande fan de RoBERT et de son univers noir et tragique, elle est pour moi une princesse des temps modernes, sa façon d’utiliser les mots et sa voix me font souvent penser à Mylene Farmer, ou à Barbara, deux femmes exeptionelles, j’espère vraiment qu’un jour Robert se retrouve en haut de l’affiche,elle le mérite mais cette proximité avec son public n’est possible que parce qu’elle n’est pas très connue!

  2. 2
    le Vendredi 9 janvier 2009
    claude T. a écrit :

    j’adore la voix & l’univers; il me semble que celui pictural dans lequel je m’exprime se rapproche du sien … Aux amateurs

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