Rachel se marie

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On a tous connu ces réunions de famille interminables lors d'occasions à célébrer : mariages, baptêmes et j'en passe, où se multiplient les discours larmoyants, les anecdotes croustillantes qui font vaguement sourire, et le neveu de machin qui profite de l'occasion pour montrer ses progrès au saxophone. Ces réunions, sur le moment, mêlent joie et agacement, parce qu'il faut toujours qu'il y ait l'apprenti caméraman qui capture le moindre de vos mouvements. Ce film-là, mal cadré et sans fin, on se retrouve toujours forcé à le regarder quelques années après, assistant à ces souvenirs, d'abord agacé, puis un sourire en coin, et finalement avec une larme à l'oeil. Rachel se marie, c'est précisément ce film-là : un bout du passé qui nous revient de plein fouet, sans coupures.

rachel_logo_image02Kym ( Anne Hathaway ) sort de cure de désintoxication l’espace d’un week-end pour assister au mariage de sa soeur, Rachel. Accueillie avec un certain recul, Kym dérange. Sa présence fait ressurgir du placard les vieux démons qui hantent la famille et force à regarder en face des vérités qu’on aurait préféré garder pour soi. Sur fond de préparatifs de mariage, on assiste à un drame familial vibrant de vérité. À croire que les conflits familiaux sont l’apanage de la famille Lumet, puisque Jenny, scénariste de Rachel se marie, a pour père le grand Sydney dont on n’oubliera pas les frères de 7h58, ce samedi-là de si tôt.

Un réalisme poignant

Tourné exclusivement caméra à l’épaule, parfois alterné par des séquences de caméras amateurs, le film surprend par son réalisme et sa justesse. Il donne l’impression qu’on a filmé les acteurs pendant les répétitions et non lors d’un tournage : les interminables speeches lors du repas de mariage sont filmés en entier, ou encore les joyeusetés familiales comme le concours de celui qui remplira le plus vite le lave-vaisselle ! Loin d’être gênante, cette proximité amplifie le sentiment de compassion. D’autant que, avec ses problèmes et ses secrets, forcée de se retrouver pour un événement où tout le monde se doit d’être joyeux, cette famille est un peu celle de tout le monde.

Le réalisme est accentué par une expérimentation qui porte ses fruits : la musique comme fond sonore et non en surimpression. La B.O. du film, ce sont les musiciens qui répètent pour le mariage en question, à tout moment. Cette imprégnation de la musique par les images propose à nos oreilles une comptine douce qui s’insère remarquablement bien dans le film. D’ailleurs, quand celle-ci est interrompue par Kym, dans un accès de colère (« Are they gonna play all evening ?!? »), le silence en devient étouffant.

Des valeurs familiales brouillées

rachel_logo_imageAucun parti pris ne voile le jugement de ce film : ceux qui, comme moi, s’attendaient en voyant la bande-annonce à un énième nanar où une adolescente à problèmes s’égosille « personne ne me comprend », vont être surpris ! Exubérante, constamment en train de ramener l’attention sur elle, puis se plaignant de ce trop-plein de projecteurs, Kym énerve, et c’est ce faisant qu’on accède à toute sa fragilité. Elle est un peu le garçon qui crie au loup. D’un autre côté, Rachel semble l’enfant parfaite, qu’on s’étonne de voir reprocher autant de choses à sa soeur. On est indigné de la façon dont elle la traite, au début, et finalement, en demi-teinte, on la comprend peu à peu. Une mère à moitié absente, un père omniprésent. Les valeurs familiales sont complètement chamboulées à tel point qu’on ne discerne plus le bien du mal tout bonnement, car la réalité n’est pas manichéenne: le petit frère, Ethan, est la pierre manquante de l’édifice qui le rend bancal. Le film se tisse plus autour de cette absence que les êtres essayent de combler qu’autour du mariage, lui-même prétexte à l’oubli des tristesses.

Vision en creux d’une société en phase de guérison

Au-delà du nucleus familial se dessine en creux une société qui, peu à peu retrouve ses repères après les années Bush. Déjà, le couple Sydney, un noir du Sud des États-Unis et de Rachel, blanche juive, qui vont s’installer à Hawaï, indique une réconciliation historique, qui n’est pas sans rappeler l’héritage du Président Obama lui-même. Une nouvelle vie s’annonce. On cherche aussi à se remémorer ceux qu’il ne faut pas oublier : le cousin de Sydney, soldat revenu d’Irak en permission exceptionnelle pour le mariage, ne cesse de répéter son désir de rester sur le sol américain définitivement. Enfin, le personnage principal du film, Kym, clean depuis 9 mois, dévoile le sentiment religieux si américain revisité au goût du jour car tiraillé entre le besoin d’un Dieu qui pardonne, et le dégoût d’un Dieu qui puisse pardonner de trop grands écarts. De quoi laisser un goût amer dans la bouche.

Film qui sonne vrai, Rachel se marie est vraiment poignant du début à la fin. Un regret, par contre : Anne Hathaway aurait vraiment dû l’avoir, cet Oscar de la meilleure actrice !

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En savoir +

Rachel se marie ( Rachel getting married ), Jonathan Demme,
1h53,
dans les salles depuis le 15 avril 2009.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=130131.html‘>Fiche AlloCiné
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18878826&cfilm=130131.html‘>Bande Annonce

A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

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