Prodigy au Zénith de Paris

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Dimanche soir, 19 heures. Il fait bon, il fait beau, des centaines d'êtres encore humains se font déchirer le ticket par des vigiles blasés devant l'entrée du Zénith.

_img2857-2Une fois à l’intérieur, c’est le bon son de Justice remixé par Vicarious Bliss qui assure l’accueil, résonnant dans le hall d’entrée depuis quelques minutes. Par ici, on envisage les goodies à l’image du dernier album, par là, on vide le bar pour ravitailler ses potes qui sont déjà dans la fosse, déjà bien remplie, alors que les gradins restent boudés.

Vicarious Bliss laisse ensuite la place à South Central, un duo de DJ qui envoie du gros son à faire sauter les basses. Le public est déjà bien réactif et assez homogène, de moyenne d’âge 22-25 ans, semblant être constitué surtout d’ex-geeks qui s’en sont sortis. À la fin du set, la chaleur est bien présente, on commence même à pogoter dans la fosse. Il n’est que 19h30 et les lumières se rallument pour offrir à cette salle une scène complètement surréaliste : un écran descend du plafond au dessus du public. Un clip ? une vidéo surprise ? Non. La bande-annonce du prochain Pixar, puis de la pub. De la simple pub prime time, qui n’a de plus rien à voir avec le contexte de la soirée. S’en suit alors un concours aussi improvisé que violent de huées plus ou moins fortes, allant jusqu’à jeter des bouchons ou bouteilles sur l’écran, sur fond d’insultes à l’égard du monde capitaliste (pour l’anecdote, le plus houspillé sera le prochain film Disney sur des chihuahuas). Puis l’image s’efface au milieu d’une phrase : un porte-parole volontaire vient de gravir les gradins pour se positionner en conquérant devant le projecteur. Sous les acclamations, l’écran est rangé. Visiblement, un public motivé qui sait ce qu’il veut. Certains sont venus de loin pour cet évènement à en entendre quelques accents british.

La salle, désormais bien remplie et compacte, plonge dans un délire sans nom à l’extinction des lumières… Une excitation très vite calmée : South Central est de retour pour massacrer les oreilles dans une seconde première partie plus bruyante, plus huée surtout. Deuxième séquence surréaliste de la soirée : chacun choisit son camp, entre le groupe de ceux qui affichent un majeur ostentatoire puis s’assoient sous les beats assaillants, en plein milieu de la fosse, ou ceux qui pour 50 euros prennent à coeur ce qu’on leur donne. La réunification pointe son nez avec les samples de Rage Against The Machine mais est éphémère. La lassitude gagne du terrain face au set rébarbatif. Puis Vicarious Bliss revient pour sauver l’affaire, en vain. Non pas qu’il soit mauvais, au contraire, mais la frustration est plus que palpable. Peut-être un peu par provocation, il tente des samples répétant  » vous êtes des animaux « ,  » vous allez tous crever « , ce qui deviendra vrai une heure plus tard. La sauce ne prend pas, trop fort, trop d’attente.

Une pause survient pour les tympans, pour que soient évacués celui qui a ingurgité trop d’alcool au premier rang et ce jeune qui a surestimé sa résistance face à ce qu’il vient de fumer pendant deux heures. Finalement, les lumières s’éteignent dans un vacarme tonitruant. Une vague de 20 000 volts transperce la foule pendant qu’une partie du décor à l’effigie du dernier album, Invaders Must Die, apparait sous les projecteurs avec les premiers beats de World’s On Fire . Pour les fans de première heure, les souvenirs musicaux adolescents remontent à la surface pour les prendre à la gorge.

_img3011-2Les 80 minutes de boucherie qui vont suivre sont à peine descriptibles par la langue française. Dès les premières secondes, l’individu en tant qu’être indépendant a disparu au profit d’une bouillie de muscles énervés, de sueur, de puissance violente, de cris de souffrance. Non, de bonheur. Non de souffrance. L’éclairage est épileptique. Noir. Blanc. Orange. Les deux chanteurs Maxim Reality et Keith Flint sont survoltés et vomissent leur punch non-stop en courant et sautant partout.

Prenez votre concert de Pleymo le plus violent, ou votre meilleur Muse et vous y êtes. C’est comme si on avait accumulé 10 ans d’attente et de puissance survitaminée, et qu’on l’avait libérée d’un seul coup. Même le haut des gradins est en feu. La fosse est hurlante, bondissante dans une transe inhumaine. Le batteur et le guitariste semblent monstrueusement inépuisables, auprès de Liam Howlett (le fondateur en 1990) : en chef d’orchestre au centre, derrière ses synthés, samplers et Mac, il est peut-être le seul qui soit à peu près lucide ici.

La première moitié du show offrira surtout des morceaux du dernier album, à chaque fois acclamés avec la même énergie. Le volume très fort -des enceintes et des cris- appauvrit un peu la qualité du son, mais on reconnait facilement des morceaux comme Poison, Voodoo People ( Music for the Jilted Generation, 1994) ou Omen et Take Me To The Hospital ( Invaders Must Die, 2009), plus récents. Les tee-shirts tombent, les courageux slament, le pogo est obligatoire pour survivre, et l’ambiance électrique disjoncte lorsqu’on reconnait les premières notes d’un de leurs plus gros cartons. La voix féminine du morceau qui tient la note… et c’est une déflagration vocale qui retentit lorsque les 6000 personnes hurlent  » Smack my bitch up « . La moitié de la sueur lâchée est transformée en un épais nuage environnant alors qu’il reste encore Firestarter avant de terminer en beauté sur Out Of Space . Ce morceau qui a presque 20 ans est repris en choeur à la surprise des prodiges.

La fin, aussi brutale que le reste du show, tombe un peu tôt, mais il suffit de regarder autour de soi pour constater les ravages. L’être humain est forcé au retour sur terre, le renvoyant à son indépendance pour ressentir le calme après la tempête, la douleur après l’intensité (musculaire et auditive !), le froid après l’éruption, le vide après l’orgasme.

La playlist, sans être sûr de l’ordre : World is on Fire / Omen / Invaders Must Die / Take Me to the Hospital / Run with Wolves / Their Law / Poison / Voodoo People / Breathe / Smack my bitch up / FireStarter / Out Of Space

Crédits photo : mb28

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En savoir +

Myspace de Vicarious Bliss : http://www.myspace.com/myvicariousbliss
Myspace de South Central : http://www.myspace.com/southcentralmusic
Site Internet de Prodigy : http://www.theprodigy.com

A lire sur Discordance : [Interview de South Central->859]

A propos de l'auteur

Image de : Mathias est né de l'union du soleil et de la lune en -851 av JC. Après avoir enseigné l'art dramatique à Eschyle, l'amour à Cléopâtre, les maths à Pythagore, la culture des lauriers à César, la pâtisserie à Jésus, la sexualité à Jeanne d'Arc (mais ça ne lui a pas plu), la philosophie à JCVD et la coiffure à Lucchini, il tombe amoureux de Britney et tombe dans l'enfer de la spirale. Depuis, et tous les soirs, il enfile son plus beau reflex et part shooter à tout va, dans le désespoir et l'abandon de soi, oubliant sa honte, ses scrupules jusqu'à sa vie, arpentant les salles obscures aux hasards des rencontres; en se disant qu'un jour, il la retrouvera bien par hasard sur une scène sous les spotlights. Ainsi naquit une passion.

3 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 25 mars 2009
    giz404 a écrit :

    Voilà la playlist exacte
    (recomposée à partir de mes souvenirs – dur de mémoriser l’ordre sur le coup tellement on s’en prend dans la gueule) et d’après les différentes vidéos qui trainent sur le net:

    Worlds on fire / Their Law /Breathe /Breathe mix « dubstep » / Omen / Poison / Warrior Dance / Firestarter / Run with the wolves / Voodoo People / Commanche /
    ** PAUSE **
    Invaders must die / Diesel Power (mix) / Smack my bitch up / Take me to the hospital / Wind it up (piano)+ Out of Space

    Je garde quand même une impression mitigée de ce concert. Première partie beaucoup trop longue et artistes pas au niveau, puis live de Prodigy surpuissant (peut-être même un peu trop : le début a commencé tellement fort que j’ai eu du mal à tenir la distance) mais qui s’est arrêté un peu sèchement…
    Et puis un petit manque d’inventivité (j’espérais plus de mixs et de morceaux inédits ….)

  2. 2
    le Jeudi 26 mars 2009
    Victoire a écrit :

    ça me donne l’eau à la bouche en attendant de les voir aux eurock’ !!

  3. 3
    le Jeudi 26 mars 2009
    Clara a écrit :

    Mince c’est dommage pour South Central, ils avaient bien assuré au Club NME… Mais je comprends l’impatience du public, c’est clair que Prodigy c’est un énorme electrochoc!!!

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