Progressive Nation Tour 2009

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Le concept du Progressive Nation Tour n'est pas évident à cerner: entre le concert et le festival, prenez une affiche kitsch au possible, des noms de groupe pas très affriolants, beaucoup de notes de musique et secouez bien fort.

Plus sérieusement, pour sa deuxième année de tournée en Europe, le Progressive Nation Tour réunit quatre groupes, Unexpect, Bigelf, Opeth et surtout Dream Theater, pour 4h30 de concert d’affilée dans un Zénith bien rempli par une troupe assez hétérogène, et en tout cas très enthousiaste.

unexpected 18H30 . Une chose est sûre à propos d’ Unexpect, comme l’indique leur nom, c’est qu’ils sont inattendus. Atterris tout droit de Montréal, l’accent québécois en bonus, devant un public dubitatif, Unexpect réuni un violoniste, une basse à 10 cordes, une chanteuse lyrique, deux guitaristes, un batteur et un claviériste. Rien que ça. Si l’on s’en tient à une définition de la musique prog qui serait de jouer le plus de notes possible par le plus d’instruments possible dans l’espace de temps le plus restreint possible, Unexpect trouve bien sa place dans le Progressive Nation Tour.

Pourtant, ils peinent à convaincre, tout bonnement car leur musique ressemble plus à un capharnaüm incohérent, mêlant des cris gutturaux, envolées lyriques et des headbangs à foison (cheveux longs de mise, pour un effet maximal), plus qu’à des chansons. Plutôt face à un opéra progressif, où les instruments et les voix se répondent à tour de rôle, la sauce a du mal à prendre, même s’ils restent tous très sympathiques.

bigelf 19H15 . Après cette mise en bouche plutôt curieuse, Bigelf fait son entrée sur la marche impériale de. Star Wars. Tout un programme.
Pourtant, pas de Dark Vador ni de sabre laser en vue, simplement quatre bonshommes restés bloqués dans l’ascenseur des 70′s, côté progressif of course. Le leader chanteur claviériste, sorte de figure christique sortie tout droit de la cour du Roi Crimson, prend la pose un Fender Rhodes à sa droite, un Moog à sa gauche. Les autres musiciens sont bien en place, les compos sont sympathiques, le set est plutôt bien mené. Ça sent le Led Zeppelin et le Black Sabbath à plein nez, avec des riffs lourds martelés et l’influence King Crimson devient évidente lors des unissons batterie et guitare.

Mais tout cela reste finalement assez sage, plus dans l’esprit d’un hommage aux grands noms du prog qu’une réelle innovation du genre. Il aura fallu l’arrivée de Mike Portnoy pour un featuring (improvisé ?) pour dynamiser le set. La différence est phénoménale, tant physiquement que musicalement. Portnoy se fait plaisir, et montre que même quand on le met derrière un kit à taille humaine, il sait tenir un tempo avec une main de fer. Sa précision et sa puissance font mouche, et on compatit presque avec le batteur de Bigelf qui reste sur le côté à tapoter sur ses cuisses, pendant que le public réagit comme jamais à la présence derrière les cymbales du grand manitou de la soirée.

Une fois le batteur revenu aux affaires, le set reprend tranquillement, et se finit comme il s’est commencé. Petit voyage dans le temps musical avec Bigelf, alors que le public s’impatiente pour les ramifications plus contemporaines du prog.

opeth 20H05 . Opeth débarque sur une scène très dépouillée. Un grand rideau noir, le matos, et c’est tout. Akerfeldt prend place derrière le micro, clairement leader de la formation.

Et dès l’ouverture en douceur avec Windowpane, c’est le choc. Autant Unexpect et Big Elf étaient sympathiques, autant avec Opeth, nous sommes dix classes au-dessus. Le son est d’une clarté exceptionnelle, la voix d’ Akerfeldt est sublimée par cette « ballade » influencée par Pink Floyd, sans le copier pour autant. On est en face de musiciens, des vrais, et l’émotion est bien là.

Akerfeldt bavarde, beaucoup, et se permet des petites blagues ( » You want a joke ? Well, look at me, I’m a fucking joke ! « ), puis enchaîne sur un morceau déchaîné.

Et c’est phénoménal, encore une fois. Des compositions à la fois puissantes, furieusement complexes et pourtant aux mélodies si évidentes. Les musiciens sont d’une précision redoutable, le clavier est toujours présent et pourtant discret (n’est pas Jordan Rudess qui veut), la section rythmique groove furieusement, et la mise en place est parfaite. Le Harlequin Forest est clairement un grand moment du set, et Akerfeldt épate par la facilité avec laquelle il passe de sa voix claire au chant growlé typique du death metal des débuts. Le son est parfait, chaque instrument peut être écouté séparément, aucune fréquence ne se chevauche, et c’est là aussi un point fort du set d’ Opeth .

Hex Omega du dernier album pour finir, sans baisser en qualité ou en émotion… Autant dire que l’impression est plus que favorable, et même si Akerfeldt joue la carte d’une modestie qu’on estime sincère (« we’re off, and we leave you with the band you’re all here for »), on se demande si le vrai vainqueur de la soirée n’est pas Opeth .

Setlist

1. Windowpane

2. The Lotus Eater

3. Reverie/Harlequin Forest

4. April Ethereal

5. Deliverance

6. Hex Omega

dt3 21H35 . Après la simplicité et la clarté d’ Opeth, Dream Theater arrive avec ses gros sabots de tête d’affiche : derrière le rideau, les lumières s’allument et les silhouettes du groupe se dessinent sur fond sonore d’éclats de tonnerre. Un grand coup de caisse claire, le public tressaillit et le rideau tombe pour révéler un grand écran et la batterie gigantesque de Portnoy, alors que John Myung et Petrucci s’avancent sur le devant de la scène sur les premières notes de A Nightmare to Remember .

Démonstration technique de mise pour Dream Theater, avec leur nouvel album à l’honneur. James Labrie, le poitrail bombé et le micro levé, entonne la première chanson de Black Clouds and Silver Linings avec sa voix de ténor. Ce ne sera que va-et-vient pour lui par la suite, qui disparaît pour laisser place aux solos, impressionnants de vitesse et de précision, de ses collègues. Rudess est particulièrement en forme ce soir, et de son clavier pivotant marqué du logo de Your Majesty (le premier nom de DT ), nous entraîne dans un solo endiablé (toutefois un peu longuet) de sons électrisants, puis dans une démonstration de Bebot, une application… iPhone.

L’heure est au kitsch pour DT, à son habitude. Alors que le groupe joue, trois écrans diffusent des images de synthèse ridicules d’un éléphant qui peint une plante (véridique) ou encore un Rudess en dessin animé jouant sur un clavier en haut d’une tour, chapeau de magicien sur la tête. Des symboles qu’on préfère garder obscurs, merci.

dt2Malgré tout, DT nous transporte sur la planète prog, avec ses envolées lyriques et techniques, sa batterie de la taille d’une soucoupe volante et ses paroles mythiques. Les membres s’avancent vers le public, traversent la scène de part et autre (ce qu’avaient négligé les groupes précédents). Même Rudess, muni de son clavier portatif, vient nous faire un petit coucou. Inspiré, James Labrie joue le jeu du ‘ groupe super soudé ‘, donnant une accolade à Petrucci ou Myung, ou encore aux câbles électriques qui relient les enceintes. !

On regrettera cependant la chanson de rappel, The Count of Tuscany, qui tombe un peu à plat devant un public qui aurait préféré un bon vieux As I Am ou Pull Me Under . En rang d’oignons devant leurs fans, ils nous font la révérence et s’en vont retourner sur leur planète. Dream Theater, on aime ou on déteste, mais dans ces moments-là, on ne peut s’empêcher d’apprécier leur sincérité et la façon dont ils ont l’air de prendre un plaisir de fou à nous livrer leur performance. Chapeau bas aux magiciens de la prog.

Setlist

1. A Nightmare to Remember

2. The Mirror

3. Lie

4. A Rite of Passage

5. Wither

6. The Dance of Eternity

7. In The Name of God

8. The Count of Tuscany

23H15 . La foule s’écarte, non sans une certaine fatigue. Presque 5 heures de concert, surtout de prog, peut s’avérer avoir un effet néfaste sur l’organisme. Le public semble avoir reçu sa dose de prog pour cette fois… mais que jusqu’à la prochaine tournée de DT .

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

3 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 12 octobre 2009
    Alauth a écrit :

    Pour moi, cette revue de concert est une catastrophe.

    Tout d’abord à cause des erreurs de description (basse à 9 cordes et pas 10, Orgue Hammond et pas Fender Rhodes etc…) et ensuite parce que la personne qui a écrit cela n’a visiblement pas assez de recul sur les groupes pour pouvoir les juger correctement.

    Quand on est pas prêt à écouter des groupes de la trempe d’Opeth ou Dream Theater, on s’abstient de faire une revue ou bien on se documente sur les groupes avant le concert.

    Quant à la définition du progressif, on pourra peut être mettre cela sur le compte d’une ignorance crasse ?

    On peut aimer ou ne pas aimer, là n’est pas le problème, mais l’ignorance totale qui transpire de cet article colle mal avec le ton critique.

    Bref, à revoir en profondeur.

  2. 2
    le Lundi 12 octobre 2009
    Le Angry Pierre a écrit :

    @ Alauth: l’ignorance crasse c’est justement d’exclure complètement l’avis de néophytes. De quel droit un avis est-il plus valable qu’un autre sous pretexte qu’il y mentionne le nombre de corde de la basse ou la marque du clavier? Une chronique c’est un compte rendu des impressions du chroniqueur au moment où il est allé au concert, ce n’est pas un argument qui a valeur d’autorité suprême. Si jamais il y a une thèse à écrire sur le prog on t’appelera, pour l’instant, laisse la musique se partager comme elle se doit: entre fin connaisseurs et néophytes tous autant que nous sommes.

  3. 3
    le Lundi 12 octobre 2009
    El Gono a écrit :

    Bonjour,

    On va commencer par se vouvouyer, après tout on ne se connaît pas et vous m’avez l’air plus enclin à une distance froide qu’une discussion chaleureuse.

    Comme vous pouvez le voir par mon pseudo, je suis un des coauteurs de la chronique. J’étais présent dans la fosse, j’ai bien regardé et écouté tous les groupes présents. J’ai rédigé plus spécifiquement la partie sur Big Elf et Opeth.

    S’il est vrai que nous avons fait des erreurs sur les instruments utilisés, je ne pense pas que le coeur de la chronique est là. Sachez aussi qu’il y a des contraintes de temps, tout simplement. Il nous faut aller vite, car beaucoup de sites sont sur le coup, et cela peut entraîner quelques erreurs.

    Après, est-ce que je pourrais vous demander d’où vous tirez l’idée que nous ne sommes pas « prêts », et que nous avons une « ignorance crasse » de la musique qu’on appelle « progressif » ?

    Pour votre gouverne, et je parle ici en mon nom, je suis fan de Dream Theater depuis maintenant 5-6 ans. Au delà du pur chiffre, juste vous signaler que je possède tous les albums, les DVD officiels, que je joue aussi de la batterie et que Mike Portnoy a durablement influencé ma manière de jouer et de composer. J’ai découvert nombre de groupes grâce à eux, et je crois que mon « ignorance » en terme de progressif est extrêmement faible.

    J’ai beaucoup écouté Opeth, sans être aussi fan que Dream Theater. Je respecte énormément ce groupe, et depuis le concert du 4 Octobre, je crois pouvoir dire que ce qu’a proposé Opeth fut ce jour plus intéressant musicalement que ce qu’a proposé DT. Encore une fois, à la vue de tout ce que DT a fait jusqu’ici.

    Et si vous évoquez par « ignorance crasse » les critiques que nous avons adressées à Dream Theater ce soir là, eh bien sachez que ces critiques sont fondées. J’aime DT énormément, je n’en reste pas moins critique et j’essaye d’écouter ce que les non-initiés en disent. Eh bien oui, je crois que DT est un groupe dont le « goût » esthétique n’est pas très bon. Je trouve que leur manière de composer, d’interpréter et de mettre en image leur musique est « lourde ».
    Ceci n’est pas négatif en soi (Awake est « lourd » mais pourtant remarquable). Cette tendance a toujours été présente chez eux, mais depuis Train Of Thought, je trouve que cette tendance s’est fortement accentuée. Prenons l’exemple de Portnoy : ses plans sont bons, mais quand on analyse « en profondeur » les derniers albums, on se rend compte qu’il développe au mieux une idée ou deux.

    On pourrait discuter des heures de ce phénomène, ce serait d’ailleurs avec plaisir, mais ce n’est pas forcément l’endroit ni le moment.
    Bref, pour avoir une meilleure idée de ce que j’ai voulu dire, allez écouter Tool, Porcupine Tree, Opeth, Frank Zappa, Mastodon, Oceansize, A Perfect Circle. Ce sont pour moi des artistes qui aujourd’hui proposent quelque chose de vraiment intéressant et novateur.

    On pourra alors discuter tranquillement de mon ignorance.

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