Revolver – Let Go (Home Sessions)

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Un, Deux, Trois, Quatre. C'est ainsi que s'ouvre la nouvelle perle de Revolver, légèrement glissé dans le creux de votre oreille. Les Home Sessions c'est donc ça : Revolver dans votre salon.

Ambroise, Christophe et Jérémie, 25 ans de moyenne d’âge, ont déjà titillé vos oreilles, pas la peine de parier. Et 2012, c’est leur année : ils sont partout. Vous n’avez pas fini d’entendre parler d’eux; ça tombe bien, c’est ce pourquoi nous sommes là.
Quelle chance, quel privilège de découvrir six mois (jour pour jour) après la sortie de Let Go, sa version alternative dans son intégralité. Douze titres, douze jours avant sa sortie officielle. La réédition intitulée Let Go (Home Sessions) paraît chez EMI le 24 septembre prochain.

La pochette aussi est rééditée par la même occasion. La photo de Ruben Brulat est passée en noir et blanc, marquée d’un cercle rouge: couleurs déjà présentes sur la pochette de Music For A While.

« An Old Lady in new Clothes » [1]

Pour une première rencontre, l’heure tardive et l’obscurité ont été un cadre idéal. Les chansons ont défilé. Comprenez, il me faut toujours plusieurs écoutes, pour mieux apprécier ce qu’on me met dans les oreilles. Je ne vous cache pas que j’ai perdu pieds très vite dans cette affaire. Ces sessions m’ont fait l’effet étrange de retrouver quelqu’un que je connais si bien, perdu de vue pendant six mois. Ces six mois l’ont changé, mais il reste sensiblement le même. Une fois passées les retrouvailles, je peux attaquer le récit du voyage. Lâchez prise et laissez-vous guider.

Less is more.

Ce qui frappe au premier abord, c’est le minimalisme suffisant de l’œuvre. Ambroise, Christophe et Jérémie jouent depuis près de six ans en formation dite « pop de chambre » (on en revient toujours au champ lexical de la maison) en alternance avec la formation complète et électrique – avec basse et batterie[2]. Ce retour aux sources, cette acoustique, griffe du trio est bel et bien de la partie pour le plus grand plaisir des fans de la première heure. Tout le mal qu’ils se sont donné pour brouiller les pistes (qui chante quoi et quand) sur ce second opus, est balayé révélant au grand jour les coulisses de la création. Le disque dévoile des chansons plus pures dans une démarche originale[3].

Les Home Sessions peuvent se vanter de gagner en intensité tout en restant dans la simplicité. L’émotion est nouvelle et différente, mais toujours aussi prenante que lors de la première écoute de l’album paru en Mars dernier. C’est une version intégrale d’une sensibilité incroyable. Le peu peut le plus, c’est bien vrai puisque les voix et les instruments offrent un frisson continu et font monter l’émotion. D’autant plus que les douze titres ne jouent pas sur les mêmes couleurs…

« We are living parallel lives ».

Qu’on se le dise : chaque version n’est ni une démo ni une cover de la chanson originale. Loin de là. Tout a été enregistré au mois de juillet, a posteriori, donc. La chanson Parallel Lives pourrait à elle seule illustrer le principe de comparaison. Let Go et les Home Sessions sont deux albums jumeaux distincts et indépendants, mais ils résonnent l’un en l’autre.

Ambroise avait confié en juillet qu’il s’agirait d’un bonus acoustique. On apprend, fin août, que ces sessions sont en fait une version alternative. Toujours proche de l’originale, mais d’une nouveauté perturbante.
La force de l’album réside dans la pureté et la maitrise propre au groupe, mais aussi dans leur expérience en live. Plus de deux ans sur les routes, ça vous fait les jambes.
Ils ont cette image de trois jeunes hommes bien proprets et très sages. Sur le papier oui, mais en live, moins. Nos trois chatons ont une sainte horreur de la répétition. D’un concert à l’autre (et les habitués confirmeront) les chansons évoluent considérablement. Gardé comme un secret de Polichinelle, ces sessions sont à l’image du groupe qui cherche sans cesse à se renouveler.

My Lady I en guitare voix est un morceau qu’on peut qualifier de pur. Le travail, la maîtrise, ça les connaît. Mais, cette version fait ressurgir toute l’émotion de la voix. Tout s’enchaîne beaucoup plus vite, ici. C’est une déclaration en tête à tête avec Ambroise. Il n’opère aucune pause et reste seul de bout en bout. C’est osé, mais tellement beau. Let Go qui donne son titre à l’album est aussi la dernière chanson qui le compose. Déjà épurée comme celle qui la précède, elle se révèle beaucoup plus émouvante. Les harmonies sont magiques, la chanson semble plus simple, moins abyssale. Le violoncelle est toujours présent et se fait davantage remarquer. Quant à elle, Brothers s’intensifie crescendo. Plutôt minimaliste sur le début, elle s’étoffe au fur et à mesure, pour se rapprocher du live.

Wind Song, le premier single ressemble en quelques points à cette adorable version, enregistrée cet été lors de leur passage aux Francofolies de la Rochelle. Sautillante, fraîche et spontanée, à mi-chemin entre les concerts acoustiques et électriques, avec ce pont magique. La boite à rythmes renforce l’urgence, le titre est pressé et précis. De même pour Losing You qui fait terriblement écho aux dernières versions en public, pourtant sans la moindre électricité cette fois. Ça se joue dans le rythme, l’omniprésence du violoncelle qui se fait violence.
Le violoncelle s’affirme comme la quatrième voix, et cette fois plus qu’auparavant. Il a gagné légitimement sa place. Débarrassé des lignes de basses sur ce second album, il s’offre de longues phrases mélodiques. Parfois enfoui sur le Let Go original, il reprend ses droits. Let’s Get Together, Brothers, 49 States lui offrent  ses plus belles apparitions, bien que chacune de ses interventions soit remarquable. Tantôt hurlant, parfois léger, c’est lui qui donne le ton.

À notre grande surprise, le piano s’invite. Il double les guitares et va jusqu’à leur piquer la place (The Letter et Cassavetes). La boîte à rythmes joue aussi un rôle important puisqu’elle crée une atmosphère différente dans chacun des morceaux auquel elle s’ajoute. Quant au synthé, il rhabille les chansons sans les dénaturer. The Letter s’ouvre en piano voix – ce qui est désarmant pour un groupe à seize cordes. La formation classique de Jérémie et Ambroise ramène le titre aux fondamentaux, lui conférant ainsi une allure de ballade pop dans les règles de l’art. Cassavetes, ses trois voix, la guitare, le piano et le violoncelle. Le schéma s’allège et touche en plein cœur. Bingo. La magie opère, le titre prend une autre dimension beaucoup plus mélancolique.

C’est d’ailleurs à l’image de Cassavetes que l’on remarque que la réédition est une opportunité pour faire migrer les chansons. Still se déleste de sa robe de bal de promo pour devenir une ballade folk à l’image de Cassavetes dans sa première édition. Le violoncelle gémit en fond, la voix est moins lisse et les chœurs s’élèvent fatalement comme un chant de sirènes. On retient aussi la fin somptueuse, moins torturée par rapport à ce que l’on a pu connaître.

49 States, d’autre part, devient une comptine légère, à l’image de Luke Mike and John qui figurait dans le premier album du groupe : Music For A While. Un conte contemporain à la façon d’une berceuse légère un soir au coin du feu. La voix de Christophe est suave et rassurante et les chœurs enveloppent l’ensemble avec une cohérence fantastique. Parallel Lives en est à sa quatrième version[4]. Soutenue par un pizzicato ensorcelant, elle s’illumine, parée de ce rythme ininterrompu, léger et entrainant. Elle s’invente une nouvelle jeunesse. When You’re Away  est décidément plus Beatles que jamais. On oscille entre les albums Revolver (décidément) et Magical Mystery Tour : soit les Beatles au sommet de la pop. Les voix, les arrangements font moins penser à ABBA ; on en revient à quelque chose sautillant comme du Good Day Sunshine des Fab Four dans les guitares et dans les voix. Là où, le synthé se la joue façon mellotron, qui rappelle les harmonies synthétiques de Strawberry Fields ou Lucy In The Sky With Diamond. Le mélange est incroyable et résonne comme une évidence.

Avec ce retour à l’essence même de Revolver, le trio signe une version alternative magique et surprenante. Ingénieuse et délicieuse, elle conserve l’esprit original et se fait trace d’une (R)évolution. Revolver passe avec succès l’épreuve du réenregistrement. Le pari était pourtant risqué, on aurait pu crier au manque de recul. Émouvante dans les moindres arrangements, sensible et sensée, leur pop de chambre la plus pure vous envoûte. Si vous en avez l’occasion, courrez les applaudir, ils entament une nouvelle tournée cet automne, avec au moins une date près de chez vous. En attendant la scène, ou d’éventuels concerts acoustiques, les Home Sessions sauront trouver leur place sous votre toit.

Crédit photo : Manon Baudemont

REVOLVER  - REVOLVER cover album LET GO (home sessions)Session dédicace pour la sortie de Let Go à la FNAC des Ternes, le 17 Mars 2012Ouverture du concert à l’EMB de Sannois, le 16 Mars 2012, en acoustique.Revolver en acoustique à la Galerie Cinko à Paris (14 Mars 2012).

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A propos de l'auteur

Image de : Diplômée d'un Master 2 de Cinéma, musicienne de chambre, chanteuse de salle de bain, humoriste de placard, voyageuse par procuration, photographe amateur au regard amusé, monteuse intransigeante. J'ai un gros souci avec la couleur rouge et j'ai toujours un truc dans les cheveux. Oh, Boy! Manon, mais pas trop. *Twitter *Galerie

1 commentaire

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  1. 1
    le Mardi 18 septembre 2012
    Mélissandre L. a écrit :

    Mais, mais, mais c’est ma chouchoute Welcome !!! Article génial s’il en est !

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