Puppetmastaz – Revolve and Step Up !

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C'est à se demander si la reformation des Puppetmastaz ne faisait pas partie, à l'origine, de leur plan diabolique : deux ans après s'être séparées, voilà que les marionnettes berlinoises font de nouveau des siennes. Mieux, elles repartent à l'assaut du monde des humains avec un cinquième album dans leurs bagages, Revolve and Step Up !. Alors, retour gagnant ou crash en plein vol ?

Avant de partir sur la lune, la PuppetRevolution passe par Facebook

Après avoir secoué le hip-hop européen entre 2003 et 2008 (juste le temps de sortir trois excellents albums Creature Funk, Creature Shock Radio et The Takeover), inutile de rappeler que les Puppet’ sont brutalement tombées de leur piédestal en 2009 avec la sortie, trop hâtive, de The Break Up qui marquait, aussi, la fin du crew. Cruelle désillusion pour un collectif qui, au fil des albums, s’était littéralement forgé une réputation solide auprès d’un public conquis : quand Gorillaz a ses dessins animés ou quand Slipknot a ses masques, les Puppetmastaz ont toujours revendiqué leurs attaches aux arts de rue, au cirque mais aussi à la culture urbaine. Le gang des marionnettes était bien plus qu’un simple crew : loin des stéréotypes du hip-hop, ils le façonnaient à son image pour mieux pouvoir le dominer. Franchement ludique et innovante, la révolution tant espérée des Puppet’ n’eut finalement pas lieu. Un clash, une rupture, des tensions, une grosse claque qui sonnait comme un glas.

Pourtant, l’excitation a parcouru un bon nombre de fans lorsque, à l’automne dernier, l’incroyable rumeur se propageait sur la toile : Snuggles, le lapin du crew, faisait de drôles de confidences à son psy Ziggy : « je veux être important à nouveau, j’ai l’impression d’être un petit lapin enfermé dans son terrier, sans rien à faire » pour finalement concéder : « s’il y avait 33 333 fans Facebook, je reformerais le groupe Puppetmastaz avec tous les autres ! ». Si au fond c’était un faux suspense (les dates pleuvaient déjà un peu partout en France et en Allemagne), les Puppetmastaz repartaient bien sur les routes !

« Revolve and Step Up ! », le retour dans le monde des humains

Avec Revolve and Step Up !, les Puppet’ cherchent avant tout à démontrer, qu’à l’instar des humains, ils ont été plus forts que les tensions ou querelles précédemment rencontrées. Après les divergences musicales de The Break Up, les Puppet’ reprennent une recette traditionnelle avec 25 pistes, entrecoupées de nombreux skits. Et comme à son habitude, c’est une histoire bien ficelée qui berce l’auditoire : après le coup d’État manqué des marionnettes, les Puppet’ ont explosé. Pour repartir à l’aventure, il fallait être au complet. Pourtant Frogga manquait toujours à l’appel, ce dernier étant parti s’installer sur la lune. Leur mission ? Retrouver Frogga et le ramener sur Terre. L’album raconte ainsi tous les périples du crew dans l’espace. Barré, non ?

La PuppetRevolution toujours en ligne de mire, les marionnettes se sont chargées de prendre le contrôle du vaisseau : le ton s’est durci, le rythme s’est accéléré. D’entrée Full Bashment reprend les influences ragga développées sur The Break Up dans le chant tandis que le beat martèle la compo. Dans l’espace, les Puppet’ se sont forgées un futur bien plus électronique qu’auparavant. Fresh Day par exemple, fracasse : le couplage flow hip-hop dévastateur et dubstep donne déjà de la hauteur à l’album.

Si l’opus sent la superproduction, on ne peut pas nier que la bande à Mr Maloke n’a pas cherché à varier ses sonorités : sur Entertainers, Maloke pensait que « les marionnettes avaient plus d’influence que ça sur les humains », et même avec un track très électro rock, il garde un goût amer des années écoulées… Et à force de ruminer, des Puppet’ se confessent : sur Turnit Into Gold, Swingboot ou Encore, l’intensité baisse nettement d’un cran pour laisser conter aux marionnettes leurs multiples embuches.

Revitalisées et convaincues « qu’elles ont peut-être vu trop grand dans leur conquête du monde des humains », les Puppet’ se sont mis en tête d’en convertir le plus possible sans être omnibulées par la notion de « contrôle » : les idées par la fête, Dschinni of Glas endosse un costume pop avant que Drip Drip Drown s’accorde des allures dancehall. Si ces précédents morceaux sont plus chantés que rappés, quelques pépites hip-hop/électro ne tardent pas à dévoiler leurs silhouettes : Mastaz of Ceremony fait mouche avec un Snuggles en pleine effervescence, Crystal Castle (toujours très rock) est une machine sombre, froide et assourdissante…

D’ailleurs, si cette première partie de cd a peut-être manqué un minimum d’équilibre dans un souci d’innovation sonore, la seconde moitié est bien plus familière : le côté hip-hop festif et ludique si attachant des Puppet’ refait enfin surface. Innerself Respect est incontestablement un des hits de ce skeud : petit bijou électronique, la réplique est parfaitement rendue sur fond raggamuffin. L’apport du synthé est aussi du plus bel effet. Sur Plus Ultra Revolution, les sitars envahissent les samples (probable héritage de la récente expérience de Snuggles en Inde durant le break des Puppet). Le concept poussé à l’extrême, les tendances rap west coast ressortent sur l’excellent Mr Doubt, sur beat ravageur et harmonica, et From Roof to Roof, irrésistiblement jumpant.

Lucides du monde qui les entourent en 2012, les Puppetmastaz sont revenues au top de leur forme. Dans l’esprit, rien n’a changé. Les skits sont toujours aussi déjantés et les marionnettes ont un message à faire passer… Musicalement, les Puppet’ ont gagné en intensité pour pousser un peu plus loin le vice électronique marquant ainsi une nette rupture avec leurs débuts. Au final, plusieurs brûlots se détachent et le groupe revient aux fondamentaux du hip-hop avec Mastaz of Ceremony, Crystal Castle, Innerself Respect, Full Bashment, Mr Doubt. Dommage que des pistes soient un peu trop parlées comme Turnit Into Gold, Swingboot, Encore, cassant ainsi le rythme et atténuant, paradoxalement, l’étiquette hip-hop des Puppet’.

En bref, Revolve and Step Up ! surclasse The Break Up, semble même au niveau de The Takeover…  mais n’atteint pas les sommets de Creature Funk et Creature Shock Radio par le sérieux affiché. La certitude ? Il est taillé pour le live. Et la PuppetRevolution, elle, est relancée.

Clip Innerself Respect Puppetmastaz (2012) :

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Puppetmastaz, Revolve and Step Up !, 25 titres, 66 minutes, dans les bacs depuis le 26 mars 2012.

Site Officiel : http://www.puppetmastaz.com/

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 17 avril 2012
    Quentin R a écrit :

    Bonjour,
    Très bon article, je suis ce groupe depuis des années, et je suis entièrement d’accord sur la hierarchie des albums.
    J’étais très déçu par The Takover, déjà par la qualité et aussi par le fait que le groupe stoppe.
    Mais voilà un nouvel album; la reprise, génial. C’est vraiment un groupe a part, qui change des standards et qui fait découvrir de nouvelles choses avec des sons « inattendus ».
    Je pense que les voir en live est encore autre chose, à noter qu’ils seront au Festineuch’ à Neuchatel en Juin, à ne pas rater!

  2. 2
    Dimitri L
    le Mardi 17 avril 2012
    Dimitri a écrit :

    Merci de ton retour Quentin… C’est en effet ce qui me semble le plus cohérent. Reste dans le coin, nous allons faire un live report des Puppetmastaz suite à leur passage à Marseille samedi prochain.

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