Electronic Shadows ou quand le numérique débride l’imagination.

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Les espaces hybrides d'Electronic Shadow, à la frontière floue entre graphisme et architecture, occupent le musée Granet d'Aix-en-Provence jusqu'au 26 Avril, à l'occasion d'une rétrospective. Aux confins de l'art et de la science, de la matière et du virtuel, plongée dans un univers où l'imagination dépasse les contraintes de l'espace et du temps.

Image de Electronic Shadow Naziha Mestaoui est architecte, Yacine Aït Kaci réalisateur. Ensemble ils forment Electronic Shadow duo franco-belge qui, depuis maintenant dix ans, conçoit des installations à l’architecture sobre, minimaliste, dont les possibilités sont démultipliées grâce au numérique.

Les surfaces qu’ils conçoivent utilisent massivement des systèmes de projection d’images pour aboutir, en partant d’une structure simple, telle que la petite unité d’habitation de 3minutes², à une infinité d’espaces entièrement configurables par l’homme et par son imagination. 3Minutes² n’est ainsi constitué que d’une pièce, dans laquelle se tient un pavé. Une figure fantomatique en prend possession, dresse d’un mouvement le décor, une table basse en lieu du pavé, habille les murs de textures. Une autre figure se joue de la gravité, s’allonge contre le mur alors que le haut du pavé devient écran, sur lequel défilent les phrases d’un livre.

Nous avons papillonné dans cet univers oniro-numérique, où le visiteur est invité à traverser les œuvres, voir à laisser la trace de son passage. Un parcours où l’émerveillement des images n’exclut pas la philosophie, dans un antimythe de la caverne. Visite en immersion.

L’IMMATERIEL EST DE LA MATIERE

Les robes de Peau d’Âne, couleur de Temps, de Soleil et de Lune semblent être un rêve lointain qui miroite dans The Bride, robe de cuir blanc conçue par Crstof Beaufays sur laquelle sont projetées des animations. L’image simule ses plis, puis sa texture : la robe s’anime. Une femme en prend possession, s’y glisse comme une âme à l’intérieur d’un corps. Un cœur mécanique résonne puis un souffle de vie. Robe-caméléon, elle se couvre de taches de panthère. Robe de temps, les flocons volent contre le tissu.

Immobile, elle n’est l’objet que d’un phénomène lumineux. Elle nous paraît pourtant bouger, réagir aux mouvements du vent, vivre. Cette frontière ambiguë entre mouvement réel et mouvement visuel est exploitée par Chaos Theory, toile déformée par un système de ventilation lorsque le visiteur s’en approche. Le quadrillage projeté contre elle amorce alors un mouvement de zoom, créant une sensation de vertige.

LE CORPS EST INTERFACE

Palais des Glaces, les parois de verre du Pavillon des Métamorphoses changent de la transparence à l’opacité, reflètent en image une multitude de décors qui perdent de fascination le visiteur : pourtant sait-il qu’il orchestre cet univers par le mouvement de ses pas sur le sol ? L’image, la lumière encore, font d’un univers figé une porte sur l’infini.

L’humain projette les visions de son imaginaire dans l’espace réel, imaginaire dont les frontières sont abolies grâce au numérique. Abolies sont également les frontières du corps et de l’espace, corps qui s’y prolonge pour le configurer. Le monde matériel et le monde virtuel ne coexistent pas séparément, ils forment la réalité.

Cette réalité s’exprime dans Ex-Iles, présente dans le même temps au musée et sur internet. Le visiteur est invité à marcher sur un rond lumineux, l’internaute à cliquer sur un autre rond. La trace de leur passage apparaît alors en temps réel sur l’installation du musée et sur le site internet.

LE 25e FUSEAU HORAIRE

Lieu au-delà de tout espace et tout temps, lieu qui contient tout espace et tout temps. Internet.

L’eau au fond de laquelle est laissée la trace des visiteurs – virtuels et réels – de l’installation Ex-Iles, est le territoire de ce vingt-cinquième fuseau horaire. Dans H2O, une femme projettée contre la surface de l’installation configure l’espace suivant son imagination. Derrière un bassin d’eau se tient le visiteur, qui se trouve projeté aux côtés de la femme sous forme d’avatar virtuel. Le miroir face à l’installation, qui ne perd rien de sa symbolique mythique, réunit les deux réalités : le temps et l’espace fictionnel de la femme virtuelle, le temps et l’espace réel du visiteur.

Une série d’animations prolongera l’immersion jusqu’au 24 avril, date butoir de l’exposition au Musée Granet d’Aix-en-Provence. Seconde Nature, association aixoise de musiques électroniques et des arts numériques proposera ainsi le 17 février à 20 h une nocturne étudiante sur le lieu de l’exposition. Les locaux de l’association accueilleront à partir de cette date également une deuxième pièce de l’œuvre Superfluidity, qui sera mise en interaction avec celle du musée Granet. Visiteurs empêchés par des contraintes d’espace et de temps, n’oubliez pas que grâce à internet, vous pouvez prendre part, sur le modèle d’Ex-Iles, à l’œuvre grâce à la page dédiée. L’espace artistique n’a désormais plus de frontières.

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En savoir +

Exposition au Musée Granet, jusqu’au 24 Avril. Tarifs: 4 € / 2 € / Gratuité pour les étudiants et les moins de 18 ans. Site web: http://www.museegranet-aixenprovence.fr/www/index3.html

Nocturne le 17 Février à 20h, organisée par Seconde Nature. Entrée sur présentation de la carte étudiant.

Electronic Shadow: http://www.electronicshadow.com/ / Voir les œuvres: http://www.futurealismes.com/

A propos de l'auteur

Image de : Originaire de Franche-Comté, Eymeric est étudiant dans les métiers du livre à Aix en Provence et prépare les concours des bibliothèques. Il aime le cinéma, pour lequel il préférera toujours l'esthétique au scénario et la littérature quand elle touche à l'intime et au quotidien. Côté musique ses goûts se portent vers la psyché-folk mais aussi vers le trip-hop, version des origines et vers le rock des vingt dernières années, du moment que les guitares sont saturées et qu'elles multiplient les effets. Il s'intéresse également aux médias, à la culture populaire et, avec du recul, à la politique. Blog: http://legendes-urbaines.over-blog.fr/

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