Rencontre avec Gari Greu de Massilia Sound System & Oai Star (partie 2/3)

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Dans les studios de la Friche de la Belle de Mai à Marseille, rencontre avec Gari Greu, membre actif du Massilia Sound System et du Oai Star depuis maintenant 20 ans.

Après une première partie de l’interview plus personnelle, Gari nous dresse un bilan sur l’actualité des différents projets du collectif Massilia.

Dirigeons nous vers le deuxième volet de l’interview : parlons maintenant de l’actualité des différents groupes, c’est-à-dire Massilia Sound System, Oai Star, et ton projet solo. Alors à propos de Massilia, quelle est elle la situation en ce moment ? J’ai vu que de nouvelles dates de concerts étaient programmées ?

Gari : Avec Massilia, on prend du plaisir. En 2003, on a décidé de fonder Oai Star, Moussu T e lei Jovents, Papet J ; on s’est dit « il faut qu’on arrive à gérer la rareté de Massilia ». Sinon on va tomber dans du train-train en bois, et ce n’est pas le but. En gros ça veut dire quoi ? On fait un disque de Massilia tous les cinq-six ans, et surtout quand on en a l’envie et l’idée.

C’est-à-dire pas faire un CD pour faire un CD

Gari : Il faut avoir l’idée. On est toujours partis là-dessus : prendre du plaisir. Tous les printemps et étés on se fait dix quinze dates… et c’est toujours énorme ! À tous les concerts de Massilia on prend un plaisir de folie, les gens se régalent, on le fait dans des endroits qui ont envie de le faire, on ne démarche pas !

Alors maintenant qu’est-ce qu’il va se passer ?

Gari : On va sortir un DVD ! Un DVD d’un des concerts de la dernière tournée de Oai e Libertat, un concert de l’été dernier après le décès de Lux. Un concert qui représente le Massilia tel qu’il est maintenant : avec son ailier gauche en moins et surtout un équilibre différent. Et sur ce DVD, pour pas que ce soit un produit à la con, on rajoute un peu des trucs… On avait sorti un live en 1996 qui s’appelle On Met Lo Oai Partout ! , épuisé, on le refout dedans. Un ensemble qui fera plaisir aux gens qui nous aiment. Donc à l’occasion de ça on va faire quelques dates, toujours de la même manière, avec quelques Comedia Provençala, aux printemps et dans l’été, avec nos projets parallèles. Massilia va vraisemblablement se mettre au travail dans pas trop longtemps. Parce que je pense qu’on commence à avoir envie de s’y remettre à notre petit chantier Massilia. Mais voilà on met la barre est peu haut, on n’a pas envie de faire un disque pour faire un disque comme tu le disais.

Image de Massilia Chourmo Massilia c’est neuf albums, il faut qu’on surprenne, faire plaisir, et qu’on continue à écrire l’histoire. Mais tu vois on est à un moment de l’histoire du groupe. On a rarement été aussi apaisés. Depuis le départ de Lux, tu sais quand tu perds quelqu’un de si proche, un frère… tu te dis « je t’aime »… C’est la vie qui donne du sens aux choses. Pour apprécier le bonheur, il faut savoir aussi affronter le malheur, on a toujours vécu comme ça. La vie c’est le temps. C’est la vie qui nous a renforcés. On est à un moment de l’histoire de Massilia ! Comme je te le disais dans les derniers concerts, on a pris un plaisir rarement atteint depuis plusieurs années. On a répété deux jours la semaine dernière, un soir de bonheur. On s’est éclaté à faire du travail de qualité. Massilia c’est important, Massilia c’est au-delà de la musique, Massilia c’est une manière de voir la vie, une manière de se donner des solutions pour affronter le quotidien, pour affronter la vie comme elle est. Je ne parle pas que pour les fans de la Chourmo qui nous suivent et qui, eux, sont en réseaux ! En plus maintenant avec les Facebook et les conneries comme ça ! Le moindre apéro commun il y a 200 personnes ! (rires).

La vie faut la vivre ! Les mecs qui sont dans la Chourmo, leurs vies sont plus douces que ceux qui sont seuls ! Tout simplement. Et ce n’est pas une secte, ce n’est pas un parti politique, c’est juste une espèce de communauté d’idées même si les gens sont différents et ne pensent pas obligatoirement la même chose. Une communauté d’idées sur le fait qu’ensemble il faut se trouver des dénominateurs communs, il faut aller les uns vers les autres, il ne faut pas que prêcher aux convaincus. Dans la Chourmo y’a des gens qui ont 60 ans, des gens qui ont 15 ans, qui sont souvent ensemble à rigoler en même temps. C’est nos plus belles victoires, à l’image de notre public je vais te dire.

Bon sur Oai Star aux premiers rangs il n’y a que des furieux ! (rires). Il y a des gens qui écoutent Dubmood et qui ont 50 balais, ils ont tous les titres dans leurs iPods ! Il y a des minots de 10 ans qui délirent sur Moussu T, sur des chansons un peu écrites, etc. Notre vie c’est ça, de Dubmood à Moussu T !

Et d’ailleurs au niveau du Chourmo Football Club, il tourne encore ?

Gari : Ouais mais là cette année on a eu un souci par rapport au CFC ! On n’a pas pu s’inscrire à temps ! Ça va redémarrer la saison prochaine. Là c’est toujours pareil : loisirs, club de foot, gérer le quotidien, c’est pas évident ! Il y a des saisons c’était plus compliqué de trouver onze mecs motivés, et surtout des mecs qui sont dans l’asso, qui portent un peu le message quoi ! Le CFC ce sont des mecs qui ont joué au foot et qui s’en battent du reste. On essaie que ça existe avec du sens. Parce qu’au début, nous on jouait avec Lux, c’était pas pareil ! Les mecs qui jouaient contre nous ils hallucinaient ! Nous, c’est le Chourmo Football Club : « les joyeux fadas du ballon ! ». Le vendredi soir c’était avec les fumigènes, « ooooh hisse enculé ! » et tout ce que tu veux ! On rigolait ! Il faut qu’on retrouve ce truc-là au niveau du CFC ! S’il doit devenir un club comme les autres, ça ne nous intéresse pas…

OK pour Massilia. Maintenant, Oai Star.

Gari : Allez viens ! On parle de Oai Star un peu ! (il s’adresse à Dubmood)

Concernant le futur, est-ce qu’il y aura un nouvel album ?

Gari : Ah ben là Oai Star c’est autre chose qu’un nouvel album ! Oai Star c’est… Je suis obligé de te parler de mon projet si on parle de Oai Star. J’ai décidé cette année de dissocier tous les disques de Oai Star, j’ai toujours trois chansons de type Chérie, Sème Ton Chanvre Paysan, Du Vin et Du Boucan pour les disques d’avant. Des chansons qui sont un peu « hors cadre » du projet initial. Je le fais, car j’aime les chansons, j’aime les chanter, mais en spectacle je ne les joue pratiquement pas, à part Chérie.

Du Vin et du Boucan, jamais joué…

Gari : Ouais parce que dans Oai Star c’est dur à insérer, surtout dans le nouveau Oai Star. Alors moi j’ai décidé de faire toutes mes chansons sur Gari Greu, puis sur Oai Star on va… pas radicaliser le truc, mais… Oai Star va vraiment remplir sa fonction de faire péter les plombs pendant une heure.

Donc toi, tu veux incarner une branche plus posée, plus reggae ?

Gari : Non pas spécialement plus posée, et pas spécialement du reggae non plus. Ce sera plus des formats chansons, des formats type Voyager Intelligent. Mais ce Gari là existe, c’est un peu le croisement du Gari de Massilia et du Gari de Oai Star, le vrai Gari quoi ! Je ne m’interdis rien. Je ne suis pas là pour faire un disque de ballades ou de machin ! Je ne veux pas me mettre assis quoi !

Tête Brûlée, je ne l’ai jamais entendue par exemple.

Gari : Même si tu vois, Tête Brûlée, c’est un morceau qu’on est en train de reprendre en main et qu’on veut réintégrer dans Oai Star. Ce n’est pas une question de beat, c’est une question de type de chanson.

Donc voilà, Oai Star ça repart ! Et ça repartira lorsqu’on aura créé un nouvel album. Regarde Dubmood il est en train de faire son disque solo, et immédiatement après il se met à composer Oai Star. Notre délire c’est d’arriver à l’avoir fini d’ici un an. Je pense qu’il m’aura livré pas mal d’instrus au printemps prochain, je vais me prendre l’été dans le bus pour écrire ça et on enregistrera en 2011.

Avec Oai Star on a quand même pris beaucoup de plaisir dans la dernière tournée. Je pense qu’on a encore plus développé le truc. Et je suis content d’avoir continué maintenant. Je suis content de voir des mecs qui arrivent aux concerts avec des panneaux marqués « Lux B forever ». Pas pour se servir d’un coup dur pour rebondir, mais pour la mémoire de mon collègue ! Mon collègue c’était un fou, le seul truc qui le faisait délirer c’était rassembler les gens, leur donner du bonheur, les sortir du train-train télé/médias, pensée unique, etc. Son truc c’était ça. Moi avant et après les concerts je restais vachement dans la loge. C’était Lux qui allait voir tout le monde, délirer avec les gens ! Moi je suis timide.

Quand on te voit sur scène, tu ne parais pas timide !

Gari : Oh depuis qu’il n’y a plus Lux je vais vers le public, je vais à la rencontre des gens beaucoup plus. Tu ne peux pas savoir comme ça m’a apporté, comme ça m’a aidé à surmonter la vie. Après Lux, j’ai perdu mon père, six mois après. En fin de tournée, au moment de jouer le concert à Virgin, deux heures avant. T’as vu la tête que j’ai à Virgin ? En rentrant sur scène, je viens de perdre mon père… Mais quand je suis Oai Star, quand je suis sur scène Massilia ou autre, tu te lâches au-delà de ça. Tu n’es plus la même personne. Dans la vie je suis très timide, mais je ne suis plus la même personne. Et ça… c’est ma vie. Ça me guide. Le public, cette année-là, m’a vraiment aidé à surmonter la vie. Parce que le concert, comme je le dis souvent, tu peux faire les meilleures chansons du monde, si le public n’est pas dans le même état d’esprit, positif, etc., la soirée va être en bois. On s’en rend vraiment compte sur Oai Star. Les mecs ils arrivent, tu croirais qu’ils ont répété ! Ils viennent faire leur petit spectacle à eux ! Tu vois lui (Dubmood), il n’a pas trop connu ça, même s’il fait une musique électronique, funk, ça l’a changé !

Dubmood : C’est sûr qu’en France, le public électronique… Enfin le public électronique ce n’est pas le même style d’ambiance…

Gari : C’est le seul artiste électronique dans la région ayant un public qui n’est pas juste de mecs qui sont niveau bac+2 à la fac, qui ont leur petit look, leur petit goût, leur petit iPod, leur petit accent pointu ! Il y a des gros cakes de quartiers qui écoutent de la musique électronique depuis qu’ils connaissent Dubmood. Parce que c’est les vibrations qui les intéressent. Dubmood quand il joue les Dj’s du Soleil sur le trottoir, il vient pas jouer du reggae plan-plan. Il joue de la musique qu’il passerait dans une soirée hyper hype et même les mémés elles passent et elles s’arrêtent. Ça casse les barrières. Avant les gens créaient des chapelles pour pouvoir exister. Nous on se crée nos barrières si tu regardes bien. C’est un peu ado comme manière. Quand j’étais minot, si tu ne connaissais pas les Clash, je t’adressais même pas la parole ! Je ne te parlais pas ! Tu n’avais pas un minimum de look rock’n’roll : tu n’existais pas ! Même si t’étais dans ma classe ! C’était adolescent, mais j’étais comme ça à fond ! Après tu t’ouvres, et quand tu es artiste, comme Dubmood, quand tu vois un mec de La Calade qui ne connait rien à la musique et qui danse sur la tienne, t’es content.

Dubmood : Puis surtout une grande part des artistes électroniques viennent d’une autre classe, plus branchée, avec les parents derrière, avec leurs petits matos, leur argent… Regarde Justice. Regarde Daft Punk. Regarde la plupart des artistes électro français, c’est assez bourgeois.

Gari : Regarde la techno ça part de Détroit. Ce sont des raklos qui ont inventé le genre : des mecs de cité qui n’avaient pas un dollar et qui s’achetaient du matos de merde… À l’époque des TD303, des 808, ça ne coûtait rien d’occasion. Une musique de ghettos… Ça ne vient pas des salons à la base.

Oai Star est donc dans un processus de continuité ?

Gari : Ah oui avec Dubmood c’est un peu lui qui a les reines de la production. C’est notre producteur artistique. On fonctionne un peu comme un groupe de hip-hop. Le producteur musical et le MC. Il fait les corps des morceaux dans ses machines etaprès Oai Star fait la batterie, la guitare… Je pense d’ailleurs qu’on va aussi un peu changer le line-up du groupe.

Le batteur de Oai Star est d’ailleurs passé chez Moussu T ?

Gari : Disons que le batteur de Moussu T en a eu marre, donc il a arrêté les tournées. Vu qu’en ce moment on ne tourne pas, il est parti avec eux. Mais Al Battor est un batteur très complet : il peut battre du punk rock, du reggae, du funk, et c’est vraiment le bon client pour Moussu T. Mais bon c’est familial notre truc (rires) ! C’est un peu pareil entre nous, on a des techniciens communs. Sur l’album de Gari Greu c’est Blu qui fait presque tous les arrangements… Voilà.

Toi ton album, il sortirait quand ?

Gari : Il va sortir après l’été. Le single va arriver au printemps, et on enchaine les concerts dès le mois de mars. On va commencer les concerts vachement avant.

Comme pour Manifesta de Oai Star.

Gari : Ouais je fais un printemps/été pour mes disques.

Le projet s’appellera donc ?

Gari : Gari Greu. Je n’ai pas encore défini mes musiciens. Je sais qu’il y aura déjà Buzz et Dj Kayalik.

Et toi Dubmood, peux-tu également présenter ton projet ?

Image de Dubmood Dubmood : Donc mon projet, c’est moi : Dubmood. Entouré de GEM TOS, qui vient du monde de la techno minimale, avec comme particularité les Game Boys et autres…

Gari : Bah Dubmood dans sa période était très adepte des Game Boys, mais là il s’est ouvert un peu puisqu’il y aura presque des chanteurs sur tous ses morceaux, il a élargi son spectre quoi.

Dubmood : C’est un peu le compromis entre Dubmood et Oai Star.

Gari : Ouais disons que tu ressens qu’il y a eu du Oai Star à la production. Moi j’ai beaucoup d’ambition pour son projet, je pense qu’on a besoin de son électronique à la fois punchy et quand même moins mainstream que tout ce que l’on entend. C’est rock’n’roll ce qu’il fait. En live ça sera super. C’est essentiel de ne pas faire un Oai Star tous les deux ans, comme pour Massilia. Pour garder une certaine qualité. On est dans un processus commun et ça me nourrit beaucoup d’échanger et de me pencher sur ses trucs à lui.

Un échange d’expériences au final ?

Gari : Écoute, quand je suis arrivé, je ne savais rien… Aujourd’hui j’ai 43 ans, je commence à savoir que je ne sais vraiment rien. Le peu de ce que je sais, c’est sont mes grands frères qui me l’ont amené, et immédiatement je le fais passer aux petits frères qui arrivent derrière moi. Et eux feront pareil derrière. Il n’y a que comme ça qu’on peut subsister en étant artiste aujourd’hui. On n’est pas à Paris, on ne connait pas les mecs des radios, on ne boit pas des coups avec nos maisons de disques. On ne fait pas la bise aux décideurs des subventions…

Massilia absent des médias…

Gari : Non mais à Marseille je connais degun ! Je connais degun à la DRAC, je connais degun à Radio Grenouille, on connait degun mais on avance. Il te faut te lever, si tu es comme nous. Tu fais 35h par jour. Tu vois ? Avec Dubmood, on travaille tout le temps. Mais au moins comme ça, quand on te demande : qu’est ce que tu fais dans la vie ? Lui il dit « Moi je suis Dubmood » et « Moi c’est Gari Greu ». C’est ça notre métier. Mais on n’a pas l’impression de travailler. C’est ça la classe. On a notre petit studio, mais on est quand même obligés de pactiser avec Paris pour vendre les disques… Après il y a les gens autour, ainsi que tous les gens qui viennent nous voir en concert…

Dubmood, une idée de sortie pour ton album ?

Dubmood : Après l’été, aussi. Il y aura un six titres au printemps pour annoncer un peu le nouvel album.

Un EP, un maxi ?

Gari : Lui dans son genre ce serait plutôt…

… un vinyle.

Gari : Oui ! Mais on a la volonté de sortir un véritable album de Dubmood. Suivi d’une tournée bien sûr !

À suivre

La première partie de l’interview est à lire ici

Crédits photo : GFDL (www.gnu.org/copyleft/fdl.html) or CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0

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En savoir +

Site Massilia Sound System : http://www.massilia-soundsystem.com
Site Association Massilia Chourmo : http://assochourmo.free.fr/
Site Oai Star : http://www.oaistar.fr
MySpace Oai Star : http://www.myspace.com/oaistar
Dubmood : http://www.facebook.com/Dubmood

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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