Marsatac au rapport – Jour 1 : Nîmes attaque à son tour ! | Paloma | 20.09.2012

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Rapport technique du premier soir du festival Marsatac à Nîmes. Une analyse fine, point par point, d'une soirée passée au peigne fin par un chroniqueur, un photographe et un chroniqueur/photographe. Cette année, Discordance se coupe en trois durant Marsatac. Avec, en guise de dessert, une interview de C2C.

Cédric Oberlin

Avant propos

Marsatac a changé de peau. Quatorze éditions, quatorze ans de galère à trouver un lieu qui lui correspond, quatorze années qui font toujours planer le même doute : comment faire pour pérenniser le festival, lui qui écume les différents lieux de Marseille sans jamais pouvoir prendre racine ? Celui qui excelle en musiques électroniques, hip-hop, pop ou rock est devenu aujourd’hui un évènement référence du paysage musical français. Pourtant en 2012, même en faisant sold out (22 000 personnes l’année dernière) à la Friche de la Belle de Mai, Marsatac était toujours dans l’impasse. Des rêves les plus fous des organisateurs d’investir, un jour, la plage du Prado ou les canaux du Port Autonome de Marseille, tout y est passé. Sans succès. Pourtant entre les canaux et sa jungle urbaine, Marsatac conservait ainsi cette identité industrielle qui dessine sa silhouette… Et à force de tergiverser, l’impensable question se posa : où va se dérouler Marsatac en 2012 ? Et surtout, la ville de Marseille va-t-elle aider à trancher ? Nous sommes alors en avril 2012, cinq mois avant la tenue du festival. Les Docks des Suds sont finalement optés. Pas le choix, sinon pas d’édition 2012. Marseille n’a pas tapé du poing sur la table, la jauge de capacité est donc une nouvelle fois bloquée. Un dilemme pour une ville qui vante vouloir accompagner la croissance de Marsatac. Les organisateurs subissent leur deuxième contre-coup : le premier ne fut pas des moindres. Marseille-Provence étant désignée « capitale européenne de la culture pour 2013″, les subventions attribuées à Marsatac ont…diminué de 130 000€, soit 5% de son budget prévisionnel octroyé ! Un comble pour une ville distinguée par son vecteur culturel qui n’a trouvé comme réponse que « si cela ne vous satisfait pas, vous pouvez toujours refuser ! ».
Le rêve d’atteindre la barre des 50 000 festivaliers en 2013 (par conséquent d’investir un site capable de recevoir une telle affluence) parait impensable. Et lorsque Marseille décide de lui tourner le dos, Marsatac choisit de s’exporter. Toujours à Marseille (27, 28 et 29 septembre) mais aussi à Nîmes, dans la toute nouvelle salle de la Paloma (20, 21 et 22 septembre). Six soirées, sans compter les Aires Libres de Marsatac au Palais Lonchamp le 30 septembre. Marsatac a changé de dimension.

Résumé du jour

Premier soir de Marsatac à Paloma (même si on serait tentés d’appeler ça Nîmatac) et les nîmois ont répondu à l’appel. Cette première soirée n’affiche pas complet, jeudi oblige, mais les deux salles de Paloma sont très bien garnies. Au programme, du lourd, du son qui dépote, une envie certaine de faire la fête et ça se voit sur les visages. En tête d’affiche, les incontournables dj’s à huit mains de C2C, mais pas que ça. Neuf groupes au total vont se succéder sur les planches de Paloma : nouveau passage dans le Gard des Citizens! (produit par le chanteur des Franz Ferdinand), perfs attendues des montants Electric Guest, John Talabot et Joris Delacroix, sans oublier de grosses doses de hip-hop avec Foreign Beggars, Murkage et autres Fowatile… La soirée s’annonce éclectique : entre les confirmés et les séquences découvertes, on fait confiance à Marsatac pour ses choix de programmation. Généralement, ça paye !

Cédric Oberlin

Sommaire

Les points techniques :

- Set & Match : dans 30 secondes
- Citizens! : dans 1 minute
- Fowatile : dans 1’30 minute
- Electric Guest : dans 2 minutes
- Murkage : dans 3 minutes
- C2C : dans 3’30 minutes
- John Talabot : dans 4’30 minutes
- Joris Delacroix : dans 5 minutes
- Foreign Beggars : dans 5’30 minutes

Les points de discussion :

- Ambiance : dans 6 minutes
- Configuration lieu : dans 6’30 minutes
- Discussion avec C2C : dans 7 minutes

Galerie photo :

- 57 clichés : dans 10 minutes

Les points techniques :

- Set & Match : Ils sont originaires de Montpellier, chantent en français et ont comme mot d’ordre de frapper les trois coups de Marsatac. Un quatuor aux commandes pour déverser des beats hip-hop dans le Club. Rien de tel pour réveiller les foules. Avec un sélecta en guise de chef d’orchestre et trois MC’s qui débitent un flow puissant, la prod’ est efficace, elle-même combinée à des lyrics percutants (ou l’inverse !). Une musique qui renvoie en tous cas l’idée d’un son frais, d’un rap moderne, comme si Set & Match était en mission pour réveiller le rap français embourbé dans des Booba et autres plaies. On ne s’y trompe pas : alors que les premiers concerts manquent souvent de réactivité peu après l’ouverture des portes, le Club répond favorablement à l’appel de Set & Match. Les chaudes ambiances des soirées hip-hop se ressentent déjà ! Auteur d’un set assez court (40 minutes), le seul reproche que l’on puisse faire à Set & Match est son essoufflement… Moins dynamique sur la fin, la puissance du set est retombée. Mais pas de quoi entamer l’enthousiasme du public…

- Citizens! : Second passage en deux mois pour Citizens! dans le Gard après le festival Lives au Pont en juillet dernier… et l’avis sur le groupe reste inchangé. Il y a du potentiel, ce n’est pas à remettre en question, mais le live a manqué réellement de piquant. Le public a mis du temps à s’impliquer, il a fallu attendre les tubes (Reptile, True Romance) pour que la machine à danser passe à la vitesse supérieure. Il y a des similitudes avec Franz Ferdinand, mais la niaque fait encore défaut… on a tendance à retenir que les tubes de leur concert, ce qui n’est pas spécialement glorifiant pour Citizens!. D’autant plus qu’a contrario du live au Pont du Gard, le son a aussi pêché dans la finesse. La voix haut perchée de Tom Burke, chanteur de Citizens!, ne sonnait pas aussi juste qu’à l’accoutumée. Bref, Citizens! n’a pas créé la sensation à Paloma.

- Fowatile : Formation en losange pour les lyonnais de Fowatile. Un sélecta derrière, un MC en pointe, deux musiciens aux claviers sur les côtés, Fowatile s’est d’abord démarqué par sa mise en scène. Larges panneaux colorés représentants des buldings à l’éphigie du groupe, l’œil est attiré comme un aimant vers le fond de la petite scène du Club. Découverte du Printemps de Bourges en 2011 et en premières parties de pointures telles que Asian Dub Foundation, Archive, Foreign Beggars ou autre DJ Shadow, Fowatile en a pris de la graine. C’est un mélange à point nommé entre rap et electro, avec un son efficace… Mais l’expérience n’a pas pu être concluante par manque de temps, Electric Guest se prépare.

Olivier Audouy

- Electric Guest : On ne sait pas trop où nous mettons les pieds avec Electric Guest. Nous savons simplement que le quatuor est originaire de Los Angeles aux USA, qu’ils ont sorti leur premier album en avril dernier (« Mondo »)… et nous attendons de voir surtout comment l’album va être interprété en live. L’album est une petite pépite : de l’indie, de la pop, des soupçons d’électro, très doux, légers, mais aussi très mélodieux. Nous avons toutefois des doutes en vue du live, peut-être par peur de s’ennuyer après quarante cinq minutes de set. Il n’en est rien : Asa Taccone, le chanteur, est habité. Il jouerait avec sa voix comme sur une guitare : du haut perché à des tons graves, première claque. Presque dérangé, le jeune Asa Taccone a de la prestance autant dans sa gestuelle que dans son interprétation. Sans produire un son bien nerveux, Electric Guest s’est montré entraînant et entêtant. Une bien belle surprise !

- Murkage : Ou comment renommer un rouleau compresseur de marque anglaise. La petite salle du Club était à deux doigts de surchauffer sous les assauts des mancuniens de Murkage. Quatre MC’s au chant, c’est puissant, et quand ils sont à l’unisson, il faut bien s’accrocher, car derrière, Dj Klepto, ne fait pas de cadeau. Un gros mix rap/électro qui tend à de nombreuses reprises dans la drum’n'bass, le dubstep ou encore le jungle, Murkage a dynamité le Club. Dommage que leur fin de set ait été tronquée, la salle se vidant, à cause du départ imminent de C2C

Même si 90% des festivaliers ont choisi de se diriger vers la Grande Salle pour C2C, nous aimons prendre les lecteurs à contre-courant… Un chroniqueur était donc à C2C, et l’autre s’occupait de John Talabot (ne nous demandez pas comment nous avons procédé à ce choix).

- C2C : THE show de la soirée ! Écrans sur les caisses de platines, salle comble, grosse ambiance. Les quatre nantais étaient attendus, comme d’habitude. Et sans surprise, c’est une véritable claque. Une démonstration de scratchs et de turntablism au menu, une maîtrise du style qui a pris toute sa dimension lors des parades des différents dj’s (changements de platines en plein morceau, escapade en direction des cymbales afin de rendre encore plus fou le show…), chacun a apporté sa pâte pour marquer au fer rouge ce concert. En configuration initiale de face et alignée, les DJ’s ont progressivement montré qu’ils étaient maîtres en leur domaine : rotation des platines pour se retrouver en face à-face (2 contre 2) et se lancer dans une battle de scratchs, détachement de chaque DJ pour un chacun pour soi, les 4 Dj’s en ont fait qu’à leur tête.
Ils ont excellé dans le mélange des genres, leur marque de fabrique : d’un The Beat saturé à un Down The Road surevolté, C2C avait un stock de samples sous le coude. Des influences hip-hop à la soul, de l’electro à des basses vrombissantes, C2C s’est essayé à la funk (Happy), aux claviers vintage (Who Are You) avec des scratchs à foison, et même à un tribute à MCA des Beastie Boys. Avec un bon vieux FUYA en guise de conclusion toujours aussi hypnotique, C2C a déjà atteint des sommets. Il est difficile d’imaginer un show encore plus abouti.

Olivier Audouy

- John Talabot : Et pendant ce temps-là, notre confrère Cédric a insisté pour assister à la performance de l’espagnol John Talabot placé malheureusement en même temps que C2C. Seul une dizaine de personnes sont là au début pour découvrir cette véritable expérience sonore. Dès Depak Ine, qui ouvre également son seul et unique album « Fin », on est plongé immédiatement dans les nappes synthétiques agrémentées de percussions synthétiques également. La musique de John Talabot c’est une ambiance qui nous invite à un genre de transe, on se laisse aller, on dansote, on regarde plus les lumières que les musiciens jusqu’à… ce que l’alarme incendie nous sorte violemment de notre doux rêve comme si on nous balançait un seau d’eau à la gueule en plein sommeil. Malheur, malheur, il risque de s’en souvenir longtemps, il radote déjà comme un vieux junkie…

- Joris Delacroix : Le jeune DJ prodige local commença donc à jouer plus tôt que prévu après le retour à la normale (fausse alerte bien sûr). Son délicieux mélange de deep house, d’electronica et de techno fera bien vite bouger les foules venues en masse dans le club qui finira rapidement plein à craquer. Et dur de leur donner tort tellement son set est efficace, dansant et original, à des lieux de la techno pouet pouet de boite.

- Foreign Beggars : A la vitesse dont nous avons été étonnés des différents groupes à l’affiche ce soir, la curiosité nous poussera donc vers le dernier groupe à l’œuvre, Foreign Beggars. Un début peu convaincant, très hip-hop, qui ne fait guère le poids par rapport au jeune Joris Delacroix. Pourtant, passé le premier quart d’heure de son, Foreign Beggars lâche les reines : le flow des deux Mc’s continue à pleuvoir, mais le public reste pour le son du sélecta. Couvrant presque les voix des deux rapeurs, les déflagrations sonores dubstep envahissent la Grande Salle. Groupe à featuring (Noisia, Skrillex), les ondes digitales à tout va martèlent l’auditoire. Parfait pour finir la soirée, sur le dance-floor, même si c’est avant tout le gros son que le public semble apprécier au détriment du chant. Une dernière effusion avant de partir, 3h, et le rendez-vous est déjà pris pour le lendemain…

Cédric Oberlin

Les points de discussion

- Ambiance : Test très positif pour ce premier soir de festival à Paloma ! L’ambiance était bonne, les nîmois étaient venus pour la fête et dès Set & Match ça se voyait… Sans tomber dans l’hystérie, et les groupes ne le permettaient pas forcément, la Paloma a passé sans mal le test du révélateur. Bien sûr, il est toujours dommage de voir une salle quasi vide pour John Talabot durant une grande partie de son set du fait que C2C sévit dans la salle d’à côté, comme il est regrettable de voir la quantité de personnes ayant quitté la Paloma une fois le concert de C2C terminé. Après il est clair qu’en semaine (NDLR Jeudi), tous ne peuvent pas rester jusqu’à la fermeture (3h). Enfin, il n’y avait pas que des Gardois présents à la Paloma, de nombreux 34 (Hérault) et 13 (Bouches-du-Rhône) s’étaient déplacés. Là encore, une marque de réussite.

- Configuration des lieux : Ouf ! La soirée inaugurale avait laissé planer le doute sur l’accessibilité des salles, les couloirs bondés, le manque de poubelles… ces principaux défauts ont été vite gommés. Moins de monde, puisque la jauge est stoppée à 2 000 personnes, et la Paloma s’est avérée être comme parfaitement adaptée pour un tel festival. Grand parking, de la place, bonne régulation pour accéder aux salles, tarifs des snacks et buvettes très corrects, aucun retard dans les heures de passage, ce second test a été passé avec succès.

- Discussion avec C2C : Avant de prendre les commandes de la Paloma en début de nuit, les quatre dj’s de C2C se sont livrés à la traditionnelle conférence de presse. Sélection des meilleurs extraits.

Ils viennent de sortir leur premier album, « Tetra », en début de mois, le constat qui frappe aux yeux est la diversité des influences et des sonorités sur l’album, nous avons cherché à savoir pourquoi avoir effectué un tel choix :

« c’est d’abord une marque de liberté » précise 20syl, « où chacun a voulu apporter ses différentes expériences ». « On a pris des choses d’un morceau, on les a mélangées à un autre, tout a été en perpétuelle mutation » poursuit-il. En s’intéressant à combien de temps remontait les premiers travaux sur l’album, Atom signale que « c’est vraiment à partir de 2006, juste après les titres de champions du monde de DMC, que l’envie de faire un album s’est ressentie. Pourtant, ce n’est qu’en 2010 que près de 100 maquettes sont proposées puis une sélection de vingt morceaux ».

Ce qui est certain, « c’est que d’avoir attendu tout ce temps pour sortir l’album l’a rendu plus mûr. Chacun s’est servi de ce qu’il a vécu à travers ses expériences, et cela s’est répercuté sur l’album » continue Atom.

Entre deux ou trois questions relatives à l’album, l’engouement autour du groupe a bien sûr été abordé, s’y attendaient-ils vraiment ? « C’est cool, bien sûr, mais il ne faut surtout pas se dire que c’est acquis ! En 2013, le spectacle doit évoluer, on mettra de nouvelles interactions vidéo pour rendre le concert encore plus vivant » ajoute 20syl. « Mais ça met un peu de pression aussi… (rires) pour Greem.

Dans une ambiance très décontractée, quelqu’un s’interroge sur les paroles exactes du refrain de Down The Road… Du gâteau pour Atom qui plaisante « on avait du yaourt dans la bouche, donc même nous, on ne sait pas trop ! » (rires). Avec une éternelle envie de savoir qui est le meilleur DJ des quatre, Greem ne peut s’empêcher de lancer un « vous verrez par vous-même tout à l’heure… il va y avoir du gros battle ! ». Une chose est sûre, on cherche encore la réponse…

Conclusion

Une grosse soirée, qui en annonce une nouvelle. Ce soir, Discordance repart à l’assaut de Marsatac. Au programme, Success, Von Pariahs, Jupiter, Total Warr, Kap Bambino, Para One, Woodkid, Dj Kentaro et Skream & SGT Pokes. Du son jusqu’à 3 h 40. La suite demain…

Galerie Photos

Crédits photo : Cédric Oberlin et Olivier Audouy

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: Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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