Rétrospective Hopper – Grand Palais

par Caroline S.|
Blockbuster annoncé, la rétrospective Edward Hopper réunit actuellement au Grand Palais 128 de ses peintures, illustrations, gravures et aquarelles. De quoi largement (re)découvrir l’artiste héros de la scène américaine.

À en croire les articles, comptes-rendus et chroniques qui fleurissent ici et là dans la presse à propos de l’expo Hopper, tout le monde a une opinion très tranchée sur son œuvre. Peintre de la solitude, de la nostalgie, des regrets, du mystère métaphysique, de l’incommunicabilité, blablabla, chacun semble posséder un regard averti, voire de connivence sur ses toiles.

Pour ma part, j’avouerai humblement qu’hormis Nighthawks, je ne connaissais rien, mais que l’expo fabuleuse du Grand Palais a comblé cette lacune et m’a fait découvrir une œuvre irrésistible et surtout très loin de mes préjugés.

Le parcours chronologique de l’exposition est tout ce qu’il y a de plus classique et suit la trajectoire de Hopper, depuis ses années de formation et ses séjours à Paris (1900 à 1924) jusqu’à ses peintures emblématiques, hallucinantes d’unité (1924 – 1966). Les premières salles présentent donc des œuvres de jeunesse, élaborées à la New School of Art et inspirées par les peintres réalistes français et son professeur Robert Henri.

Lors de séjours à Paris, il découvre Albert Marquet, Camille Pissarro et surtout Édouard Degas. Sa palette s’éclaircit en conséquence, ses compositions se font plus audacieuses, ses sujets plus triviaux. Une œuvre vient couronner cette période : Soir Bleu (1914). Sous les lampions, sept personnages : un maquereau, un couple de bourgeois, un clown, Van Gogh (?) et une femme en robe verte, trop fardée, à l’allure démentielle. Les regards, l’absence, les aplats de couleur sont déjà là, Soir Bleu est la toile embryon de l’œuvre à venir.

De retour aux États-Unis, il vit d’illustrations et de dessins publicitaires (assez fades) mais travaille parallèlement à des œuvres réalistes, inspirées par les artistes de l’Ashcan School, qu’il fréquente. La gravure lui permet de « cristalliser » sa peinture en lui offrant la liberté de confronter angles de vue et compositions sophistiquées à des sujets tout ce qu’il y a de plus quotidien (Night Shadows, The Two Pigeons, etc.).

Le succès commercial ne vient que dans les années 1920, grâce à la rencontre avec le marchand d’art Frank Rehn qui le représentera toute sa vie. La stabilité financière et le confort de pouvoir se consacrer à son art marquent la seconde partie de son œuvre et ouvrent, de fait, la deuxième partie de l’exposition. Gravures, aquarelles et huiles frappent par l’homogénéité d’une iconographie qu’Hopper développe et approfondit au fil du temps avec une constance admirable. L’architecture et les paysages sont dotés de psychologie (House by the Railroad, Near the Back Shore) alors que les personnages en semblent démunis.

Quid, justement de ces personnages hopperiens? Solitaires, abîmés dans leurs pensées, ayant « une conscience vague et hébétée de leur existence » (selon Alain Cueff dans son essai consacré à Hopper)… Les clés de lecture sont si nombreuses que finalement, on pourra projeter dans ces œuvres le sentiment métaphysique, dans la moindre de ses nuances (l’ennui, la solitude, le renoncement, le regret, etc.) ; voir dans l’omniprésence de la lumière un symbole transcendantal ou considérer que toutes ces figures de cire ne sont que des expressions du ça et du surmoi d’un Hopper marqué par une éducation New England trop stricte.

Et puis, on pourra aussi mettre de côté l’histoire de l’art analytique et se laisser happer par le mystère de ces variations sur un même thème. Être glacé par le désenchantement et le mutisme de certaines toiles. Ressentir l’engourdissement intellectuel devant ces personnages absents, perdus dans leurs pensées. S’étonner de l’extraordinaire puissance émotionnelle du banal (éblouissant Two on the Aisle). Chercher à percer le mystère de cette intrigante lumière…

Observez les gens à la sortie de l’expo. Le jour où j’y étais, tout le monde avait cet air un peu recueilli, un peu mutique que l’on a après un très bon film ou un très bon livre.

En 1942, Edward Hopper a peint Nighthawks et pour le meilleur ou pour le pire, le monde en a fait une icône de la vie moderne. On pourra regretter l’extrême classicisme de l’accrochage du Grand Palais qui évacue tout commentaire superflu et évite de s’attarder sur la fortune critique et artistique (notamment cinématographique) de Hopper. L’hommage rendu n’en est que plus sincère.

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3 commentaires

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  1. 1
    Isatagada
    le Jeudi 18 octobre 2012
    isatagada a écrit :

    J’ai eu la chance de voir cette expo en Suisse il y a deux ans. Je ne connaissais rien de Hopper mais j’avais adoré.
    Bel article, bravo. Mais ça serait encore plus chouette avec davantage de peintures pour mieux illustrer encore ton propos.
    If I may ask … :-)

  2. 2
    le Mardi 30 octobre 2012
    Hopper au Grand Palais a écrit :

    J’aime votre remarque sur l’observation des gens à la sortie de l’expo, je fais toujours ça apres un expo pour savoir comment l’ont-ils vécu et c’est vrai que l’après Hopper est différent

  3. 3
    le Jeudi 29 novembre 2012
    berchon a écrit :

    Accrochage minimaliste qui ne donne qu’un information pingre sur les oeuvres. C’est une oeuvre qui ne manque pas d’âme à défaut de talent.

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