Programme – Agent réel

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Après huit ans d’absence, le duo toulousain est de retour avec leur troisième album, Agent Réel, et une tournée partout en France. L’ouverture des hostilités s’est faite à la Dynamo de Pantin.

14h : interview

Voir Programme en concert et meilleur encore, les interviewer, cela relevait plus du fantasme que d’une opportunité au vu et au su de leur rupture en 2002. Programme reformé ? C’était presque inattendu. Pourtant, quand on voit Arnaud Michniak (chant et textes) et Damien Bétous (musique), que ce soit autour d’une table basse, clope au bec et café à la main, ou sur scène, l’alchimie fonctionne encore très bien. C’est qu’en fait, les deux compères ne se sont jamais vraiment quittés. Mais les retrouver, ‘‘nous’’, ça n’a pas de prix.

Quand on apprend que le groupe se reforme, la première question qui vient, c’est pourquoi avoir repris Programme après tant d’années d’absence depuis L’Enfer Tiède (2002) ; pourquoi revenir sur scène avec un nouveau disque ?

Damien : (Rires) Je suis à l’origine de la pause qui s’est passée après L’Enfer Tiède, après la tournée de 2002 ; j’avais des activités professionnelles à mettre en place, d’autres à continuer. Il y avait aussi un besoin de calme après la tempête, on va dire. Arnaud ayant travaillé tout seul sur un projet, Poing Perdu, on s’est rappelé, il y avait quelques riffs, quelques paroles, etc. On a monté un morceau ou deux, ça a pris quelques couleurs. C’est devenu Agent Réel, au fil du temps. Nous, on passe souvent par plusieurs phases avant d’arriver à quelques choses donc pour répondre à ta question c’est un peu dur, parce qu’en fait, c’est toujours des ramifications d’idées, de choses qui sont impossibles, d’autres qui ne le sont pas, qui aboutissent, qui n’aboutissent pas.

Arnaud, on t’a entendu chanter des chansons d’Agent Réel, qui sont sur l’album de Programme, lors de ta tournée solo Poing Perdu. Est-ce que Poing Perdu a été le déclencheur du projet, mais aussi d’une nouvelle approche de la création ?

Arnaud : Pour les textes, ouais. Mais pas Poing Perdu. Ce sont plus des discussions avec des gens d’un certain milieu, des gens qui sont plutôt en marge, on va dire. C’est aussi une réflexion personnelle sur le réel que j’avais faite tout d’un coup sur (hésitations)… la façon d’être artiste aujourd’hui sans être déconnecté, sans rentrer dans un microcosme. Sans devenir un peu un automate aussi, finalement, de la consommation culturelle. C’est des trucs auxquels on pensait aussi déjà au début avec Programme. C’est un peu un processus. Et petit à petit, je suis arrivé sur cette espèce de concept d’identité… J’ai commencé à écrire avec ça en tête.

Et pour toi, d’origine, c’était refaire appel à Damien pour faire Agent Réel ?

Arnaud : Non, c’est tombé au même moment en fait. C’est plutôt du hasard ou de la coïncidence. Moi je commençais à réfléchir là-dessus, et c’est à ce moment-là que Damien m’a recontacté. Je n’avais pas encore commencé la tournée de mon album solo… ou bien j’étais dedans, je ne sais plus… Et il m’a passé des instrus, et moi j’ai essayé d’y mettre ces textes d’Agent Réel, ça a direct bien collé, donc on s’est dit que ça pourrait être la direction de Programme.

Et toi Damien, si ce n’est pas indiscret, tes activités avant de reprendre Programme sont-elles musicales, ou toutes autres ?

Damien : Elles sont techniques. Je fais beaucoup de technique. De technologie. Principalement dans le théâtre, dans la danse. Voilà. Technicien, et un peu inventeur de logiciels, etc. Donc ce sont des choses qui me servent aussi dans Programme, du coup, pour mettre au point…

Sur scène ?

Damien : À la fois sur scène, à la fois pour reproduire les sons, souvent bizarres, que je ponds.

Arnaud : En général, tu ne prends pas des sons tout prêts.

Damien : Voilà, oui, c’est ça. Il y a beaucoup d’artisanat, et d’ailleurs dans Agent Réel, il y a une différence notable avec tous les autres albums, c’est qu’il n’y a aucun samples, aucune particule prise à droite ou à gauche. Ou autre.

Donc c’est Programme à 100% ?

Damien : Ha là, c’est du 100%. Voilà. Mais c’est pareil. On n’avait pas décidé de ne plus prendre de samples. Ça s’est fait comme ça, petit à petit.

Pour ce qui est de l’album, il y a une nouvelle tournée aussi : comment l’appréhendez-vous après cette absence ? Est-ce que vous reprendrez des titres des anciens albums en live, ou vous allez uniquement tourner sur Agent Réel ?

Damien : Oui, mais là, faut venir aux concerts ! (Rires) Non non non, ce que je peux dire, c’est qu’on essaye une forme un peu plus ouverte qu’une liste de morceaux joués. Voilà, il y a des moments où l’on préfère utiliser l’esprit de la performance, et que les idées passent mieux, plutôt que jouer un morceau, qui aurait été composé dix ans avant, comme ci, comme ça.

Arnaud : Il y a un besoin de se réinventer, qui fait partie de notre goût aussi. Donc le passé, on le prend pas juste comme un passé, qui est figé, on essaye de le réactiver. Et il y a comme un « trou de mémoire » entre les deux aussi. Mais bon, vous verrez !

Damien : Parce qu’à l’époque, où on avait fait certains morceaux, il y avait une énergie qui a été figée par le support et qui peut être toujours actuelle.

Arnaud : Puis nous, on a pris dix ans dans la gueule, à peu près, aussi ! (Rires). Donc il y a aussi des trucs dans lesquels on se reconnait moins… enfin, pas pareil.

Damien : Il y a beaucoup de morceaux qu’on aurait pu faire autrement, mais on avait décidé de les incarner sur disque comme ça alors qu’on avait mille versions différentes. D’ailleurs avant de faire un morceau, on a souvent sept/huit versions qui traînent. Donc, il y aura un petit peu cet esprit-là, d’ouvrir vers la performance.

Et est-ce que vous allez aborder le morceau « Nous » en live (NDLR morceau bruitiste et expérimental de 30 minutes) ?

Damien : Bah il faut venir au concert ! À ton avis ?

Oui ?

Damien : Voila. Juste, par rapport à ce qu’on vient de dire, « Nous », pour un souci d’expression, ou de vérité d’expression, on l’étire dans un disque, parce qu’on a besoin d’espace pour ce morceau-là. Forcement, en live, on va utiliser l’espace peut-être différemment, mais il y aura cette même énergie, ce même développement.

Vous aviez dit, dans une interview, que l’album était né dans l’urgence, qu’est-ce qui vous donne ce besoin d’aller plus vite, qu’est-ce qui vous préoccupe ? Pourquoi cette urgence ?

Arnaud : Damien) C’est par rapport au texte, d’Agent Réel, et tout ça. Déjà, quand t’es artiste, il y a un mode de vie, une nécessité, une raison d’être, dans ce que tu fais. Ce n’est pas un jugement de valeur, c’est juste comme ça. Ta vie elle a un sens aussi si toi tu arrives à exprimer certaines choses, inventer certaines formes, et à un moment où t’as l’impression que c’est nécessaire. Donc l’urgence au niveau des textes, elle vient aussi de ça, c’est-à-dire que ça ne me paraissait pas normal de rentrer dans un calcul et de garder pour après. Quand ça arrive, tu as envie de le partager de suite, mais après c’est compliqué, ça prend du temps à monter, donc tu ne peux pas vraiment le faire, vu le temps que ça prend. Et l’urgence en fait, c’est un peu la même chose que tout à l’heure : comment arrêter de nourrir le marasme. Nous on a toujours ce truc-là qui fait que bon, on est à la fois heureux et à la fois un peu malheureux. C’est-à-dire que je crois qu’on a des envies qui sont démesurées par moment. C’est ce qui en fait la beauté aussi. Et comment trouver quelque chose à dire qui ne nourrisse pas le marasme, qui ne soit pas une phrase de plus, qui ne soit pas un disque de plus ? Ça, c’est né d’une urgence, mais que tu vois autour de toi, que tu peux sentir toi-même, par rapport à des gens qui sont en difficulté sociale, par rapport à une histoire dont tu ne peux pas sortir et qui est à la fois effrayante… Je ne sais pas si je suis clair… C’est un peu…

C’est un peu être réactif à tout ce que tu avais emmagasiné, les gens que tu as croisés ?

Arnaud : Ouais, ouais.

Damien : À la fois, par rapport à l’urgence, on a quand même mis trois ans à monter le disque, donc chaque chose est urgente parce qu’actuelle. Quand t’as quelque chose d’actuel, il faut que ça soit fait maintenant, et écouté maintenant, mais tu as besoin de temps pour le faire donc… C’est-à-dire que dès que le projet démarre, nous on a envie que ça sorte assez vite. Sans bruler les étapes, on essaye quand même d’avoir le pied sur l’accélérateur bloqué.

Entre les deux premiers albums et Agent Réel, il y a eu deux autres projets de Programme : Bogue et Génération Finale. L’an dernier, vous aviez monté un projet avec une troupe de danseurs…

Arnaud : Oui, c’était une résidence, à Poitiers.

Et on se demandait si vous n’aviez pas envie de faire, d’aborder une forme d’expression particulière, soit en live, soit en album. Si vous aviez des idées, des choses que vous aimeriez faire ?

Arnaud : Quand on a fini « Nous », je me suis dit que ça serait une super musique pour des danseurs. On verra s’il y a des gens que ça intéresse. Mais le travail avec les chorégraphes et les danseurs, c’était plus une sorte de labo, vraiment, nous ça nous a pas mal nourris. On était hyper-libre pendant dix jours de faire ce que l’on voulait. On faisait une performance d’une heure toutes les 15 heures, en fait, pendant 10 jours, et du coup on a testé beaucoup de choses qu’on retrouve là sur scène. Plus au niveau du son. Après, là c’est pareil, c’est un peu comme le disque, on a une présence qui est beaucoup plus directe sur scène, il n’y a pas tout un travail d’éclairage sur scène comme on avait pu faire sur la tournée en 2002, il n’y a pas trop de scénographie, c’est plus naturel, en fait, comme on le sens nous, et on ne rentre pas trop dans la préparation, le dicter d’une ambiance, au niveau de la gestuelle… C’est une espèce de geste général, peut-être… Peut-être que cet entier fait une espèce de chorégraphie…

Damien : Mais ta question elle est un peu multiple. Mais je crois que ça parait évident, c’est… On ne se sent pas à 100% partout. Si on fait que du rock, on n’est pas 100%, on se sent un peu à l’étroit, si on va trop loin, on n’est pas chez nous, faut revenir, donc forcement on tâte un peu à plein de choses.

Arnaud : Mais ça nous dirait bien, ouais je pense.

Damien : Ça nous dirait bien, bien sûr.

Ça dépend des rencontres ?

Damien : Bah sur la Génération, on avait fait une installation dans une biennale, donc on a touché à ça un petit peu aussi, pour voir déjà ce que font les autres, les rencontrer, etc. les confronter. Je pense que c’est important de confronter sa musique ailleurs, ailleurs que dans son petit monde.

Arnaud : Ouais, ça ouvre, ça fait du bien.

Damien : Ça ouvre. Enfin disons, confronter, des fois, ça créer des choses, on se sent ou en phase, ou complètement à côté, ça créer des rapports…

Arnaud : Ça fait un peu de recul sur tes préoccupations

Damien : Ouais, vachement de recul, et c’est vrai que nous ça nous a réussi, ça nous motive.

Arnaud : (Rires) Même si sur le moment, bon, on le dit, vu qu’on est des gros râleurs, on est vraiment dans notre monde, tu sais. Bon après on se rend compte que, oui, non c’est vrai que c’est bénéfique.

Damien : Non, c’est que tu peux toujours tirer un bénéfice d’une expérience. Ce qu’il y a, c’est que c’est forcement des expériences fortes. Pourquoi ? Parce qu’on met tout, on met toute sa personne avec des gens qui la mettent aussi toute. Donc voilà, c’est bouillonnant… Le temps a cette qualité-là.
Image de PROGRAMME – AGENT REEL

Vous parlez d’être à l’étroit. « Si on fait que du rock, on est à l’étroit…  » Est-ce que, pour vous, sur scène, avec les lumières, etc. vous vous sentez aussi un peu à l’étroit en musique ? Est-ce que vous voulez être plus qu’un groupe de musique ?

Arnaud : Ça serait un peu prétentieux de le dire…

Damien : Mais moi je dirai oui…

Arnaud : C’est-à-dire que nous, il y a une espèce de brèche. À un moment on a touché à un univers qui est un peu difficile à définir, où tu n’es pas juste dans une chanson, où il y a un côté un peu cinématographique, ou ça peut être de la littérature, tu ne sais plus trop. C’est quelque chose qui nous est cher. Mais est-ce que c’est plus que de la musique ? Je ne sais pas…

Damien : Disons que souvent ça vient d’un fait, d’une chose qui nous arrive. Tu vois, des fois, on prépare quelque chose, et on va aller de là à là, on va faire comme-ci, on y passe du temps, et dès que c’est fait : c’est naze. Donc on se dit, on arrivera jamais, donc on change, on change, et on n’arrive pas à ce qu’on veut, et là, il y a ce sentiment d’être à l’étroit. Parce qu’on se dit que le format ne convient pas. On s’est posé les questions sur un CD, pourquoi ça fait rien qu’une heure, etc., ces trucs-là. On s’est posé les questions sur la scène, on s’en posera d’autres. C’est plutôt par rapport à ne pas arriver à caser nos idées. Ce n’est pas tant un point de départ. On ne va pas dire « voilà on va s’ouvrir ». C’est que des fois, on tombe dans des situations, où…

Arnaud : Nous on a besoin d’inventer, de chercher en fait. Forcement comme on cherche… c’est un peu des chemins infinis, il y a des moments où après on revient vers un espace qui est un peu le nôtre…

Arnaud, on t’a vu beaucoup lorgner sur le cinéma et la vidéo. Il y a eu APPEL CA COMME TU VEUX, et PRISE DE SON DANS UN HÔPITAL. Avec la présence de Florent Terrieux (NDLR : réalisateur du clip accompagnant la sortie de l’album), ça ne te motive pas à re-bosser avec une caméra ?

Arnaud : On a parlé d’un scénar’, peut-être qu’on va s’y mettre, écrire un scénario ensemble…

Parce que je crois savoir qu’il y avait eu des projets de longs métrages aussi…

Arnaud : Ouais…

C’est tombé à l’eau ?

Arnaud : Je voulais continuer un peu sur les films. Là, j’ai eu un projet, mais je me suis un peu noyé… Puis c’est arrivé au même moment où nous on reprenait… Voilà, j’avais besoin aussi de me concentrer sur Programme. Du coup, c’est un peu en stand-by, je ne sais pas trop au niveau de l’image ce qui va se passer, si je vais en refaire. On a pas mal été aidé pour le retour, c’est plutôt cool, par des gens qui aiment bien ce qu’on fait, et on a un site, que nous a fait Romain (www.prgrmm.com) où on trouve aussi des choses qui peuvent être creusées, il va falloir voir. Où il y a des choses, des images, des textes.

Et toi Damien, la vidéo, quelque chose, ou il n’y a que la musique ? La vidéo ça t’intéresse ?

Damien : Ha oui, oui, bien sûr. Mais pour des raisons de temps, de planning, je ne me suis pas penché dessus. Moi, j’aimerais bien commencer à creuser une connexion… technologique entre l’interaction du mot et de la vidéo et tout ça. Pas par rapport à sa composition, ou à sa prise de vue, mais par rapport à sa projection, son aspect plastique, à la lumière que ça fait, plutôt qu’au contenu… qui n’est pas mon métier. Je ne sais pas si c’est clair…

Oui, oui.

Damien : (rires) Ca m’intéresse beaucoup, mais là, je n’ai pas participé aux images sur ce projet. Il y a Florent et son équipe, Arnaud, il est du métier et de la partie, donc il avait ce qu’il fallait dans le cerveau… Mais ça me plait beaucoup.

On a lu aussi que, Arnaud, tu étais tenté par un projet de roman, d’écriture, mais que tu n’avais pas l’énergie et l’envie pour le moment…

Arnaud : Pour le moment, c’est un peu ambitieux, je pense. Mais c’est vrai, au niveau de l’écriture, disons que… je sors un peu de la chanson. Déjà, dans Programme, c’est un peu limite. Puis il y a eu les expériences de films, il y a eu les scénarios… Là, je m’approche un peu des nouvelles on pourrait dire, même si c’est toujours un peu hors format. Il y en a une qui est publiée par Mouvement. Il y en a une qu’on avait mise en musique, pendant la même résidence, à Poitiers, il faut voir si on veut reprendre ça. Et où là, on était sur d’autres formats… un morceau d’une heure, presque. Où le texte était vraiment une espèce de narration, avec un personnage… Donc voilà, c’est en cours, je travaille dessus, mais je ne sais pas trop comment tout ça va pouvoir se rejoindre. Mais j’ai bien envie de plonger davantage dans l’écriture elle-même. Mais ça ne veut pas dire qu’elle ne sera pas mise en musique…

Il y avait Noir Désir qui avait fait un disque, aussi, d’une heure, avec des textes et de la musique, est-ce que vous ne serez par tenté de faire ça ensemble ou séparément ?

Arnaud : On l’avait fait déjà un peu avec Génération Finale, même si ça s’est mis mal…

Même Bogue…

Damien : Oui, oui, voila, Bogue. Puis nous on a eu cette idée de faire ça…

Arnaud : C’est vrai qu’on avait une piste nous, là, par rapport à ce qu’on a fait à Poitiers… on a une piste dessus…

Damien : Ce ne sont pas des choses qui nous paraissent impossibles. Après, c’est toujours pareil, ce sont des pistes à creuser, mais ce n’est pas tout de le faire dans son coin et le passer en dessous de la porte une fois que c’est fait. Il faut que ça vive quelque part, il faut qu’il y ait une raison…

Une petite dernière question : il y a-t-il un film, un livre ou un CD qui vous ait mis une grosse claque dernièrement ?

Damien : Ha… on nous pose souvent la question, faut se renouveler, qu’on ne réponde pas la même chose à chacune… Non, une grosse claque, ce n’est pas si fréquent, en ce moment…

Arnaud : C’est pas fréquent…

Damien : J’aimerai pouvoir faire un choix entre 5 ou 10 trucs, mais en ce moment c’est peu fréquent, et j’en suis déçu… C’est en réécoutant des vieilleries qu’on s’aperçoit que ce moreau, que cet artiste-là, on ne l’avait pas assez regardé. Mais sur l’actuel, le contemporain, le maintenant, il n’y a pas grand-chose…

Ni en musique, ni en littérature ?

Damien : Si cela avait été le cas, je n’aurais pas autant de mal à répondre. Si déjà il faut que je cherche, c’est que…

Arnaud : On est assez exigeant aussi

Damien : Mais exigeant, je pense qu’il faut l’être aujourd’hui, parce qu’il y a pas mal de recettes utilisées, de techniques vues et revues… On est en 2010, on attend quelque chose. Peut-être pas la révolution, mais de l’engagement. Ce que j’attends c’est de l’engagement, de l’implication, et beaucoup de risques, et d’avoir des œuvres qui soit fragiles, risquées. Et ce type de rencontre, je ne sais pas, je ne l’ai pas fait… Mais après, je n’entends pas tout, je ne vois pas tout, c’est pour ça, j’ai un peu de mal à citer.

Et toi, Arnaud ?

Arnaud : Non, pareil… j’avais dit dans une autre interview, Un Prophète, c’est un film que j’avais vraiment adoré. C’est la dernière grosse claque que j’ai prise en fait… Puis là, on a eu la tête dans Programme, donc du coup…

Damien : Disons aussi que les claques, ça dépend de ton état d’esprit…

Arnaud : Si, Gil Scott Heron… Ce n’était pas la grosse claque, mais il a refait un album…

Damien : Disons, à la sortie de notre premier album, il y avait Gaspard Noé qui avait sorti Seul contre tous. À l’époque, je dis bien à l’époque, moi j’avais pris une claque parce que c’était la première fois que je voyais ce type de film, tu vois. Le fait d’oser ça. Mais il y a avait aussi peut être, de ma part, un manque d’avoir vu beaucoup de films. C’est pour ça, j’avais pris une claque. Et après c’est ça, le problème pour prendre une claque il faut être secoué à mon avis par une forme risquée. Puis, moi, je deviens difficile, donc ce n’est pas évident.

Merci beaucoup. Et encore bravo pour l’album !

23 h : concert

L’album Agent Réel pourrait décevoir. Peut-être est-ce dû à l’attente qu’il a suscitée, ou alors à son décalage par rapport à L’Enfer Tiède ou Mon Cerveau Dans Ma Bouche. Pourtant, Agent Réel, bien que plus abordable que ses prédécesseurs, est une véritable pépite, et replace ses géniteurs parmi ce que nous avons d’excellent dans notre Hexagone (pour ceux qui aurait pu les oublier).

Sur scène, le set est minimaliste dans la forme, mais ultra-puissant dans le fond. « On dit rien entre les chansons, on raconte déjà assez de trucs dedans ». Pas besoin, le public est un public acquis. Et qu’ils reprennent quasiment leur nouvel album dans l’ordre ne change rien, bien au contraire.

De toute façon, l’un est réciproque à l’autre, le CD complète la scène et inversement. Ce que nous propose Programme ce soir, c’est une lecture de leur nouveau monstre (et j’ai bien dit « une » lecture). La version live de l’album ne fait que l’enrichir. Des titres moins engageants aux premières écoutes, comme Nettoyage Ethique ou N.A.M. prennent véritablement force et vie dans leur version « réelle », alors que d’autres, déjà entendus lors de la tournée de Michniak, comme Agent Réel ou C’est Une Epreuve De Force, se retrouvent dans les têtes avec un plaisir affiché.

Et on a beau avoir le cul vissé sur des sièges, ces mêmes têtes battent la mesure d’elles-mêmes. Et ce n’est pas les transes de Damien Bétous ou les sourires qu’esquisse Arnaud Michniak entre les morceaux qui les en empêcheraient. Huit ans d’attente, ce fut long, mais décidément, ça valait vraiment le coup.

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En savoir +

Programme dans les bacs :
Agent Réel
, disponible depuis début mai.

Programme sur toile : www.prgrmm.com

Programme sur scène :
Le 4 Juin au Festival Villette Sonique à Paris (75)
Le 17 Juillet au Festival Chauffer dans la Noirceur à Monmartin sur Mer (50)

+ d’autres dates à venir.

A propos de l'auteur

Image de : Né au beau milieu de l'année 1986, 60 ans jour pour jour après Marilyn, Arnaud n'a rien de la blonde pulpeuse. Très tôt bercé par les courts métrages de Charlie Chaplin, les épisodes de Ça Cartoon et le film Les 7 Mercenaires, qu'il regardait tous les dimanches - joyeux programme - il plongea bien trop vite, passionné par cet art dévorant qu'est le cinéma. Quelques années plus tard, refaisant enfin surface dans le monde réel un bref instant après des années d'inexistence, il se cogna sur une pile de livres... C'était trop tard, il avait déjà recoulé : nouvelle passion qui accompagnerait la première, la lecture et l'écriture seront ses nouvelles compagnes. Depuis, on n'a jamais revu Arnaud.

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