Projection d’une Révolution

par Elodie|
Un groupuscule d’humanoïdes s’accumule à l’angle de la rue Planchat, dans le 20e arrondissement parisien, en ce dimanche 15 février. Un chapeau vert foncé domine l’assemblée. Gigotant de gauche à droite, le Borsalino entend faire campagne. Anti-nucléaire, anti-capitaliste, anti-consommation et à tendance anarchiste, le bobo rameute sa bande à l’intérieur de son antre. Une vingtaine de personnes s’agglutine aisément dans le French K.WA. Tout projecteur dehors et paré au rush pression, le café les attendait. Ces agitateurs libertaires.

kwa-copieRéquisitionnés pour prendre la parole, les militants ne se sont pas faits priés. « Faire court et pas chiant », tel est le mot d’ordre de l’équipe. Un cadre englobe le tout, comme un couvercle sur une cocotte minute. Les Cafés Citoyens donnent pour la quatrième fois ce soir, la parole à ceux qui n’ont que l’Internet pour s’exprimer. Le nouveau concept fait des émules dans les quartiers parisiens. « Le Lou Pascalou, Le Café de Paris organisent aussi des diffusions sur écran de courts métrages produits hors des circuits traditionnels et de microfilms postés sur le Net », informe l’une des organisatrices. Mais à la différence d’une diffusion banale de courts métrages amateurs, ici, l’on ne vient pas que pour voir les films des copains.

Invités à disposer des bancs en bois façon bonne franquette, les spectateurs s’installent nonchalamment. Jeunes, vieux, avertis et novices prennent place. Intervention théâtrale de l’organisatrice montée sur une table, et la projection commence. Sarkozy, Poutine, Coca Cola, le capitalisme, la gauche extrémiste, Big Brother, les machos. Tout y passe, sur un double fond musical, celui des films et celui du café. L’eau qui bout, la fillette qui sirote bruyamment son diabolo menthe à la paille, les rires, les commentaires de certains. L’île aux fleurs (1989) est sans doute l’un des plus marquants. Néanmoins, une chose est sûre, nous ne sommes pas au cinéma. Les films sont intéressants bien sûr, mais ils nourrissent une aspiration bien plus large que celle du partage d’un genre hybride du 7ème art. Le lien social.

« Au lieu d’être planqué, chacun derrière son PC, on se retrouve, c’est sympa ! », s’exclame une des adeptes, un verre de vin à la main. Vacillant, de connaissance en connaissance, le petit rouge vient à rencontrer le Fedora vert, en plein débat. Charly Dupuis n’est pas seulement là pour faire des rencontres ou voir des amis. Il entretient une ambition. « Ne pas se servir de cette liberté serait une bêtise », confit-il. Le journaliste réalisateur de courts métrages d’une cinquantaine d’années aux allures de créature de dessin animé prend conscience des bouleversements actuels.

« La situation montre une scission entre ceux qui se battent pour conserver ce qu’ils ont déjà et ceux qui voient en Internet un nouveau droit ». Revendicatif et accusateur, l’initiateur de Truc à Dire , association créatrice de courts métrages indépendants, s’imprègne du contexte de la crise de la presse et du problème des cinéastes indépendants. « C’est génial, aujourd’hui, n’importe qui peut faire un film, même avec un téléphone », entonne-t-il. Mais la seconde facette de l’ambition de Charly Dupuis, et des cafés citoyens reste inavouée.

Le French K.WA a fait appel aux membres de Truc à dire pour une raison bien précise. « Ca fait venir du monde », en déduit une jeune femme venue pour le concert qui va suivre. Mais ce n’est pas tout. Une prise de conscience collective se cache derrière tout cela. Les films radicaux, poignants et libres apparaissent à l’heure où la côte de Sarkozy est au plus bas et où le monde entier est à ramasser à la petite cuillère. À l’image des cafés, salons du 18ème siècle, les Cafés Citoyens « boostent » l’opinion publique. Serait-on en période d’incubation. À quand le réveil collectif ?

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1 commentaire

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    Yves Tradoff
    le Dimanche 8 mars 2009
    Yves a écrit :

    L’île aux fleurs est vraiment une perle. Et moi qui pensais ce court-métrage parfaitement inconnu de tous, j’ai eu la surprise de le voir diffuser dans le cadre du festival Télérama 2009 avant la projection de Valse avec Bachir.

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