Rencontre avec les Airs Solidaires à Toulouse (1/2)

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Les affiches des Airs Solidaires n'en ont pas fini de fleurir la ville rose : à une poignée de jours du coup d'envoi de la 5e édition du festival qui aura lieu du 16 au 24 mars prochains à Toulouse, Discordance est parti à l'encontre d'Adrien Pierrin, programmateur, entre autres, du festival des Airs Solidaires.

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On ne le répètera jamais assez : organiser un festival, et quelques soit son échelle, n’est pas chose facile. Surtout lorsque sa création est à l’origine inter-associativae. Bien au-delà de simples soirées concerts, les Airs Solidaires ont réussi à se faire une place en misant sur un projet à la fois culturel et solidaire. Avec au programme des concerts, des conférences, débats ou autres expositions photo, les Airs Solidaires, au profil atypique, nous présentent leur projet, mais pas seulement…

Dans un papier divisé en deux parties, Adrien va notamment évoquer la création, les coulisses du festival et l’aboutissement du projet, pour ensuite aborder les difficultés des musiques actuelles à travers des problématiques plus générales.

Tu travailles actuellement au sein de l’association les Airs Solidaires, est-ce que tu peux te présenter ?

Adrien : Adrien Pierrin, je suis le programmateur du festival toulousain des Airs Solidaires, mais vu que chaque année il y a un gros turn-over dans le staff, je touche un peu à tous les domaines ! Donc cette année, beaucoup dans la communication et la programmation.

Et au cœur de l’association des Airs Solidaires ?

Adrien : Il faut d’abord re-situer les choses : l’association les Airs Solidaires est spécialement consacrée au festival. C’est un festival inter-associatif, dont l’assoc’ya Sound y participe, et je suis également le président de cette association. Celle des Airs Solidaires a été créée l’an dernier parce que le projet avait pris beaucoup d’ampleur.

A quand remonte ce projet ?

Adrien : L’envie de monter un festival s’est matérialisée il y a 5 ans et nous allons fêter la 5e édition cette année. Autour d’une table ronde, on s’est dit il faut créer un évènement inter-associatif, inter-universitaire, avec une double vocation : culturelle et solidaire. Nous étions 5 assos à l’origine : une asso musicale comme la nôtre, une asso de solidarité internationale, etc. Au début, c’était un peu le fouillis donc il fallait faire évoluer les choses. Le projet ayant pris beaucoup d’ampleur et dépassé le cadre même des associations, on a décidé de créer une association à part entière, les Airs Solidaires. Ce qui est très important à savoir, c’est que l’asso (et le festival) est calquée sur une année universitaire. Elle est vivante durant ce cycle.

Le festival des Airs Solidaires a tout le temps lieu à cette période ?

Adrien : Oui, cela fluctue entre février et mars. C’est le seul créneau sur Toulouse qui est disponible et qui pour nous colle car début avril les Garorock arrivent et débute ainsi toute la saison des festivals. En hiver, c’est toujours délicat d’essayer d’organiser quelque chose de ce genre. D’ailleurs on ne cherche pas à rivaliser avec ces festivals. L’asso est à but non lucratif, on cherche avant tout à proposer un évènement ancré sur Toulouse en attirant un public fidèle. Et ça marche plutôt bien.

L’association est à but non lucratif, mais la question financière finit toujours par revenir au premier plan : vous devez rentrer dans vos frais pour continuer à exister…

Adrien : C’est bien entendu l’objectif numéro 1. Par rapport à ça, on peut s’appuyer sur l’historique du festival pour justifier tout ça. À la base, on disait que l’évènement était un festival de solidarité internationale. Aujourd’hui, on dit que le festival est culturel et solidaire. Notre objectif était de proposer un évènement culturel avec des éléments de sensibilisation où tous les bénéfices engendrés retombaient aux associations partenaires solidaires.
La première année nous avions un panel de 6 ou 7 associations avec des projets autonomes en Inde et un peu partout, on divisait tout ça, et on distribuait les bénéfices. On a fini par se rendre compte que trop de projets à subventionner revenaient à dilapider les efforts fournis. Donc en 3e et 4e année, on a cherché à réduire le nombre de projets pour se focaliser sur une association ou deux, pour ensuite financer entièrement leur projet !
D’ailleurs, le socle du festival avant que l’association des Airs Solidaires existe, était le travail de 4-5 associations qui formaient la base, et qui s’occupaient de toute la logistique, communication, programmation, etc. D’où un festival inter-associatif.

Et cette année, qu’en est-il ?

Adrien : Nous n’avons pas réussi à trouver un projet qui nous accroche. On voulait garder ce concept de deux associations à parrainer, mais l’an dernier un de nos partenaires, l’association So Acte, ne nous a pas fourni les retombées espérées autour d’un tel évènement. On commence un peu à se méfier… Du coup on a cherché à développer davantage la programmation cette année, à se tourner vers des artistes un peu plus huppés et à se diversifier aussi. Par exemple la venue de Mamani Keita dans la soirée world est un moyen de proposer quelque chose de nouveau pour les Airs Solidaires. Après il ne faut pas non plus oublier que notre festival est inscrit chaque année dans une thématique bien particulière.

L’année dernière c’était autour du droit des enfants…

Adrien : Et cette année c’est « Les migrants et les migrations dans le monde ». Après, notre gros point d’orgue dans cette histoire est qu’on essaie, vraiment, de faire la relation entre nos évènements culturels musicaux et les retombées de sensibilisation. Bien entendu que nos concerts sont la vitrine du festival, d’ailleurs, quand tu regardes nos affiches, les concerts sont nettement mis en avant. C’est aussi ce qui nous permet de rentrer dans nos frais.

Car les conférences, débats, expositions, etc. sont entièrement gratuites ?

Adrien : Ce que l’on veut c’est que les jeunes qui font les concerts puissent assister à nos différents évènements. Donc oui, tous les évènements en parallèle des concerts sont entièrement gratuits. Mais c’est un pari très difficile à tenir : un étudiant aujourd’hui aime bien les conférences, les débats, les expos… mais il lui faut aussi des concerts. Ce n’est pas dissociable ! Cependant, le fait de rendre accessible la culture se retrouve aussi dans nos trois soirées musicales à thème : le billet d’entrée oscille entre 5€ et 7€.

Il n’y a que des bénévoles, aucun salarié ?

Adrien : C’est ce qui fait la force de notre festival, comme cela peut aussi devenir rapidement notre limite. Nous sommes 22 bénévoles et il faut bien reconnaître que nous avons atteint la taille critique imaginable autour du festival. Il y a eu peut-être un peu de chance lorsqu’on regarde la croissance du festival… Mais en tous cas on commence à voir certaines limites : nous n’avons pas de local pour nos réunions, pas de PC fixe pour gérer tout ça, à chaque fois cela se fait chez les membres de l’asso… Le fameux cycle universitaire évoqué plus haut revient au galop : l’organisation du festival est calquée sur une année de fac. En temps normal, dans les autres festivals, les mecs sont déjà au mois d’août en train de sortir des premiers groupes pour leur prochaine édition… Nous, lorsque le festival est passé, on fait le bilan puis il y a 3-4 mois de vacances ! On reprend tous à zéro à la rentrée : nouveaux partenaires, nouveaux adhérents, etc. Les « anciens » ne restent pas forcément à Toulouse, l’équipe organisatrice évolue sans cesse, rien n’est figé.

Tu dis que le festival a atteint une taille critique par sa croissance, tu peux compléter ?

Adrien : C’est délicat d’aborder le point des affluences sachant que nous pouvons comptabiliser uniquement les entrées payantes, donc les concerts. Une chose est sûre, c’est que par la capacité des salles nous ne pourrons jamais amener 6 000 personnes en concert. Mais est-ce le but ? Dans la formule actuelle, on a doublé en 4 ans le nombre de festivaliers pour les concerts (passage de 2 000 à 4 000) et nous avons quasiment eu un facteur x100 au niveau des conférences et autres. En 2011, nous étions autour de 5 000 festivaliers sur l’édition.

Le festival marche pourquoi ? Par son éclectisme et son soutien à la scène locale ?

Adrien : On veut promouvoir des artistes locaux, c’est indéniable. Dans la soirée électro, nous avons programmé KDS, toulousain, idem pour la soirée world avec Fanga (Montpellier) qui est du coin aussi. Accompagnés des têtes d’affiches choisies cette année (Mamani Keita, The Qemists, OnDubGround et bien sûr CunninLynguits), les retours du milieu pro sont excellents depuis quelques semaines, donc…

A suivre…

Le teaser de la 5e édition :

La programmation des Airs Solidaires à Toulouse :

- Vendredi 16 mars « CONCERT » : Mamani Keita + Fanga + Ivory Sol (soirée world, au Bikini, 7€) - Samedi 17 mars « CONCERT » : The Qemists + OnDubGround + KDS (soirée électro, au Cap, 5€) - Dimanche 18 mars : Cumbia Crunch au marché Saint Aubin + Radio Ouverte au Bar O Bohem - Lundi 19 mars « CONFÉRENCE » : « Le droit des étrangers : un sous droit au service d’un agenda politique ? » à l’Arsenal (gratuit) et « EXPO PHOTO » Portraits de pêcheurs à la Maison Étudiante du Mirail (gratuit) - Mardi 20 mars « DOCU-DEBAT » : « Émigrés : quelles représentations derrière ses mots ? » à l’Arsenal (gratuit) - Mercredi 21 mars « CONFÉRENCE » : « Les centres de rétention » au CREA (gratuit) - Jeudi 22 mars « CONFÉRENCE » : « Dérèglement climatique : vers des migrations climatiques » à Paul Sabatier (gratuit) - Vendredi 23 mars « PROJECTION » : Documentaire « Les amoureux au Ban Public » au centre socioculturel Alban Minville (gratuit) et « FORUM ASSOCIATIF » à l’Arche du Mirail (gratuit) - Samedi 24 mars « CONCERT » : CunninLynguists + Raashan Ahmad + Tonedeff (soirée hip hop, au Bikini, 7€)

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Festival les Airs Solidaires, du 16 au 24 mars 2012 à Toulouse.

Site officiel les Airs Solidaires : http://lesairssolidaires.org
Myspace : http://www.myspace.com/lesairssolidaires
Page Facebook : http://www.facebook.com/LesAirsSolidaires
Concours (places à gagner) : http://lesairssolidaires.org/un-concours-bien-solide/

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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