René l’Enervé au Théâtre du Rond-Point

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Dix ans après sa nomination à la direction du Théâtre du Rond-Point, Jean-Michel Ribes délivre un opéra bouffe sur fond de dérives politiques et de sarkozysme. Un coup de gueule en chanson.

Image de p110839_3 C’est la désolation dans le camp de la majorité. La présidentielle arrive à grand pas, et toujours pas le moindre candidat à l’horizon. Le peuple gronde, l’opposition dort profondément pour trouver un programme de rêve, les nouveaux philosophes philosophent, mais uniquement à la télévision, et René, un épicier, court, court et court toujours. René l’Enervé. Petit. Nerveux. Le candidat idéal, avec un leitmotiv simple : pas d’idées mais du bon sens.

C’est donc une véritable satire sociale et politique que nous propose Jean-Michel Rives, reprenant avec ironie et dérision l’actualité des cinq dernières années. Bien que les noms soient changés, on n’en reconnaît pas moins les différents protagonistes de cette grande farce qu’est la politique française : Hurtzfuller, un ministre qui aime l’Arabe quand il ressemble à un habitant du Cantal, Judasso et Foculot, qui s’empressent de trahir leur camps et renier leurs idéaux pour accéder à des fonctions haut placées, Caramela, une chanteuse de cabaret qui séduira le président, etc.

On est donc en mesure de craindre certaines lourdeurs tant il est vrai qu’il y a déjà plétore de pièces, spectacles, sketches et autres one-man shows visant à parodier l’actualité politique. La subtilité dans le cas présent relève de la forme : l’opéra bouffe, chanté, parlé et bien appuyé par un texte soigneusement travaillé, se révèle être un choix judicieux pour traiter ce sujet sans trop de lourdeur ni sentiment de déjà-vu… On n’y coupe malheureusement pas tout à fait : la tension retombe par moments avec certaines scènes un peu longues et pas vraiment utiles, comme lorsque Caramella fait du shopping avant un voyage en Italie. Dans l’ensemble toutefois, cette pièce reste dynamique et très rythmée.

Par ailleurs, il faut tirer son chapeau à Reinhardt Wagner, qui a composé brillamment toute la musique de cet opéra. Musique qui sera d’ailleurs jouée en live et avec brio par sept excellents musiciens, aux parcours impressionnants (de la violoniste premier prix de conservatoire au guitariste ayant tourné avec Bireli Lagrène). Et que dire de la très belle performance des vingt-et-un interprètes sur scène, tous aussi bons acteurs que chanteurs!

Jean-Michel Ribes signe donc, après Musée haut Musée bas, une très belle pièce, interprétée par des artistes de talent, et qui traite de l’actualité comme jamais avant, de manière chantante, dansante et toujours drôle.

Illustration : Stéphane Trapier

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René l’Enervé, du 7 septembre au 29 octobre à 21h du mardi au samedi et à 15h le dimanche, au Théâtre du Rond-Point.

Texte, mise en scène : Jean-Michel Ribes

Musique : Reinhardt Wagner

Découvrez les coulisses de la création de cet opéra bouffe sur France 5, le jeudi 6 octobre à 21h35.

A propos de l'auteur

Image de : Martin Jeanjean est né en 1988 à Fontainebleau. Après être passé par le piano et la clarinette, il tombe amoureux de sa guitare, qu'il ne lâchera plus jamais, même après la Fin des Temps. Passionné d'art et de scène, il devient chroniqueur de théâtre pour Discordance, parce-que c'est franchement super cool. Egalement poète, il publie dans les revues "Borborygmes" et "Verso", et compte gratifier cette époque des poèmes qu'elle mérite; ce qui, croyez-le, n'est pas une mince affaire!

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