Raoul de James Thiérrée au Théâtre de la Ville

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Dans une échappée embuée de rêverie et de songe, au fond d'un monde peuplé d'imaginaire, James Thiérrée interpelle pendant le temps du rêve, le temps du spectacle, Raoul . Allégorie du double, Raoul n'est que James Thiérrée : son miroir, son seul compagnon.

arton1429Comment mieux commencer l’année en ce 4 janvier 2010 ? N’ayons pas peur de taquiner les mots, l’artiste James Thiérrée fascine et est impatiemment attendu, au détour de ses créations. Il a annoncé ce quatrième spectacle -un solo- après La Symphonie du hanneton, La Veillée des abysses et Au revoir parapluie comme la fin d’un cycle. Pour aller vers quoi ? Au spectateur de le découvrir. Mystère. Il imagine un scénario : « Raoul, roi déchu, vit retranché dans une tour qu’il a construite pour se protéger du monde et de ses démons. (.) Un beau jour pourtant, un visiteur se présente et vaillamment s’attaque à l’édifice ainsi qu’à son occupant. C’est Raoul lui-même, qui vient libérer sa propre personne ».

Les spectacles de James Thiérrée laissent au fond des pupilles des gens de la buée, du rêve, du rire, des sensations, de la vie. Inclassable, danseur, clown triste, mime, voltigeur, cet artiste est muet et met toute la grâce de son art, de son don, dans un visuel qui réchauffe le coeur. Raoul est seul, mais visité par d’étranges créatures gigantesques qui se jouent de lui ; un poisson rampant, un éléphant empreint de mélancolie tout en tissu blanc et froissé. Il rencontre son double qui l’attaque et le ramène à la vie en filigrane, tout au long du spectacle. Son corps alors bouge. Coincé dans sa tour, il parvient à s’en libérer pour disparaître en un final poignant de simplicité, sur fond noir, entouré d’un pâle et jaune halo de lumière, dans les hauteurs, quelque part où il connaîtra peut-être la liberté. James Thiérrée dit au revoir à quelque chose. Ce soir, il est seul sur scène. Et pourtant, il nous fait croire qu’il est deux, irremplaçable. Si James rencontre Raoul, ce n’est pourtant toujours que James . On s’y perd, et l’on aime cela. Une part de magie réside, et l’on ne veut pas que l’on nous dévoile la supercherie, même si son double salue au final et qu’elle est dévoilée.

On assiste aujourd’hui à ce grand exercice de virtuosité poétique, athlétique, physique, ce manifeste unique en son genre dont il faut bien l’avouer, on a du mal à parler en de justes termes. Allez le voir. C’est un don. Et les dons qui nous font rêver, pleurer, respirer, suffoquer, rire, vibrer, sont si rares. Le spleen nous prend à la sortie du spectacle, car l’on a compris à demi-mot que James-Raoul se rencontrait, rencontrait la mort, dans son extrême fragilité et fébrilité.

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A propos de l'auteur

Image de : Née en 1985, Marine vit à Paris. Après avoir pensé à devenir avocate, magistrat ou danseuse étoile, elle décide in fine de rester dans l'univers suranné des livres qui ont formé son imaginaire. Elle a longtemps pratiqué la danse contemporaine, avant de trouver sa place sur les sièges élimés des théâtres. Écriture, spectacle vivant, danse : voici les mots clés qui l'ont poussée à devenir chroniqueuse pour Discordance.

1 commentaire

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  1. 1
    le Dimanche 10 janvier 2010
    Lestat a écrit :

    Aarf ça donne envie, mais c’est fini depuis le 5 janvier :(

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