Rammstein à Arras – Ou comment je n’ai pas couché avec Till Lindemann…

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On a tous un côté groupie. Vous savez ce que c’est. Et si vous ne savez pas, c’est que vous mentez. Le degré de groupisme est certes variable selon les individus (tout le monde n’est pas prêt à tout pour coucher avec une rock-star, gober sa descendance et considérer les morpions qu’il nous lègue comme ses animaux de compagnie), mais la plupart aimeraient quand même bien inverser les rôles, arrêter deux minutes de contempler l’artiste pour qu’enfin lui nous voie.

En allant au Main Square Festival d’Arras, ce dimanche 4 juillet, c’est précisément ce que j’avais en tête. Quelques jours auparavant, j’hésitais encore, mais un fait divers matérialisé sous mes yeux sous la forme d’une Yahoo News avait fini par me décider : une gamine pleine d’audace était parvenue à se hisser sur scène pour chanter avec Green Day, son groupe préféré. Dans mon esprit, ça s’est imposé d’un coup d’un seul, c’était comme à l’école : je pouvais mieux faire.

J’avais tout planifié.

Tapé sur google « Rammstein + backstage », « Rammstein + aftershow », atterri sur des forums dont les membres démontraient par A+B que Till Lindemann n’était pas réticent à se taper des jeunettes, lu d’un œil amusé les répliques dégoulinantes de jalousie des membres susmentionnés (« Honteux, des rock stars qui se tapent des fans ! » « Feraient bien mieux de rentrer à l’hôtel et de boire une tisane ! » « Moi, même si j’attends depuis 5h du matin devant la salle du concert, je préfère ne pas y aller dans ces conditions, et ça n’a rien à voir avec le fait que je n’ai jamais eu de pass ! ») et conclu que j’avais toutes mes chances.

Je n’étais, malgré tout, qu’à moitié satisfaite, car je ne suis pas du genre à me contenter d’un aftershow. Ich brauche mehr et ich habe keine Lust mit ces grosse Tieren de fans zu kämpfen.
Il fallait que je marque les esprits.
Il fallait que tout, dans mon attitude, hurle à chacun des membres de Rammstein : « Ich will dass ihr mich gut seht, les mecs. »
C’est animée de fermes et bonnes intentions que j’avais élaboré mon plan d’attaque, duquel découlait mon scénario idéal.

** Plan Bradwurst in mein Sauerkraut **
Avec et par : Alex

Postulat de départ : Till Lindemann aime les hérons (source : http://affenknecht.com/main.php?sekce=till-lindemann&l=fr)

En trois jours, c’était faisable.
J’ai posé des RTTs pour rester chez moi, planquée à ma fenêtre, armée d’une carabine à air comprimé, pour sniper un maximum de pigeons.
Je n’avais aucun scrupule parce que d’une, je n’aime pas les bêtes et deux, c’était nécessaire. Je ne suis pas de celles qui ont passé l’âge de tuer des oiseaux pour coucher avec une rockstar, et non, nous n’avons pas les mêmes valeurs.
Après avoir ramassé les cadavres des volatiles, je les ai plumés avec amour (amour) et ai cousu les plumes tant bien que mal pour me confectionner un beau costume de héron.
J’ai également arraché plusieurs becs aux pigeons morts pour les fixer ensemble à la glu et coller l’embout sur une casquette au préalable recouverte de plumes pour me faire une tête assortie au reste du corps. Très satisfaite du résultat, malgré mes doigts en sang et les alertes des voisins à la SPA, j’imaginai la concrétisation de mon plan lors du concert à venir.
Je resterais bien sagement dans la fosse, profitant du concert en prenant soin de mes plumes, et lorsque j’entendrais retentir les premières notes de Sonne, je slammerais jusqu’à la scène, de manière à surgir face à Till au moment où celui-ci s’époumonerait : « Hier kommt die Sonne ! ».

Là, conquis par mon inventivité et se sentant déborder d’affection, car je lui rappellerais ses doux animaux, il me murmurerait : « Mein Herz brennt. » – ce à quoi je répondrais « Spiel mit mir ! » d’un ton enjoué. Considérant d’un œil lubrique son anatomie, il scanderait alors : « Das ist dein Teil », et la tournure des événements se verrait chamboulée par le « Nein ! » désespéré de Schneider à la batterie qui, étant tombé éperdument amoureux de moi dès qu’il m’aurait vue me hisser au-dessus de la foule, n’aurait pu supporter de voir Till seul profiter de mes charmes et de mes plumes. Il aurait ainsi fait sa tête de quand-il-est-filmé (et qu’il fait dans tous les clips, particulièrement dans Pussy – vous savez, ce mélange de timidité et d’envie absolument irrésistible) et magnanime, je lui aurais fait signe de se joindre à nous pour que nous nous unissions tous trois sur scène alors que les autres auraient joué Laichzeit avec joie et bonne humeur, sous les acclamations de la foule en délire.

C’était parfait. Peut-être un peu trop.

Dans le train, un quadragénaire à la dégaine suspecte se chargea de me faire revenir à la réalité en s’asseyant à mes côtés et en passant le trajet à me murmurer : « Je suis un braconnier, je suis un braconnier ! » – mais je tins bon.
Je tins bon pendant le concert soporifique des Stéréophonics, je tins bon en shakant des plumes sur Pink, je tins bon pendant des heures, sans boire, sans manger, sans pisser, juste pour rester au premier rang et parvenir à me hisser plus facilement sur scène (j’avais en effet compris, aux regards amusés et/ou furieux des festivaliers, qu’ils ne m’aideraient point).
Vingt-deux heures. Le supplice Pink était terminé. Nous y étions presque. J’y étais presque.

Un hurlement hystérique échappa à mes lèvres lorsque j’entendis Rammlied et que je vis apparaître sur la scène, après en avoir défoncé une paroi à coups de pioche, Olli d’un côté, Richard de l’autre et au milieu, là, devant moi, bientôt prêt à me rencontrer de la manière la plus percutante possible : Till, le Till, mon Till.

Till, ça faisait 10 ans que j’en rêvais chaque nuit. D’ailleurs, mon premier petit copain, au lieu de l’appeler « Chéri », « Mon amour », ou encore « Glandu », je le surnommais « Till ». De même que mon chat et mon poisson rouge. Ma chambre était tapissée de posters de Till, j’avais mis le feu au lycée en hommage à lui, et plus récemment, en posant mes étagères, je m’étais surprise à rêver que Till frappe à ma porte et les soulève à la simple force de sa Teil.

Hystérique, au comble de l’apogée de ma joie, je n’avais de cesse de hurler son prénom tandis qu’il frappait des poings sur ses cuisses massives en hurlant des saloperies dans son micro.
« Vas-y, Till, bückstabe-moi ! » Criais-je en écho.

Par chance, Sonne étant l’une des dernières chansons de la set-list, je pus profiter de tout le concert.
Je me laissai consumer au rythme de l’entraînant Feuer Frei ! qui fit vrombir les maisons des riverains jusque dans leurs fondations et qui mit toute la fosse d’accord.
Je versai une larme lorsque Till, agenouillé, se releva pour entonner le refrain de « Frühling in Paris » et me fis à ce moment-là le serment de ne rien regretter, moi non plus.

Du punch après le sentimentalisme : Ich tu dir Weh et ses scènes d’amour à la American Psycho succédèrent à l’hommage à la France, puis Liebe ist für alle da, en dernier volet de cette trilogie consacrée à l’amour.
Je sautai sur place en scandant Links 2, 3, 4, puis aidai Flake à manœuvrer son bateau au-dessus de la fosse, comme tout le public, absolument extatique. C’est toutefois vers Till que je me tournai tandis qu’il nous expliquait, via Haifisch, la raison pour laquelle la mer est salée, et je lui fis un clin d’œil amical qu’il ignora totalement.
Il ne perdait rien pour attendre ! Déchaînée sur Pussy, je repris mon souffle en contemplant, impressionnée, les performances pyrotechniques sur Benzin et puis… Soudain… Tout à coup… Sonne.

Ein.
Les mains fermement nouées autour de la barrière de sécurité.
Zwei.
Légère impulsion dans les talons.
Drei.
On se calme, on canalise l’énergie, on inspire.
Vier.
Je m’élance et bondis par dessus la barrière de sécurité.
Sechs.
Les vigiles accourent, oui, mais l’adrénaline est la plus forte et plus rien ne peut m’arrêter maintenant.
Sieben.
Till ne m’a encore pas vue, mais j’ai déjà pris appui sur la scène, juste à ses pieds.
Acht.
Une main, deux mains, une cheville, je me balance en avant et…
Neun.
… J’y suis ! Face à lui ! Till ! Enfin, nous sommes réunis !
Aus.

_ «  Ach ! Zaloperie de beztiole qui envahit ma propriété !
_ «  Till ! Till, c’est moi ! Youhou !
_ «  Che détesteu les putains deu hérons de merde !
_ «  Hé, hé Till, vas-y on fait un duo ! Viens on dirait que tu serais Armin Meiwes, et moi l’autre mec, là, que je retiens jamais son nom et on chanterait…
_ «  Zaloperie de héron qui me pourrit mon zpectacle ! Flake, donne moi le lance-flammes !
_ «  Oui, tiens Till, mais pas encore sur moi s’il te plaît !
_ «  Tais-toi et bück dich, che n’en ai pas fini avec toi, mais pour l’instant, che vais m’occuper de l’oiseau ! Feuer Frei ! »

Ensuite, je ne me souviens plus que d’une sensation extrêmement chaude, insupportable, et puis plus rien. Je me suis réveillée ici, à l’hôpital d’Arras, d’où je tape ces quelques lignes pour raconter mon histoire.
Vous pensez sans doute que je suis effondrée, à la limite de la catatonie, que je souffre mille maux tant physiquement que psychologiquement, mais vous auriez tort.

Je sais que Till se souviendra de moi, aussi longtemps qu’il vivra.

Et preuve en est le requin en peluche que j’ai trouvé sur mon oreiller, avec une dédicace : « Ch’ai déconné avec le Feuer, mais faut me comprendre, che détezte zes beztioles ! Voizi un Haifisch pour me faire pardonner. Viele Grüsse, Till Lindemann. »

C’est, sans conteste, la plus belle chose qu’on ne m’écrira jamais.

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Site officiel : http://www.rammstein.de/

A propos de l'auteur

Image de : Enfermée à l’extérieur sur le balcon de la Tour Sombre, Alex trouve parfois le courage de s’arracher à l’emprise du Crimson King. Elle ajuste alors sa longue vue et observe d’un air narquois le spectacle du rock, du cinéma et de la littérature qui déclinent. Il lui arrive quelquefois d’être agréablement surprise, mais c’est rare tant elle est consubstantiellement cynique. Son premier roman, Unplugged, est paru en 2009, puis un second en 2010, intitulé Omega et les animaux mécaniques, inspiré par l'album Mechanical Animals de Marilyn Manson.

12 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 7 juillet 2010
    juliette a écrit :

    C’était donc toi alors qu’on a vu sur la scène avec une capuche ?? Till jouait avec ses flammes au même moment donc il a envoyé la flamme sur toi sans faire exprès … Ca alors … Et il s’est excusé donc ? !

  2. 2
    le Jeudi 8 juillet 2010
    Vinciane a écrit :

    euh la personne qui prend feu sur scene c’était un peu fait expres mdr
    Ca fait partie du scénario sinon crois moi on l’aurai entendu hurler et le concert aurai été annulé
    Pas mal ton histoire, tu as de l’imagination

  3. 3
    le Vendredi 9 juillet 2010
    Alex a écrit :

    Merci Vinciane ! :-D
    Et je partage ta mort-de-riritude par rapport au premier commentaire.
    (Non mais en vrai, c’est second degré ce commz ou… ? Parce qu’après des réputations déformées comme celle de Manson, quasi plus rien ne m’étonne à ce niveau là. Mais bon, quand même !)

  4. 4
    le Jeudi 15 juillet 2010
    Julie a écrit :

    Je ne vais pas être super inventive, et donc reprendre le début du premier commentaire… « C’était donc toi » le grand piaf qui nous gâchait la vue et qui a ôôôsé s’accaparer Till pendant 3 secondes?? :) En tout cas bravo pour ton article et ses maintes petites remarques piquantes, drôles et ma foi fort bien écrites. Et puis ça remet dans l’esprit de tout le monde la dangerosité d’un postulat de départ erroné.. (ps:et aussi congratulations pour ton roman)

  5. 5
    le Mardi 10 août 2010
    amélie a écrit :

    C’est vrai que c’est bien écrit : drôle et ahurissant à la fois mais dommage qu’il y ait eu des petites erreurs de scénario (notamment dans la setlist jouée à Arras), sinon, on aurait presque pu y croire!

  6. 6
    Pascal
    le Mardi 10 août 2010
    Pascal a écrit :

    Hello Amélie,

    C’est plus très évident à présent, mais à la base le « live report » a été publié AVANT le concert d’Arras. Une façon aussi de fustiger l’espèce de course à la vitesse que se livrent certains sites pour être les « premiers » à publier leur live report….

    Si tu veux la « vraie » chronique d’Alex, c’est ici que ça se passe :)
    http://www.discordance.fr/rammstein-a-arras-memoire-dun-4-juillet-17509

  7. 7
    le Mardi 10 août 2010
    Alex a écrit :

    Sinon, ce que je fais, c’est que j’écris une fan-fiction très bien sur Rammstein, aussi, sur mon blog.

  8. 8
    le Lundi 20 septembre 2010
    MISSCOQUINE6 a écrit :

    J*AI BAISER AVEC TILL EN JUILLET.!!! DESTINY!!JUST FOR ME!!! TILL SE RAPPELERA ASSURÉMENT DE MOI -4EVER!!- HYPNOTISÉE DEPUIS.!!LA + BELLE NUIT DE TOUTE MA VIE.!!!! EN PASSANT JAI 29ANS!!! FROM MONTRÉAL.!!

  9. 9
    le Mercredi 27 octobre 2010
    françois a écrit :

    Moi personnellement j’ai trouvé ça plutot marrant de voir quelqu’un d’enflammer ça mets toujours un peu plus de fun et pis bon tout comme moi vous connaisser bien RAMMSTEIN si il n’y a pas de feu dans leur concert se n’est pas normal donc voilà

  10. 10
    le Jeudi 28 octobre 2010
    Lorelei a écrit :

    .Quand j’ai vu dans google ton titre associé à « postulat numéro 1, Till aime les hérons », je me suis dit oulaaaaaaaa ca semble marrant. Je ne me suis pas trompée (cool !).

    Cela dit, heureusement qu’il aime les hérons et pas les ornithorynques ca aurait été vachement plus chiant comme costume.

  11. 11
    le Jeudi 28 octobre 2010
    Lorelei a écrit :

    (sinon je prend note, pour la prochaine fois : ne pas se déguiser en héron, ca fonctionne pas. Je pense qu’en poupée vu les derniers concerts c’est pas un bon plan non plus, même si vu Messer, il seble aimer les mannequins plastiques!).

  12. 12
    le Mercredi 26 juin 2013
    Margot a écrit :

    C’est pas un mauvais plan…rien que pour dire bonjour à Till, je serais prête à défoncer quelques pigeons…piiigeon piigeon!!!! Ou alors je pourrais juste attendre de le rencontrer au backstage des Vielles Charrues ^^

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