Rencontre avec Gari Greu de Massilia Sound System & Oai Star (partie 3/3)

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Dans les studios de la Friche de la Belle de Mai à Marseille, rencontre avec Gari Greu, membre actif du Massilia Sound System et du Oai Star depuis maintenant 20 ans.

Dernier volet de notre rencontre avec Gari Greu, dans lequel nous revenons avec lui sur le dénominateur commun de tous ses projets : Marseille

Dans tous les albums de Massilia et de Oai Star, tu chantes Marseille. Comment perçois-tu la ville aujourd’hui ? Qu’est-ce qui ne va pas à Marseille en ce moment ?

Image de Massilia Sound System - Commando Fada Gari : Ah, mais attends je vais te mettre carré direct. Massilia ! Pour moi, je chante Massilia, pas Marseille. Massilia c’est mon Marseille rêvée, quand je ferme les yeux. Il n’y a pas de déterminisme géographique. Marseille c’est autant la mer que Dunkerque, que n’importe quoi. Aznavour disait qu’on était plus heureux au soleil. Non. Donc Marseille c’est comme toutes les villes de France : des citoyens de seconde zone, des centres-ville musées, des jeunes pris pour des cons, des quartiers populaires détruits ou mis à l’écart de tout, une gestion faite par des mecs qui sont sur un piédestal… C’est pareil de partout.

Une ville à deux vitesses… Puis à Marseille il y a des frontières. Rien que sur la Canebière, entre le haut et le bas… Donc qu’est-ce qui ne va pas ? C’est la vie qu’on veut nous faire mener, c’est le concept de vie en ville qu’on a. On va au centre commercial en périphérie, et maintenant même la salle de concert est en périphérie. Il reste quelques salles de concert en centre-ville, mais ce sont des vieilles ! Le Centre-ville est un peu musée, super gros loyer, tu ne peux plus faire de bruit, les Facs bien loin pour ne pas qu’il n’y ait de jeunes en centre-ville. Ce qui ne va pas à Marseille ne va pas ailleurs. Tant qu’on ne se réappropriera pas un peu de l’espace public, ce ne sera pas bon ! Dès qu’on peut poser deux platines et deux enceintes sur un trottoir devant un bar, mettre du son et passer un bon moment, on le fait ! Il faut refaire des choses en centre-ville, et ne pas être un extra-terrestre pour des gens qui ne te ressemblent pas !

Ici lorsque tu vas d’un quartier à un autre, tu as l’impression que ce n’est pas le même maire dans la ville.

Et là dès que tu entends deux tirs de kalachnikovs, « Oh putain des kalachnikovs ! ». Et alors ? Tu crois qu’il y a quoi dans les quartiers ? Des pistolets à eau ?! Ça fait 30 ans que l’on s’en bat les couilles ! C’est géré n’importe comment et ça vous étonne ? On a dix ou quinze ans de retards sur les USA, musicalement, vestimentairement…

Toi tu es artiste, tu les vois, et c’est dur de se positionner. Je n’aime pas trop parler de politique. Avec Massilia, on nous a souvent appelés pour des débats politiques. Mais dès qu’il y a des couleurs, des gros logos, on ne s’est jamais trop mêlés. Chacun son rôle. Il y a un gros déficit de qualité chez les hommes politiques marseillais tous niveaux confondus, sans déconner. Tu as la droite la plus bête du monde, le PS le plus bête du monde… Tu dois choisir entre deux citrons et un morceau de pizza. C’est ça qui est malheureux. J’aimerais voter pour des poètes, c’est des mecs comme ça qui devraient être en haut. Et les techniciens appliqueraient des visions. On a besoin de grandes idées, d’utopies, on en a marre !

Les jeunes utilisent donc la musique pour fuir cette réalité-là ?

Gari : Bien sûr. J’aurais fait des conneries sûrement sans elle. Je coupe vite l’herbe sous les pieds en disant ça, car moi mon rôle c’est de faire lâcher prise pendant deux heures le samedi soir après ta semaine de fracturation. Mon rôle c’est ça et pas celui de te donner la clé pour réussir ta vie…

D’accord mais le sens de ma question était plutôt dans l’optique de se fédérer à un groupe, comme pour les Bérus à l’époque…

Gari : Ouais mais c’est conjoncturel. À un moment donné, tu as la montée du Front National, tout s’enchaine. Après des mecs développent un message et une attitude fédératrice qui font embrayer la machine. Malheureusement ça ne va jamais bien loin, car l’homme est l’homme… La plupart des artistes qui ont voulu faire ça ont pactisé avec le diable, il n’est pas resté grand-chose de cette époque-là… Oh non je suis méchant en disant ça ! Tous les milieux associatifs dans la musique, ça a laissé des traces, des gens formés pour ça… Il y a quand même eu un mouvement important.

Pour clore l’aspect politique, j’avais trouvé une interview où tu te disais clairement opposé à la Loi Hadopi, qu’est-ce qu’il faudrait faire ?

Gari : On ne peut pas aller contre les pratiques culturelles sous-tendues par des décisions industrielles : Phillips a un moment donné ils disent « Je vends Polygram à Universal, j’arrête de produire de la musique ». Le lendemain ils sortent le graveur de CD ! Ce sont donc des décisions industrielles qui engendrent des pratiques culturelles !

Dubmood, que tu as devant toi, est issu d’une génération pour qui acheter un CD c’était comme aller à la messe ! Le quotidien de ceux qui sortent des disques depuis quelques années est sombre vu les centrales d’achat, vu les distributeurs, vu les multiples intermédiaires qu’il y a dans la chaine de production. Gari Greu quand il vend un disque, ça lui rapporte 15 centimes ! Donc bon, ce n’est pas avec ça qu’on mange. On pourrait même prendre le risque de vivre qu’avec nos concerts et nos droits d’auteurs quand on passe en radios.

C’est-ce qu’il c’était passé avec Oai Star, Va à Lourdes était vendu 10 € chez les disquaires…

Image de Oaistar - Va à Lourdes Gari : Et on me l’a reproché ! Sur Va à Lourdes, en effet les prix étaient à 10 €. Pour qu’il soit à 10 €, je n’ai pas mis de livret pour arriver à rentabiliser le truc. On me la reprocher : « Oui y’a pas de livret, etc. ». Mais voilà les mecs qui m’achètent ils ont pas un franc. On avait fait ça à l’époque, car on tenait à respecter aussi le public : 15 € en concert pour Oai Star, 20 € pour Massilia, mais bon, il y a la pratique culturelle… Tous les minots aujourd’hui ont les iPhone, les iPod…

Dubmood : Aujourd’hui ça reste vraiment facile de télécharger, Hadopi ou non. Hadopi a fait mettre en réalité tous les gens au même niveau. C’est le meilleur en informatique qui va télécharger le plus de musique, mais ça continuera à télécharger.
Après il n’y a qu’en France qu’on peut vivre grâce aux concerts avec le statut d’intermittents… Tiens ce discours à un anglais, tu verras !

Gari : Non mais bon c’est clair que moi je suis d’une génération qui achète des disques, et je reste un passionné de musique. À l’époque j’avais quinze 33 tours, ça me coutait cher à l’époque, faut pas croire ! J’y tenais plus que tout. Aujourd’hui je gagne un peu ma vie, j’ai plus le reflex iTunes, oui ! Mais notre génération a ça…

Dubmood : Quand je vois les jeunes qui écoutent du mp3 sur leurs téléphones avec leurs enceintes pourries, ça a perdu vachement de qualité le son mp3.

Gari : Mais quand j’étais minot tout le monde n’avait pas la chaine stéréo dans le salon ! Combien de fois j’ai vu des minots qui écoutaient Oai Star sur leurs portables comme ça ? Putain tu te dis : on aurait dû leur envoyer les maquettes ! Toi tu mets tes basses à fond ! Mais ça me gène pas le mec qui m’écoute sur Deezer, le mec qui me télécharge sur BitTorent et qui aime ce que je fais, il viendra peut-être me voir en concert et dire à son collègue « ça déchire ! ».

Deezer, une réelle utilité ?

Gari : Moi je vois ça comme des gens qui écoutent la radio, en fond. Je ne suis pas trop dans l’optique « je peux l’écouter, si j’aime je vais l’acheter ». Le gars il n’a qu’à le télécharger de son ordinateur… Je ne pense pas qu’il aille télécharger le CD.

Dubmood : Il existe le site hollandais Bandcamp pour télécharger légalement…

Gari : Comment tu dis ? Bandcamp, épèle ! Car on a compris Bawbaw ! (rires)

Dubmood : B-A-N-D-C-A-M-P ! Mais tu peux avoir accès à la discographie et mettre le tarif que tu veux pour télécharger l’album…

Gari : Ouais mais bon Radiohead l’avait déjà essayé ce concept…

Dubmood : Oui mais pour Dubmood, les gens peuvent se dire « Pour le voir en concert, c’est trop loin la Suède ! » donc je vais mettre 20 € pour les morceaux ou je ne sais quoi…

Gari : Après nous en tant que faiseurs de disques, il faut rendre aussi le truc un peu attractif et pas faire dix morceaux à la noix. Il faut que l’objet surprenne. Le prochain de Oai Star il y aura peut-être de l’image avec de la musique, il y aura un peu plus qu’une pochette. Les gars peuvent planquer des trucs dans les CDs pour faire gagner des places de concerts ou autres ! Il faut réfléchir à des trucs comme ça de toute manière.

Sur Manifesta, c’était le cas…

Gari : Oui. Il ne faut pas que tu te sentes con quand tu achètes un CD par rapport au mec qui vient de le télécharger.

Vous supervisez ou aidez quelques groupes en parallèles qui émergent… comme Mauresca Fracas Dub de Montpellier.

Gari : Ils n’ont pas trop besoin qu‘on les aide… Mauresca bosse au studio de La Ciotat. Ils ont fait leur dernier album là-bas, Tatou les a un peu aidés à articuler le truc, Blu a fait des guitares, ils commencent à bien se développer… Ils sont dans le collectif Massilia Chourmo aussi ! Quand on fait des balètis… voilà quoi ! Ça commence à être porteur et à fédérer ! C’est bien ils progressent. Le dernier disque il est bonnard, vachement bien produit… Non Mauresca ça commence à avoir de la gueule !

Ils ont leur identité. Ça ressemblait un peu à Massilia sur le premier CD, mais plus maintenant. Tu sais pour devenir un bon MC, à part quand tu t’appelles Prince, il faut des kilomètres au compteur. Animer des balètis, avoir fait danser des publics récalcitrants… Après tu commences à maîtriser ton truc.

Je t’avoue qu’au niveau production, c’est une chose qu’on a commencé à faire au milieu des années 90, quand on était à Vitrolles avec Toko, les Black Lions d’autres groupes de Marseille ou Double Embrouille de Bordeaux, il y a toujours eu un souci. Un souci artistique, un souci humain, un souci de kilomètres, ça a toujours été compliqué. Donc on s’est dit qu’il y aurait toujours quelqu’un de chez nous dedans ! (rires). Depuis cette décision il y a Moussu T e lei Jovents, Papet J, Oai Star, Gari Greu, Dubmood, etc. Les Djs du Soleil aussi qu’on a oublié !

Avec Dj Kayalik, mon alter ego au studio, il nous arrive de travailler avec un artiste qui va nous amener quelque chose. En ce moment on bosse avec Hakim Hamadouche, qui est le joueur de luth de Rachid Taha. C’est un ami à nous, un artiste immense, un grand musicien, un grand chanteur qui prépare son premier disque. Avec Kayalik, on s’est mis à son service pour qu’il puisse créer ses chansons, les concrétiser confortablement. Et nous ça nous apporte aussi, car on bosse avec un grand musicien. On a un autre projet encore, c’est un peu plus différent : c’est Dj Kayalik seul en DJ dans des clubs.

Il porte le même nom ?

Gari : Ouais ouais ! Dj Kayalik. Donc on essaie de développer ça aussi cette année. On le fait un peu plus tourner. Il a cette culture funk, hip-hop, ragga. Ça raconte moins de choses, mais c’est aussi important qu’on ait cette dimension-là. Quand on fait les balètis et qu’il y a une heure de Dj Kayalik, tout le monde est à fond !

Image de DJs du Soleil Mais pour moi, le meilleur projet qu’on ait fait cette année, c’est les DJs du Soleil. C’est parti d’un truc tout bête : proposer des animations à des bars à l’heure de l’apéritif. À savoir, quand il fait beau, car il vaut mieux que ce soit dehors. Voilà on arrive, on pose deux enceintes, des basses, le clavier, le micro, et tout d’un coup t’as Papet J et Gari Greu sur le trottoir ! Les mecs passent et se disent « oh putain ! » et ils appellent leurs collègues ! Depuis qu’il y a Facebook on communique un peu plus sur les lieux… D’ailleurs il y a du monde avant qu’on commence ! (rires).

On fait ça de 19h à 22h pour pas qu’il y ait embrouille avec les flics et le voisinage. On slalome dans la loi. Mais ça a été vraiment génial. Maintenant il y a Pastis 51 qui nous soutient et qui nous aide à produire ces trucs-là. On en a fait une dizaine dans Marseille et on voudrait en faire ailleurs. Toujours les mêmes idées : concert dans un espace public, gratuité, pastaga moins cher !

C’est une manière de se démerder sans subvention aussi. Froidement. Je trouve que les gens qui dirigent 51 dans le Sud, et que nous avons rencontré dans des concerts, sont hyper cools. On s’entend bien, ils sont sympas. Ils captent ce qu’on raconte. Alors évidemment ils bossent dans une grande boîte qui est un peu multinationale, mais eux ils sont à Marseille et surtout à fond derrière nous pour ce que l’on a envie de faire. J’ai dis à Papet J qu’il valait mieux prendre là les ronds, plutôt qu’au Conseil Général.

Voilà cela nous permet de slalomer dans cette période de crise du disque, de crise de la culture et autre. Tu peux te faire critiquer pour ça, faut pas croire ! Mais à la base il y a le truc humain, et moi je ne fais pas de différence. 51 nous aide à concrétiser ce projet là. On va dans des bars avec qui ils bossent tout en ayant un droit de regard sur le choix des bars. Mais c’est vraiment un projet qui est délirant : poser deux platines et un micro sur le trottoir, et tout d’un coup on « barcelonise » Marseille ! (rires). Et même quand on arrête à 22h, les autres bars et restos du quartier restent pleins jusqu’à 2 h ! J’ai l’impression que d’un coup t’es plus à Marseille. Jamais d’embrouille, bonne humeur… Donc c’est possible en dehors de la Fête de la Musique de faire tout ça.

Image de DJs du Soleil Imagine on fait une réunion : on prend cinquante patrons de bars à Marseille. On signe une charte tous ensemble, une volonté d’animation, de devenir un acteur culturel, chacun en quinconce. Tous les mercredis, jeudis, vendredis, il y a des trucs un peu de partout dans tous les quartiers… Tout s’enchaine… Marseille deviendrait Barcelone ! Et tu n’as pas demandé un franc à la Culture ou à qui que ce soit ! Les bars ils se font la culbute, car je ne te dis pas les recettes qu’ils se font. Ils ne nous le disent pas, mais j’imagine le truc de malade. Les gens à Marseille se disent « Putain on dirait Barcelone ou Rio, c’est le feu ! ». Les vieux, les jeunes, ensemble ! C’est important ça. Sinon la vie, ça devient gris. L’horreur quoi. Donc pour moi, il est essentiel ce projet.

L’essence, c’est parti de ça : un jour au Cours Julien, Tatou et Papet ils ont posé deux platines sur un tréteau avec la sono. Ils ont chanté deux heures puis les condés sont venus les arrêter. Mais Massilia, à la base, c’est né comme ça.

Je me régale. Je prends le micro, j’ai deux cents chansons qui me viennent ! C’est le projet qui synthétise les choses. Il n’y a pas de disque. Il n’y a pas de vrai concert, mais c’est à la fois essentiel. Ça donne vachement de sens au reste. Là ce soir on part faire Massilia pour demain, à Toulouse. Il y aura le gros bus, la grosse scène, comme Johnny Hallyday. S’il n’y a pas les Djs du Soleil sur le trottoir à côté et ben, écoute… je pense que Gari Greu serait devenu un gros con.

Ça permet de rester un peu en éveil et de garder ce truc-là. C’est pas évident, faut pas croire. On en a souvent parlé avec Massilia, on doit éviter la tour d’ivoire, le truc où tu te renfermes, où tu deviens l’artiste qui doit créer un truc virtuel. Nous on est comme Bob Marley dans la vraie vie.

Si tu devais faire un bilan de Massilia des 20 années écoulées, ce serait quoi ? L’humain avant tout ?

Gari : Bah « humain » on s’en fout un peu. « Humain » ça me regarde plutôt moi. Mais bien évidemment ! Comme je te disais, ma vision est peu faussée… Je me suis construit, je ne peux pas concevoir ma vie sans Massilia. Même si je suis en train de créer Gari Greu et que je bosse Oai Star. Je ne peux pas imaginer ma vie sans Massilia. Je suis le soldat de Massilia. Je ne suis que ça. Je suis super fier de tout ça, toutes ces années… J’imagine que Lux est fier de nous aussi là-haut. Le fait qu’on reste intègre, qu’on reste Massilia, c’est pas pareil… C’est pas pareil Massilia !

Et humainement… j’ai plus de famille biologique moi. Il me reste ma mère et ma sœur, mais j’ai plus de famille biologique. C’est Tatou, c’est Papet, c’est Dubmood, c’est Buzz, c’est Janvier, c’est Caroline

La plupart des groupes, dès qu’ils ont fait quatre concerts et deux pique-niques, c’est « la famille » ! Nous on s’est traités souvent d’enculés et on s’est souvent dit je t’aime. Voilà, on est une vraie famille.

Ok. Parfait !

Gari : Conclusion de fou que je viens de te faire ! (rires) « Soldat de Massilia ! »

C’est clair ! (rires).

La première partie de l’interview est à lire ici et la deuxième là.

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En savoir +

Site Massilia Sound System : http://www.massilia-soundsystem.com
Site Association Massilia Chourmo : http://assochourmo.free.fr/
Site Oai Star : http://www.oaistar.fr
MySpace Oai Star : http://www.myspace.com/oaistar
Dubmood : http://www.facebook.com/Dubmood

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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