RDTSE 2010 – Et si le rock m’était conté ?

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La période estivale semble inconditionnellement liée à toute une série de manifestations artistiques et les festivaliers n’ont qu’à bien se tenir.

Entre la pluie de festivals européens comme Reading, Benicassim, Rock Am Ring ou le tout récent Sonisphere ; et l’avalanche de festivals français comme le Hellfest, Solidays, Les Eurockéennes ou encore Rock En Seine, le choix est suffisamment vaste et hétéroclite pour correspondre aux goûts les plus éclectiques.

Fêtant son 27e anniversaire cette année, l’édition 2010 du Rock Dans Tous Ses États (RDTSE, ndlr) en a surpris plus d’un par une sélection pointue et originale d’artistes francophones et étrangers. Événement fondé en 1983, l’immense hippodrome d’Évreux attire tous les ans des dizaines de milliers de personnes en quête perpétuelle d’étonnement et de découvertes. Privilégiant les nouveautés et la singularité des artistes, l’alternance des mouvements rock, électro et pop fait la part belle dans la programmation qui se fait toujours plus surprenantes au fils des années.

Le festival a déjà accueilli par le passé des têtes d’affiche remarquables telles que les extravagants précurseurs du rock alternatif, Sonic Youth, les indés écossais de Franz Ferdinand ou encore l’extravagante et provocante Beth Ditto et son groupe d’indie-rock acidulé The Gossip. Si la présence d’artistes emblématiques est primordiale à la survie et à la renommée d’un festival, cela n’empêche pas le RDTSE d’allier coup marketing sûr et découvertes impromptues. Ainsi, les scènes de l’hippodrome ont fait place à la fibre pop féérique des Blonde Redhead, à l’électro tonitruante des DJs de South Central, ainsi qu’au post-rock divinement dévastateur de 65daysofstatic.

Véritable déluge musical, la cuvée 2010 promettait d’ores et déjà d’être excellente.
S’axant sur deux journées, près de 17.000 personnes ont profité de cette alternative au quotidien pour exulter en toute tranquillité. Fervent défenseur de l’écologie et autoproclamé Eco-Event, la contribution de tout-un-chacun était nécessaire, quant aux profanes, ils pouvaient toujours se racheter une éducation en entre les stands WWF, leur quote-part de verres consignés et pourquoi pas participer à l’économie de la région en s’octroyant un petit détour par la Rock Farm et ses alléchants produits Bio.

Le buzz tournait cette année autour de la fameuse « Gonzomobile », ex « Papamobile », qui a fait frémir d’impatience et de joie les cœurs d’un public averti. Sphère d’expérimentation digne de la Zone 51, que les ufologues se calment tout de suite nous parlons bel et bien ici d’un rassemblement d’ovnis musicaux ! Entre un show résolument rock et décoiffant des Israéliens au style hawaïen de Monotonix, un concert électrique et déstabilisant du groupe de dance-punk Bang! Bang! Eche!, des prestations enivrantes des baby rockeurs français de No Records, et une déferlante rock-funk magistrale de The Other Xperience (OXP, NDLR), la foule ressortait galvanisée de ce territoire classé X.

Au-delà de cette aire hors du temps se situaient les deux scènes principales du festival, où la tendance électro-rock se faisait bien plus présente. Avec en ouverture le vendredi mon coup de cœur perso, le groupe détonant d’électro-progressive d’origine niçoise : Quadricolor. Leurs rythmes virevoltants, agréables mixes de pop sucrée à l’instar d’Antidotes des Foals ou encore de l’album éponyme des Friendly Fires, a savamment su réveiller les corps affaiblis par la chaleur et transporter tout ce petit monde dans une dimension festive. S’ensuivait le trio belge, Triggerfinger, dont le blues-rock a su rassembler des escadrons de festivaliers dispersés. Mais la surprise resta de taille lorsque la voix subtile et douce de Lisa Elle de Dark Horses a retenti au travers de l’hippodrome. Il n’y a un je ne sais quoi de Bat For Lashes associé à The Cranberries qui rend ce groupe totalement ahurissant.

Apaisement ou remise de peine provisoire, Jeff Lang a littéralement amené le public dans son univers folk à l’américaine. Pur moment de rafraichissement et de paix intérieure dans cette région étrangement caniculaire, jamais le blues et le folk ne se seront aussi bien mariés. Instant dont il fallait absolument se délecter avant d’être happé sans ménagement par les percussions urbaines irrésistibles des Tambours Du Bronx. Fidèles et sincères, ces 16 musiciens ont humblement présenté leur tout nouveau set à un public on ne peut plus réceptif et fier de voir des artistes français générer autant d’enthousiasme et d’excitation en eux. Après un long set additionné d’un petit rappel (événement relativement rare en festival, NDLR), ce sont de nouveau les Belges qui ont créé la sensation. Groupe de garage authentique, The Black Box Revelation, dont la voix et le lyrisme du chanteur Jan Paternoster marquent au fer rouge, ont survolté les troupes. Incursion directe dans l’univers cru du rock’n’roll, ce duo a véritablement tout pour réussir, leur meilleur atout étant leur nouvel album Silver Threat sorti en février dernier.

Un festival ne serait pas sans sa traditionnelle tête d’affiche, mais faut-il encore que cettedite « tête d’affiche » soit fiable… Car que seraient les Babyshambles sans Pete Doherty ? Probablement pas grand-chose. Son génie est atypique certes, mais ce n’est certainement pas dans cette formation qu’il déploie le plus large panel de ses multiples dons. C’est donc sans circonspection que les teenagers évacuent la Gonzomobile, privant ainsi les Bang ! Bang ! Eche ! d’un moment légitime de gloire, et se ruent devant la scène principale dans l’infime espoir de voir le groupe quelques instants avant leur prestation. Prestation qui en dehors d’un crowd surf magistral de Pete D., n’avait somme toute rien d’exceptionnelle. Les morceaux sont fades et délavés et même s’ils sont joués par d’excellents musiciens, ils n’en restent pas moins insipides. Le groupe semble inexorablement s’essouffler. Heureusement pour nous, l’extravagant punk Mike Muir vient vivifier l’air ambiant avec son side project : Infectious Grooves. C’est sous les beats et guitares funk-métal du groupe qu’un circle pit se forme au sein d’un public qui rêvait d’avoir enfin l’autorisation de s’invectiver un peu. Malheureusement, cette exaltation ne fut que de courte durée puisque la pop lascive, passablement abominable en live des Pony Pony Run Run, amena nos esprits dans une nébuleuse frivole, sorte de spleen grossier. La synthpop ne serait-elle faite que pour être écoutée sur CD ?

Après avoir passé près d’une heure à badiner, Monotonix s’avéra être la dose d’adrénaline dont l’assemblée avait besoin à juste titre. Performance incontestable du groupe, la fin de soirée s’annonçait déjà plus attrayante et c’est au son des guitares rutilantes des frenchies de Jamaica, ex-membres de Poney Poney, que le show prenait enfin place en ces lieux de nouveau sous les grâces de Dieu. French touch délurée et savoureuse, les compos du groupe n’ont rien à envier à leurs comparses de PPRR, et c’est en véritables showmen, quoi que leurs mouvements bizarroïdes évoquent sans conteste le style Air Guitar, qu’ils font jumper l’audience. Privilège identitaire ou hommage ultime à l’électro-house française, c’est sous le pseudonyme de Danger que Franck Rivoire clôturait cette première journée de concerts aux rythmes singuliers de ses synthétiseurs. Caché dans la pénombre et accompagné d’un VJ, le spectacle était tant visuel que musical.

Cette première journée riche en émotions laissait désormais peu de chances aux artistes du lendemain de créer l’événement. C’était sans compter la kyrielle de talents présents en cette deuxième journée. Malgré une canicule des plus insupportables et une force physique qui tendait à la réserve, les festivités sont ouvertes avec The Patriotic Sunday. Groupe d’origine nantaise, ils défraient les chroniques grâce à un rock époustouflant et synchronique. Même si l’innovation n’est pas leur principal atout, il n’en reste pas moins que la tâche s’avérait lourde : réanimer un public avachi sous la pression de la chaleur en début d’après-midi relevait simplement de l’impossible. Le relai se poursuivait donc par passage de témoin aux Lillois de Tv Glory. Pop-Rock vivifiante et délicieusement rafraichissante il s’en fallait finalement de peu pour réactiver l’instinct festif et jovial des festivaliers, mais c’est vraisemblablement sur les airs de Vismets et de leur dernier opus Gürü Voodoo (sorti le 17 mai 2010, NDLR) que le public a diamétralement changé d’approche. Plus vif et débordant d’énergie, il accompagnait cette fois-ci le groupe sur chacun de ses morceaux. Entre des mines béates et satisfaites, le changement était plus que perceptible. Et que tous ceux qui s’étaient égarés à la Gonzomobile pour revoir gracieusement No Records se rassurent, les membres de Vismets seront de nouveau présents un peu partout en France et en Belgique à partir de juillet à l’occasion d’une mini tournée.

C’est à ce moment précis que l’ambiance s’est métamorphosée. La pop psychédélique de Caribou a fait souffler un vent de renouveau sur le Festival. Qu’il soit dans ses habits de prof de maths ou sous son autre pseudonyme Manitoba, Daniel V. Snaith dégage une aura bien particulière sur scène. Odyssée mélodique entre l’électroclash de Fischerspooner et l’indie de The Faint, il possède toutes les cartes en main pour effectuer un royal flush flamboyant. Suivi par l’indie-rock agitée des insaisissables membres de The Phantom Band, c’est pourtant ce qui allait suivre qui faisait l’objet de toutes les attentes.

Incarnation vivante de toute la Génération X et de sa descendance, Troy Von Balthazar et son groupe mythique Chokebore, avait fait le déplacement jusqu’en France pour faire redécouvrir la vitalité primale du rock alternatif. Ayant fait leurs preuves aux côtés de Nirvana et des Smashing Pumpkins, l’incompréhension est de taille au sujet du peu de notoriété de ce groupe. Entre une voix presque aussi singulière que celle de Billie Corgan, des guitares grandioses et acérées, et la délivrance de nouvelles compos, comment ne pas succomber avec volupté et se laisser guider vers d’autres sphères ? C’était donc sans négociations possibles, qu’un Encore se devait d’être exigé. Coïncidence heureuse, une avance sur le planning permet à Chokebore de partager un nouveau moment solennel avec son public pour un nouveau titre en exclusivité.

Après cet intime moment de frugalité, il paraissait bien difficile de redescendre sur Terre. Mais que serait le RDTSE sans ces purs instants de convivialité ? Des moments grâce auxquels toutes les générations confondues peuvent chantonner sur les ballades acoustiques de Renan Luce telles que Les Voisines, La Lettre ou son dernier single Nantes, ou encore se dandiner sur le rock énervé de The Jim Jones Revue. Et aussi surprenant soit-il, cela faisait un bien fou de pouvoir danser, d’autant plus que toute dose de cyanure avait été au préalable prohibée. L’heure des réjouissances se transforma cependant rapidement en minutes de blues rock intensives avec une prestation louable du duo américain de The Black Keys.

Mais comme la veille, Mike Muir a tout simplement retourné le festival avec sa formation initiale : Suicidal Tendencies et ses quatre autres membres mythiques et aux combien épiques. Ce soir-là, le punk-hardcore a définitivement été remis à l’ordre du jour, car en provenance du circle pit, d’où l’on pouvait entendre ces nouveaux « gangstas » s’époumoner, la tendance n’était définitivement pas au suicide, mais plutôt à la résurrection ! Renaissance qui se matérialisa un peu plus tard par deux incarnations réelles de Venom qui ont asséné la foule de leurs sons schizoïdes et aliénants. Effectivement, les Italiens de The Bloody Beetroots ne manquent pas de rage et d’acidité lorsqu’il s’agit de déplacer des foules et c’est sans doute grâce à leurs exigences sans limites qu’ils sont capables de tels exploits. Transformant l’hippodrome en dancefloor de taille phénoménale, ils tenaient à ce moment précis l’oscar de la performance du festival.

Mais il ne fallait tout de même pas oublier que les meilleurs instants se savourent épicés. Oui, les dandies chics de Curry & Coco étaient bels et bien présents, constants, contrastés et constat fut fait que jamais une musique électro française ne nous aura été servie de manière aussi exquise. Il ne restait plus qu’aux prodigieux Islandais de FM Belfast, aux noms subtilement imprononçables, d’achever les dernières notes électroniques de ce festival haut en contrastes.

Le Rock Dans Tous Ses États aura démontré une fois de plus, en sélectionnant une légion d’artistes époustouflants, que popularité ne rime pas systématiquement avec musique commerciale. En restant conviviaux, ouverts et perspicaces, ils ont permis à de nombreux artistes de pouvoir poursuivre sur leur lancée et de leur ouvrir un passage sur les voies de la prospérité. Favorisant l’écologie et la culture sous toutes ses formes, ce festival addictif agit telle une drogue licite, se transforme en droit inaliénable au point de se demander si la création d’un visa reconductible ne serait pas d’utilité publique. Agissant en profondeur, il laisse une marque artistique indélébile et c’est sans aucune hésitation que l’on peut donner comme unique conseil avisé d’y retourner.

Crédits photo : Phil Abdou

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Site officiel : http://www.lerock.org/

A propos de l'auteur

Image de : Mes passions ont toujours été dévorantes et poussées à leur paroxysme. Les mots sont un exutoire idéal et mon admiration est totale envers des écrivains tels que Robert Heinlein, Hubert Selby Jr., Bret Easton Ellis, Franz Kafka ou encore Albert Camus. http://www.tasteyourmusic.wordpress.com

3 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 3 juillet 2010
    Alex a écrit :

    suicidal… une tuerie!!! mais pourquoi sous le chapiteau, alors que les BB brunes ont eu droit a la grande scene???? C’est le monde a l’envers!!!

  2. 2
    le Samedi 3 juillet 2010
    Chris a écrit :

    Well Done Cindy, j’adore ce live report, ça donnait envie.

  3. 3
    le Samedi 10 juillet 2010
    Brice a écrit :

    Bon report, mais clairement, on a pas du voir le meme festival! A part Caribou , on a pas eu de tres bons concerts cette année… (bon, soyons honnête, les Babyshambles & Suicidal ont été honnetes quand meme)

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