Reality revisited – Moderna Museet de Stockholm

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Grâce à une éclectique collection de photographies en noir et blanc des années 70, l'exposition Reality Revisited du Moderna Museet de Stockholm aborde la question éternelle du rapport du photographe à la réalité. Sous des angles intimes ou à l'opposé politiques, les photographes présentés dans l'exposition dévoilent des univers et un travail de l'image aux antipodes, mais qui se rejoignent dans leur volonté de saisir le réel et de l'interroger. Tour d'horizon à travers trois d'entre eux.

11923engDans la salle d’exposition, le visiteur déambule, passe d’images en images, effleurant certaines et étant totalement saisies par d’autres, touché par la beauté et le mystère ou brutalement exposé à une réalité qu’il entrevoit. Toutes les façons de travailler cohabitent dans la même exposition, traduisant chacune un rapport différent au réel : de la mise en scène la plus poussée de compositions presque picturales, à celle la plus dépouillée visant à mettre en valeur les sujets dans leur véracité.

Cette dichotomie peut se rapprocher de celle qui est faite au cinéma entre fiction et documentaire. Et à l’instar de ce qui se fait dans le septième art, les points de passage entre ces deux opposés sont nombreux.

Certaines images racontent une histoire, Duane Michals construit des séquences photographiques nimbées de mystère et chacun de ses clichés ne prend sens que par rapport à ceux qui les suivent ou précèdent. C’est cette narration qui instille le sens à ses images et qui par le biais d’une démarche cinématographique telle que l’utilisation du hors-champ, arrivent à toucher ce qu’une simple photographie ne pourrait faire: le passage de la vie à la mort, la disparition, le rêve. C’est un rapport onirique qu’elle entretient au réel, cherchant à saisir ce qu’il y a au-delà des formes. Les formes sont des objets, des médiums pour accéder à un sens au delà de l’image.

eek-2D’autres images épousent au contraire le style du documentaire, le photographe cherche à représenter ses sujets de façon à exprimer leur véritable nature. Quelques textes accompagnent parfois les images pour les enraciner dans le réel. Ainsi, Ann Christin Eek raconte à propos de cette jeune fille représentée dans sa série Kosova / Yugoslavia qu’elle souhaitait étudier pour devenir dentiste. Chose peut être anodine, mais qui permet de faire ressortir le personnage, de le mettre en valeur et de dépasser sa simple valeur esthétique. Elle l’a représentée sur le chemin de l’école, de façon non figée comme si elle se retournait surprise pour fixer son observatrice, qui a juste le temps de figer son étonnement. Il y a cette volonté de prendre sur le vif les mouvements et les émotions du sujet, mais sans jamais annihiler le travail du photographe.

Il serait bien sûr très réducteur de séparer toutes les images exposées dans deux catégories bien définies, tant il est indéniable que toute photographie requiert une mise en scène, ce qui est la trace même de l’existence de l’artiste derrière l’appareil-photo. Les photographies de Larry Clark expriment ainsi de façon assez crue une jeunesse américaine aux prises avec la drogue et le sexe. Ses sujets sont représentés nus face à l’objectif, sans retenue sur leurs travers et leur intimité. Cela peut-être déstabilisant pour le spectateur, ou charmer ses instincts secrets, dans sa position de voyeur.

larry_clarck-2Prenons l’exemple de ce cliché de Larry Clark, remarquable dans la déstructuration de sa mise en scène, tout en représentant la réalité dans toute sa crudité si l’on se fie au regard du bébé fixant l’objectif de ses yeux ronds. La composition de l’image se trace selon plusieurs lignes : le corps de l’homme, celui du bébé, le matelas, le bras qui tient la cigarette et le sommier. Toutes ses lignes partent dans des directions différentes et s’assemblent de façon disharmonieuse, dans une esthétique déstabilisante qui fait la force du cliché. Tous ces éléments semblent devoir naturellement ne pas cohabiter, pourtant ils sont réunis par l’image, à l’origine d’un certain choc pour le spectateur renforcé par le regard du bébé sur lui. Il y a un peu d’ Egon Schiele derrière cette façon de renverser son spectateur par la discordance des formes et des regards qui sont pointés sur lui.

Reality revisited est au final une très bonne introduction au travail du photographe et à son rapport au sujet. L’éclectisme des clichés permet ainsi d’aborder la réalité sous tous les angles, qu’ils soient poétiques, esthétiques, politiques ou sociologiques… mais toujours guidés par l’oeil aguerri qui se trouve derrière l’objectif.

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En savoir +

Reality Revisited, jusqu’au 20 septembre au Moderna Museet de Stockholm, île de Skeppsholmen. De 5,50 à 7,30 euros
Du mercredi au dimanche de 10h à 18h et jusqu’à 20h le mardi.

Site officiel : http://www.modernamuseet.se/v4/templates/template3.asp?lang=Eng&id=4148

A propos de l'auteur

Image de : Originaire de Franche-Comté, Eymeric est étudiant dans les métiers du livre à Aix en Provence et prépare les concours des bibliothèques. Il aime le cinéma, pour lequel il préférera toujours l'esthétique au scénario et la littérature quand elle touche à l'intime et au quotidien. Côté musique ses goûts se portent vers la psyché-folk mais aussi vers le trip-hop, version des origines et vers le rock des vingt dernières années, du moment que les guitares sont saturées et qu'elles multiplient les effets. Il s'intéresse également aux médias, à la culture populaire et, avec du recul, à la politique. Blog: http://legendes-urbaines.over-blog.fr/

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