Revolver, Stephan Eicher et Sallie Ford & The Sound Outside font une escale à Paloma | Nîmes | 06.12.2012

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Jeudi 6 décembre. La froideur s'est emparée des plaines gardoises et il faut vraiment avoir envie de sortir pour mettre un pied dehors. Dès 19h30, la file d'attente commence à se remplir devant l'imposante Paloma, et il y a de quoi. Trois groupes au programme, trois groupes à la croisée des générations qui ont chacun leur public : les habitués pour Stephan Eicher, les curieux pour Sallie Ford, le tout baigné dans les grandes découvertes qui gravitent autour de Revolver. Une dernière occasion de les voir à Nîmes avant la fin des temps.

L’envolée lyrique de Stephan Eicher, première escale épicée

L’ambiance est bon enfant. Il faut dire que c’est 20 h, chacun a bien bu et bien mangé, et tout ce petit monde commence à prendre ses quartiers. Les places assises ne mettront guère de temps à trouver preneur, la fosse s’avère être copieusement remplie. La moyenne d’âge est à la tendance grisonnante, mais parents, minots et grands-parents jouent dans la même cour ce soir.

Le voyage débute en douceur, emporté par les longues embardées au piano de La Relève, presque troublante, « elle ne vient pas », tel un écho glacial. Désormais accompagnés de ses musiciens et d’un décor qui a franchement de la gueule (constitué d’enceintes en tous genres), Stephan Eicher s’offre un petit flash back avec une certaine Chanson Bleue, mais retour au quotidien avec les compos issues de  »L’envolée » sorti il y a quelques semaines.

Le Sourire, ou une version davantage rythmée de Dans Ton Dos, Stephan Eicher prend le temps de s’adresser à son public. De la folk à la chanson française, la contrebasse et le violoncelle confère une dimension quasi country. Et forcément, quand Stephan Eicher commence à sortir des tiroirs ses Confettis (« Eldorado », 2007), le constat se trouve ainsi renforcé. Si la légèreté imbibe la salle, le virage rock s’amorce. On prend de la hauteur : Des Hauts, Des Bas, plus proche de ses débuts, apporte de l’énergie au set. De l’arrivée des synthés new-wage (Pas d’Ami) ou du combo efficace piano/violon sur La Rivière« c’est le même refrain » qui s’entonne.

Réarrangées et boostées, Combien de Temps ou l’incontournable Déjeuner en Paix ne feront que confirmer ce qui se murmure auprès du public : le dernier album de Stephan Eicher a trouvé un écho plus que positif parmi ses fidèles, et ces « anciens » morceaux ont été retravaillés intelligemment. Des spectateurs vraiment ravis de ces retrouvailles, franches et honnêtes, où le finish s’est effectué là où tout le monde l’attendait : dans le public, mode fanfare activée, avec ses musiciens.

Sallie Ford & The Sound Outside, seconde nature

Il est vrai qu’entre Stephan Eicher et RevolverSallie Ford & The Sound Outside avait comme rôle d’assurer une transition digne des artistes à l’affiche de cette soirée. Voyant la masse de personnes quittant la Paloma, on finit d’abord par se dire que ce n’était pas forcément pour la même tête d’affiche que les gens et nous-mêmes s’étions déplacés. Après ce rapide constat, les plus fougueux (ou les plus vaillants) restent pour Sallie Ford & The Sound Outside.

Un seul album au compteur pour les Américains, mais un opus plein de promesses : une chanteuse soul/rock pour un rock’n'roll qui fait outrageusement penser à Bessie Smith à Ella Fitzgerald pour un titre d’album assez évocateur (« Dirty Radio », à comprendre « radio cradingue » en français). Le ton est donné. Un titre comme I Swear réveille les sens, c’est blues et criard à la fois. Que dire d’un Danger imminent ou d’un This Crew ? La ligne de basse est dévastatrice, ça swingue à mort, le style, bien pesé.

La recette fonctionne, même si le début a été assez poussif. L’effet de surprise emballe la foule, à vrai dire, pas grand monde connaissait la valeur, pourtant montante, de ce groupe. La chanteuse se laisse aller dans ses tourments, c’est tortueux et sombre sur des Against The Lawpar exemple, mais dommage que cette embellie ne perdure pas. Le côté swing donne des coups de fouets au set, malheureusement assez inégal en terme d’intensité. Si la qualité du groupe n’est pas à démontrer, le public, lui, n’était pas peut-être pas dans les conditions optimales pour profiter pleinement du show. Car il y a vraiment du potentiel auprès de Sallie Ford… laissons-les mûrir et ils seront prêts à cueillir.

Revolver : ô grand Revolver

Vous comprendrez bien que nous sommes venus essentiellement pour eux. Une envie de se laisser tenter, de voir tout le foin que l’on fait autour du ce trio parisien pour que cela nous mette la puce à l’oreille. Un premier album bijou (« Music For A While », 2009) pour un second un peu moins réussi (« Let Go », 2012), Revolver a finalement l’immense fardeau de clôturer ce jeudi à 23h45. Tard, trop tard pour Nîmes. La salle s’est vidée, le public fatigué, n’a pas répondu à l’appel de Revolver. Une petite partie est restée, mais bon sang que la fosse sonnait creux. Une nouvelle fois pardon pour le manque de réactivité du public, mode gargouille enclenché pour le coup, alors que Revolver a fait le boulot.

Des débuts en acoustique où le temps s’est figé sur des Parellel Lives, on frôle le rêve éveillé sur Let Go, les ballades aux synthés qui reprennent le rythme imprégné par ces sessions acoustiques. À pas feutrés et dans une ambiance tamisée, Revolver alterne nouvelles et anciennes compos à la volée ; mention spéciale sur Birds in Dm, noire, ou l’immense It’s Alrightqui reste décidément en tête. C’est frais, Ambroise Willaume a l’air vraiment attachant,Parallel Lives sonne juste, on se sent nostalgiques (on ne sait pas trop de quoi, mais on l’est).

Entre ces séquences presque intimes, Revolver a ainsi montré qu’il justifiait son passage à cinq en concert. Batterie et basse à l’appui, c’est pop/rock à souhait, presque tropical surWhen You’re Away… Cela aurait du réveiller le public, même le fort penchant rock (par moment) ne provoque pas l’étincelle. Pourtant, sur Untitled#1, tout le monde connaît, ou presque : la transition électrique s’est déroulée sans crier gare, l’intensité franchit un cap.Jérémie Arcache au clavier balance des doses electro quand il n’est pas au violoncelle,Christope Musset se charge des bons riffs.

On sent bien les influences de leur précédent « Home Sessions »Revolver ne se contente pas de balancer ses morceaux tels quels. Littéralement retravaillés, presque méconnaissables par moment, nous avons surtout droit à de petites séquences de reprises plutôt agitées. En enchaînant avec un de leur hit, Get Around Town, chronique d’une furia qui n’est jamais arrivée. On y a cru… car peu de temps après, nouveau hit, qui tourne à présent en boucle sur quelques radios, le fameux Let’s Get Together. Le combo basse/batterie prend le dessus sur le son que nous avait habitué Revolver, moins raffiné, moins personnel, mais force est de constater que c’est efficace.

Entre deux ballades acoustiques qui seront incontestablement à retenir (Cassavetes, presque amoureux, ou 49 States qui donne vraiment le bon tempo), Revolver a endossé le costume du groupe aux multiples facettes. D’un Brothers trop dénaturé déboulera pourtant un énorme Wind Song, mettant tout le monde d’accord.

Les incontournables étaient là malgré un set raccourci à un peu moins de 1h15 vu le programme de la soirée, mais Revolver a, haut la main, balayé les doutes que nous pouvions avoir sur eux. Leur musique est personnelle, fraîche, vraiment entraînante, dommage que le public se paie un zéro de conduite. Ne soyons pas trop sévères, mettons-leur juste une note en dessous de la moyenne. Mais dans tous les cas Revolver a essayé de faire basculer la Paloma. Les reprises rock’n'roll et franchement aiguisées ont mis le feu (aux oreilles et à l’esprit), les transitions bien assurées, un jonglage astucieux entre les deux albums équilibré. N’oublions pas la force des mélodies, mince, Revolver est aussi un groupe de scène. La Pop de chambre c’est bien… mais en live, c’est encore mieux.

Crédits photo : Cédric Oberlin

Revolver, Stephan Eicher et Sallie Ford & The Sound Outside, Paloma, Nîmes (30), le jeudi 6 décembre 2012.

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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