Rencontre avec Gari Greu de Massilia Sound System & Oai Star (partie 1/3)

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Dans les studios de la Friche de la Belle de Mai à Marseille, rencontre avec Gari Greu, membre actif du Massilia Sound System et du Oai Star depuis maintenant 20 ans.

Bilan des groupes, actualités, vision de la vie, Gari nous expose son quotidien, sa passion, autour de l’univers du Massilia. La première partie de l’interview est un peu plus personnelle, elle nous raconte comment Gari en est arrivé là aujourd’hui. Avec passion.

Aioli Gari… Bon je n’aime pas commencer comme ça, mais je vais te demander une petite présentation de toi et des groupes dans lesquels tu participes, histoire de bien situer le contexte pour nos lecteurs.

Gari : Je suis Gari, un MC qui habite à Marseille et qui évolue depuis une vingtaine d’années avec le Massilia Sound System. Massilia Sound System je les ai rencontrés un peu par hasard à l’époque… Massilia existe depuis 1986 et c’était un Sound System marseillais. À l’époque j’étais pétrie de rock et de punk anglais. Tout ce qui était chanté en français ça me cassait les couilles ! Mais c’était la première fois que des mecs racontaient ce qu’il se passait à Marseille et je trouvais ça valable, tu vois. Quand j’ai rencontré Massilia ça m’est rentré dans la tronche. Mon pote c’était Lux Botté et il faisait de la radio sur Radio Galère

À la Friche aussi…

Gari : Ouais au dessus ! Je suis devenu collègue avec Lux, j’allais à toutes ses émissions de radio, au début pour regarder, et après pour l’aider un peu. On a connu Massilia comme ça. On a embrayé dans Massilia en 1992. Moi j’étais étudiant, j’ai arrêté mes études. Parce que ce n’était pas que de la musique, c’était… comment dire… un rapport à la société et à la vie qui était différent. Et du coup je me suis dit que la musique ce n’était pas que quatre accords et des chansons. On chante le quotidien, on est le haut-parleur de la communauté, on essaie de rassembler. On s’empare du provençal pour faire comme Bob Marley qui chante en patois du Jamaïcain. On fait pareil que lui, on adopte un peu la même stratégie que Bob Marley. Ça me rentre dans la tronche ! À 20 ans j’arrête tout et je pars avec ces mecs qui ont dix ans de plus que moi : Tatou, Papet J, qui sont déjà construits intellectuellement, et en gros qui m’éduquent, me donnent une conscience politique, une vision du monde. Moi je suis un peu différent des autres dans Massilia. Je suis rentré très jeune…

T’es le dernier arrivé non ?

Gari : Depuis il y en a d’autres qui sont arrivés, mais je suis arrivé très jeune et j’étais pas du tout construit… La première fois que j’ai pris l’avion, c’était avec Massilia, la première fois que j’ai rencontré l’amour c’était dans Massilia, la première fois que j’ai eu un embryon de conscience politique c’était dans Massilia, je me suis cultivé grâce à Massilia, enfin voilà !

Une éducation par Massilia…

Gari : Oui une éducation, mais c’est surtout la culture ! J’ai eu la chance de faire des études, mais c’est plus Tatou et Papet qui m’ont cultivé que les profs que j’ai eus à l’école. Tatou, Papet, les gens qu’on a rencontrés en général. Claude Sicre (NDLR Chanteur des Fabulous Trobadors) et les autres ! Je suis devenu un peu MC par accident (rires) ! Je n’étais pas destiné à ça, je gratouillais la guitare, la basse, tout ce que tu veux, mais je n’étais pas du tout dans un délire comme ça. La musique c’était vraiment… Je n’aurais jamais pensé faire des disques quoi ! Au début je suis devenu MC pour faire un peu des chœurs avec Tatou, Papet et Lux. Après je me suis pris au jeu. Puis je me suis senti capable d’animer les Sound Systems, d’improviser, de trouver le truc ! J’étais pas très doué, mais à bonne école : Tatou, Papet, tout ça ! Je les voyais faire et au bout d’un moment, j’arrivais à m’en sortir.

Je me suis pris au jeu et après je me suis mis à écrire des petits couplets et ensuite des chansons, pour amener ce que je pouvais mettre dans le pot commun. Sachant que je bosse avec des gens qui sont… (hésitation) Ce ne sont pas des artistes qui gardent leur petit statut d’artistes, bien avec eux, serré, en voulant tout garder pour eux. Papet et Tatou, ce sont des mecs qui nous ont vraiment poussés dans la lumière, Lux et moi. Donc au bout d’un moment on a créé Oai Star

Dans les années 2000…

Gari : Oui c’est ça ! Avec Lux, au début c’était pour déconner, avec les collègues ! On s’était dit « Maintenant qu’on a notre petite personnalité au micro, nous, on va essayer de faire un peu de rock, pour rigoler ! ». On a fait un premier disque pour l’association Massilia Chourmo, vraiment pour les membres…

Volume 2…

Gari : Ouais qu’on a fait speed, en semaine, avec Tatou en studio en rigolant ! Et de fil en aiguille, on a fait quelques concerts, tic tac tac (en faisant de grands gestes). Après on a fait un vrai premier album pour lancer Oai Star.

L’album Oai Star

Gari : Avec l’album Oai Star on a commencé à développer nos trucs, en prenant du plaisir et en s’éclatant. Oai Star pour moi c’était le groupe de Lux ! Lux était le capitaine, tu vois ! Je me battais pour faire des chansons, mais pour moi c’était vraiment le groupe de Lux !
Et voilà, est arrivée l’année 2008 où Lux a disparu… Dans un premier temps je me suis dit que Oai Star, sans Lux

C’était plus Oai Star…

Gari : Oai Star c’était notre duo, la complémentarité. Mais voilà après j’ai rencontré Dubmood. Et Dubmood avec son énergie, sa jeunesse, ses Game Boys, son son, sa folie, son talent, tout ça ; il m’a donné les codes, l’envie de reprendre Oai Star. Oai Star ce n’est pas les Rolling Stones, mais les gens s’en sont un peu emparés ! Ils ont un rapport avec ce groupe qui assez bonard je trouve ! Ils vont plus passer un bon moment à s’éclater qu’à écouter de la musique ou un répertoire. On a réussi ce qu’on voulait faire avec Oai Star : une heure et demie d’exutoire, où tu viens et « c’est pas pareil » ! Donc avec Dubmood on voudrait perpétuer ça, en amenant une nouvelle dimension au truc. Du coup le prochain album c’est lui qui va le composer. On fonctionne un peu comme un groupe de hip-hop. Oai Star maintenant c’est Dubmood qui prépare les instrus et Gari qui fait les textes.

D’ailleurs Dubmood comment tu l’as rencontré ? C’est une rencontre au hasard ?

Gari : Alors Dubmood il est de Göteborg et ça faisait un an ou deux qu’il était à Marseille. Papet l’a rencontré un peu avant moi, il l’avait invité à l’after d’un concert de Massilia à L’Usine. Et à l’after dans une salle à côté, je l’ai vu avec sa Game Boy. J’ai pris le micro avec lui avant qu’on se parle. Ce soir là on a fait La Chenille ! Hey tu te rappelles quand on fait la chenille ?! (il s’adresse à Dubmood)

Dubmood : Ouais !

Gari : C’est là où on s’est rencontrés ?

Dubmood : Ouais !

Gari : Des malades, c’étaient des malades ! (rires)

Dubmood reprenait le riddim qui est devenu le futur riddim de Feignant et Gourmand ! Il était déjà dans la Game Boy et on a fait la chenille ! Ce soir-là les gens étaient… ils sont devenus fous ! Oh, dans le Cabaret (il montre la salle à côté), ils étaient debout, sur les tables, à danser !

Dubmood : Mythique !

Gari : Ouais truc de fou ! Je lui ai dit « passe au studio » et je ne pensais même pas à Oai Star. On a parlé, et de fil en aiguille je me suis dit… Et d’une autre manière, lui aussi réciproquement…

Pourquoi pas refaire un truc…

Gari : Voilà. Il a sa carrière solo aussi, il prépare son album, et ça lui donnait une autre corde à son arc. Pour moi c’est bon d’avoir plusieurs cordes à son arc. Cela permet de faire évoluer ton projet principal. C’est un truc qu’on garde ! Là je suis en train de préparer le disque solo de Gari Greu. Personnellement on a besoin de se mettre en danger artistiquement. On a besoin de chercher vers ailleurs, de donner autre chose au public… Je ne veux pas tomber dans la facilité. Imagine, si avec Massilia on faisait ça, on n’existerait plus aujourd’hui. Les gens seraient obligés de faire un disque tous les deux ans, être en tournée en permanence… Au bout d’un moment…

C’est clair… Dans la musique, en famille, avec ses potes, au bout d’un moment il te faut prendre l’air, être un peu tout seul.

Gari : Bien sûr. Depuis qu’on a les projets solos, on aime encore plus Massilia. Ça te permet d’avoir un regard un peu externe, ça te permet de réaliser plus. On a fait progresser Massilia depuis qu’on a tous ses aventures à côté.

Le dernier album en est le reflet… On ressent les influences de tous les projets solos dans Oai e Libertat.

Image de Massilia Sound System - Oai e Libertat Gari : Tu le sens peut-être encore plus dans Oai Star, car dans Oai Star je demande à Moussu T de faire un morceau, je demande à Papet son avis. Ça, tu vois, on le fait moins sur les autres projets. Dans Moussu T e lei Jovents, même si Tatou me fait écouter les maquettes, me demande mon avis, ce n’est pas entièrement la même chose. Oai Star synthétise un peu tout Massilia. C’est vraiment « la branche agitée » du Massilia Sound System. Il y a un peu de Moussu T, il y a un peu de Papet, j’y tiens beaucoup à ça ! Sur Gari Greu ça sera moins le cas, mais sur Oai Star je demande toujours leurs avis. Pour moi, c’est global comme truc.

Ce ne sont pas des albums dos-à-dos. Tout ce qu’on raconte chez Moussu T, chez Papet J, chez Oai Star, chez Gari, chez Massilia, même chez Dubmood, il y a une espèce de cohérence, d’une vision du monde, de la société, commune. De voir son statut d’artiste aussi, une manière de voir notre relation avec le public. C’est vachement important pour nous. Même à la Chourmo, il y a des petits concerts payants, mais systématiquement avant tout on va jouer facilement dans les petits trucs, les bars, les machins ! Pour avoir justement ce contact avec le public. Chérie par exemple les premières fois je l’avais chanté dans des bars, j’avais vu que les gens s’en étaient emparés. Du coup j’ai voulu m’en servir. Je répète que, pour moi, je vois ça globalement. Généralement les mecs qui partent en solo c’est qu’ils se sont disputés…

Les Comedia Provençala en sont l’exemple. Avoir les projets solos puis Massilia pour finir c’est tout ce qu’un amateur du groupe peut souhaiter, c’est la cerise sur le gâteau !

Gari : On a fait ça pour ça.

Tu vois qu’il n’y a pas d’embrouilles… D’habitude les projets solos signifient prise de tête…

Gari : Puis après les projets solos ne marchent pas et donc on relance le groupe. C’est clair, mais quelquefois ce n’est pas toujours le cas. Quand je vois mes potes de Zebda, quand ils sont partis en solo, ils sortaient d’un gros tube. Avec la pression, ils en avaient marre de rester dans le même bus ; comme nous en 2003. À un moment donné, on s’est dit que si on voulait durer il fallait qu’on se donne de l’air. Je vois que Magyd a toujours écrit pour Hakim et Mouss. Nos projets sont transversaux, ils ont un lieu commun où tout le monde peut se voir… On n’est pas les seuls à avoir cet état d’esprit.

Il y a des rumeurs concernant Zebda comme quoi ils se reformeraient ?

Gari : Tu peux te permettre de le dire ! Hakim et Mouss me l’ont dit officiellement : « On travaille avec Magyd depuis quelques mois… »

Sur un nouvel album ?

Gari : Oui, qui sortirait après l’été 2011. Hakim et Mouss m’avaient invité à la Fiesta des Suds, il me réinvite bientôt, on a fixé deux dates déjà. Ce sont des gens avec qui j’échange beaucoup. Magyd par exemple va faire un titre sur mon nouveau disque… Ce sont des gens super !

Comme Claude Sicre  ?

Gari : Ah Claude Sicre c’est pas pareil ! Claude Sicre, c’est les mêmes rapports qu’avec Tatou et Papet quasiment. Claude s’est beaucoup investi dans Oai Star. Il me coachait, pour m’aider, il m’a donné une chanson, on en a fait une ensemble… J’ai besoin de son regard, surtout que Lux n’est plus là. Lux c’était un leader, mais il avait un avis artistique sur la chose qui était d’une précision ! Il avait une culture musicale de 8 000 kilomètres : il voyait le truc, il sentait le public, les goûts du public. Avec Lux, on était un binôme. Souvent dans les binômes il y en a un qui est un peu plus artiste et l’autre qui a un peu plus de recul. J’ai besoin de ça. Quand j’écris une chanson, j’ai besoin d’avoir l’avis du Papet, de ma femme, et si je te voyais tous les jours de ton avis à « toi » !

À suivre

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En savoir +

- Site Massilia Sound System : http://www.massilia-soundsystem.com
- Site Association Massilia Chourmo : http://assochourmo.free.fr/
- Site Oai Star : http//www.oaistar.fr
- MySpace Oai Star : http://www.myspace.com/oaistar
- MySpace Dubmood : http://www.myspace.com/dubmoodst

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 29 novembre 2010
    fredo a écrit :

    tres bon article a l image du talent de gary aioli

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