Radio Moscow + Dirty Deep | La Citrouille | Saint-Brieuc | 09.02.2013

par leni|
À la Citrouille on ne change pas ses habitudes, on invite des artistes peu connus, mais reconnus qui ont fait le choix de produire de la musique qu’il est difficile de rencontrer de nos jours. En ce samedi ce sont les américains de Radio Moscow et l’alsacien Dirty Deep qui nous ont fait voyager dans le temps.

Dirty Deep

L’acte Ier de retour vers le futur nous amène droit dans les années 60, quelque part à la Nouvelle-Orléans où le blues est roi. Pour ce voyage la Delorean est restée au garage et c’est muni d’un harmonica, de guitare et d’une batterie au pied que Dirty Deep nous entraine. L’alsacien se prend tellement au jeu qu’il en perd son français et ne s’exprime qu’en anglais (il lâche tout de même un « Yer Mat » en buvant une goulée de bière).

Avec sa demi-caisse électrique, il envoie des slides au son un peu crade ce qui donne de la profondeur à la musique du One Man Band qui ne laisse aucune place au vide. Sa voix rauque et abimée est poussée au maximum ce qui entraîne tout le monde dans son atmosphère roots. Le public réceptif tape du talon en rythme et se met même à « guincher » lorsqu’il entame un boogie rock.

Malgré ce voyage dans le temps, ce concert sonne comme un vent de fraîcheur sur ce filon blues jouissif très peu exploité aujourd’hui. Même si ses références se rapprochent plus de John Lee Hooker ou de Sunny Boy Williamson II, ce qu’il dégage se rapproche d’un Seasick Steve, d’un Joe Bonamassa ou encore d’un George Throrogood. Ce qui le relie à ses maîtres est sa performance rythmique impressionnante.
Le métronome alsacien quitte la salle comme il est venu, en anglais : « Drink beers tonight ! »

En attendant Radio Moscow, il nous est servi le rock New Wave un peu périmé, légèrement lourd et difficile à digérer des Rennais de Head On. Le chant est un brin gueulard et sans puissance et le manque de simplicité du groupe pousse une bonne partie de la foule à rejoindre le bar.

L’acte II de retour vers le futur nous conduit droit dans les années 70, à une époque où le rock, le pur, le dur était sur le devant de la scène. Le doc, cette fois-ci se nomme Parker Griggs, leader des Radio Moscow.

Radio Moscow

Les jeunes chevelus ont tracé la route depuis les États-Unis (emportant les lignes blanches avec eux) pour rejoindre le public impatient de Saint-Brieuc. Et les Américains ne se font pas attendre, ils tapent dans la couenne d’entrée avec un Brain Cycles qui scotche tous ceux qui les découvrent en ce samedi soir. Le rythme est divinement diabolique, le son est purement psychédélique et le tout est accompagné par un fond fait de colorants, d’auges, de rétroprojecteurs, coordonnés par un manitou qui fait s’accoupler ces cellules savoureuses.

Parker Griggs et son batteur sont deux véritables monstres au jeu aussi vif qu’une pervenche voyant une R5 en double file. Mais cette vitesse n’est en rien de la démonstration, le seul but est la musique, d’ailleurs aucun membre du groupe ne se met en avant (alors que pour le coup il y avait matière). Zach Anderson est omniprésent et fait parfaitement le lien entre les deux phénomènes, avec sa basse sobre et efficace. Ce dernier comble totalement le trou qu’aurait pu laisser la guitare uniquement solo.

Le public vit pleinement le moment et se met à hurler lorsqu’un solo décolle jusqu’à atteindre la stratosphère hendrixienne que peu ont visitée. Tout le monde est forcé de marquer le tempo (parfois de façon très personnelle) tant on est transpercé par la puissance de cette magie.

Impossible de savoir si Griggs chante correctement étant donné qu’il le fait peu et qu’on n’y prête à peine une demi-oreille, le reste étant concentré sur les envolées transcendantes à la manière de Rory Gallagher ou de Ritchie Blackmore.

Le groupe ne fait pas de pause, chargé aux vitamines, aux produits du terroir et autres potions magiques, tout se fait à une vitesse insensée et avec une précision hallucinante. Le seul moment de répit du concert est provoqué par le batteur qui doit remettre son instrument en place alors que son visage traduit sa pensée : « Ha merde j’ai tapé trop fort, j’ai encore tout cassé ! ».

Radio Moscow achève définitivement ses disciples avec leur fameux Lucky Dutch, le gimmick subtilement violent passe de la basse à la guitare et inversement tandis que l’envenimé leader montre un peu plus sa voix avant d’entamer un solo qui arrive à être plus stupéfiant que les précédents.

Après avoir lancé leur matériel et lâché un bref « goodbye », le trio quitte la scène pour ne plus revenir. Cela laisse le public un peu sur sa faim, tous s’attendaient à un rappel avec le merveilleux 250 Miles dès qu’ils auraient retrouvé de l’énergie à coup de multivitaminé riche en sucre. Au fond, peu importe, ce fut un grand moment, tout amoureux du rock authentique se doit de vivre un moment comme celui-là ! Les Radio Moscow méritent sans aucun doute d’atteindre la même reconnaissance que leurs mythiques producteurs : The Black Keys.

Crédits photo : Anthony Leforestier

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4 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 17 février 2013
    Nico a écrit :

    Le bassiste n’est plus Zack Anderson, mais Billy Ellsworth depuis la « mésentente » plutôt violente entre lui, Parker et Cory Jack Berry son demi-frère.

  2. 2
    leni
    le Lundi 18 février 2013
    Léni a écrit :

    Oui j’ai appris ça mais une fois que l’article étai envoyé… Désolé pour l’erreur et merci pour la correction.

  3. 3
    le Mardi 19 février 2013
    JP a écrit :

    Il est clair que l’opinion émise ici à propos de la prestation de Head On n’engage que l’auteur de cet article… pour ma part j’ai carrément adoré leur concert, et je n’ai pas constaté la désaffection d’une ‘bonne partie de la foule’ vers le bar à l’occasion du leur set, en tout cas pas plus que pendant celui de Dirty Deep ou de Radio Moscow… j’irais même jusqu’à dire que, depuis mon point de vue (je faisais des allers-retours réguliers entre le bar et la salle), les premiers rangs du public étaient plus animés devant Head On que devant Radio Moscow. N’étant pas très calé en new wave, je suis d’accord pour considérer qu’il s’agit là d’un genre ‘périmé’, mais de là à écrire que Head On fait du rock new wave, ça me dépasse un peu… perso j’ai d’autant mieux digéré la série de bourres-pif soniques que le groupe a envoyé ce soir-là qu’à mon sens, sur scène on pouvait voir des types qui prenaient du plaisir à jouer ensemble sans inscrire leur musique dans un style particulier. Tandis que pour ce qui est de Radio Moscow, passés les 3 ou 4 – impressionnants – premiers morceaux, leur inspiration 70′s (mais pas surannée…), leur côté virtuose (pour ne pas dire démonstratif), le tout dépourvu de la moindre complicité entre les zicos (comme le dit Nico, le renvoi du line-up original est significatif et révélateur de la manière dont fonctionne le ‘groupe’), tout ça a fini par me gonfler (pareil sur album : les premiers sont excellents, les derniers sont techniques, chiants). De toute façon ces groupes ne jouent pas dans la même cour, puis, les goûts et les couleurs…

  4. 4
    leni
    le Mercredi 20 février 2013
    Léni a écrit :

    Evidemment que cela n’est que mon avis personnel et je pense qu’il en est de même pour toutes les critiques de quoique ce soit, j’ai simplement voulu retranscrire mon ressenti du moment, si tu as aimé Head On je t’encourage vivement d’aller les voir de nouveau et de prendre ton pied! Je suis désolé si j’ai été un peu brut dans ce que j’ai écrit, cela n’était pas le but recherché j’ai simplement donné mon avis (que j’assume totalement) après chacun sa vision des choses… Sur ceux bons concerts à la Citrouille et je crois que tu me rejoindras sur le fait que cette salle est absolument géniale!

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