Printemps de Bourges, la quarantaine sans la crise

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Crise de la quarantaine: période de doute ayant pour résultat de passer de la jeunesse à la vieillesse. Visiblement, ce phénomène ne touche pas le Printemps de Bourges qui a fêté cette année son 40ème anniversaire. Entre têtes d’affiches, créations originales et découvertes, le Printemps de Bourges continue encore et toujours à surprendre.

Printemps de Bourges 2016

Le Printemps de Bourges remplit le W et la Palais d’Auron

Scènes extérieurs gratuites, expos ou concerts payants dans des grandes salles comme le W et le Palais d’Auron…Si le Printemps a bien grandi depuis sa création en 77, il continue de vouloir mélanger les plaisirs musicaux afin de satisfaire le plus grand nombre. Et depuis 2 ans, la nouvelle formule de 6 jours de fêtes consécutifs séduit les festivaliers avec cette année encore, une affluence record avec plus de 74 200 places vendues et plus de 9000 invitations. Et si cette année le public devrait se prêter au jeu des palpations de sécurité, il n’en n’a pas pour autant boudé les salles, bien au contraire.

Thylacine Printemps de Bourges 2016

Parmi les têtes d’affiche qui ont fait exploser les jauges du W citons entre autre Mika, Louise Attaque, Nefkeu ou encore Maître Gims, sans oublier les 2 grandes soirées du weekend, le « Happy Friday » et la traditionnelle « Rock’N'Beat Party » du samedi soir. Pas toujours facile de circuler entre le W et le Palais d’Auron, surtout lorsqu’il tombe des cordes (une autre tradition du Printemps de Bourges) mais c’était un maigre prix pour profiter vendredi des performances de General Elektriks – toujours aussi sautillant-, Caravan Palace, Odezenne ou encore The Avener qui a transformé le chapiteau en dance-floor géant. Du rock, de l’électro et du hip-hop il en était encore question samedi soir avec Bloc Party et Birdy Nam Nam, presque des « vieux de la vieille » en comparaison de La Femme ou de Thylacine révélés tous 2 en 2014. Programmé au 22 l’année dernière, Thylacine est tout aussi à l’aise sur une scène plus grande. Le saxophone reste la marque de fabrique de ce musicien électro, accompagné de projections et de lasers minimalistes à l’opposé du show proposé par The Shoes. Difficile à classer ceux-là, et à cerner. Pour ponctuer leur électro-house colorée défilent sur l’écran des images de Michael Jackson à différentes étapes de sa chirurgie esthétique ou encore de Nabila avant qu’un coq géant prenne possession de la scène pour le rageur titre « 1960′s Horror ». Ames sensibles s’abstenir pour la vision du clip, mais malheureusement plutôt d’actualité…

The Shoes printemps de Bourges 2016

Les Inouis côté chanson et électro

Pour tous les styles, et tous les goûts musicaux. C’est aussi la marque de fabrique du Printemps de Bourges. Pour les curieux (et de nombreux pros), le passage obligé se situe au 22. C’est là que se déroulent Les Inouïs. Depuis 1985, un réseau national d’antennes sélectionne des groupes par région dont certains se verront récompensés par un prix. Il ne s’agit pas seulement d’une statuette pour caler une porte mais bel et bien d’un véritable dispositif qui permet ensuite à ces artistes d’être accompagnés et programmés ensuite dans d’autres salles. Cette année le prix du printemps de Bourges a été décerné à Fishbach, Comme Christine and The Queen quelques années avant elle sur cette même scène, la chanteuse est seule en scène. Aux fioritures Fishbach préfère le minimalisme, juste des séquences enregistrées, parfois une guitare et une voix. Une voix et un corps habité, secoué, traversé tour à tour par la grâce et la rage. « Béton mouillé », « Mortel »…des titres qui ne donnent pas envie de rire. Entre variétés des années 80, new-wave et pop pas vraiment fraîche, Fishbach a trouvé sa place bien à part.

Fishbach Printemps de Bourges 2016

Si Nord n’a pas (encore) remporté de prix, c’est tout le mal que l’on peut lui souhaiter. De la french-pop qui n’a rien d’une guimauve où le chanteur parle d’amour, d’alcool, d’erreurs…Pas complaisant mais parfaitement ciselé et élégant. Parmi les autres bonnes surprises des Inouïs chanson citons aussi Fabian Tharin, un punk de salon comme il se définit lui-même. Il y a quelque chose de décalé chez ce Suisse avec des titres comme « Chanson d’amour toute pourrie », « Michael Jackson » où « La cigarette du condamné ». On pourrait dire qu’il est à l’ouest s’il n’habitait pas à l’est. Un phrasé à la Vincent Delerm, des sons pop ou hip-hop ça dépend des fois…pas vraiment la chanson française qu’on a l’habitude d’entendre mais qui fait sourire, sans jeu de mots.

Fabian Tharin Printemps de Bourges

Côté révélations électro, il y avait le choix. Et le choix étant par nature non objectif, citons notamment Sin Tiempo. Passé par le Conservatoire, il préfère aujourd’hui les ordinateurs auxquels il prête sa voix, ou plutôt son chant. Car Sin Tiempo est un vrai chanteur ET un vrai musicien des claviers et autres trucs électroniques. Une voix puissante parfois éraillée jusqu’à l’usure. Avec Sin Tiempo la French pop est sombre et envahissante comme la pochette de son dernier EP « Immanence ».

Pour retrouver la lumière, il fallait attendre Petit Biscuit. Salle comble pour le plus jeune musicien de cette édition du Printemps de Bourges. Un prodige de 16 ans dont la fraicheur est parfaitement audible sur sa guitare comme sur ses samplers et les voix qu’il utilise. Concerts sold out, un passage sur la scène de l’Olympia…la valeur n’attend pas le nombre des années.

Une soirée rock au 22

Au 22 les soirées du Printemps de Bourges se suivent et ne se ressemblent pas. Vendredi soir s’enchainaient entre autres Last Train, primé aux Inouïs en 2015. Du cuir, des slims, du noir et des décibels jusque dans la voix. Si vous ne bougez pas en les écoutant, les enceintes s’en chargeront pour vous. Car c’est véritablement sur scène qu’il faut les voir (ils seront notamment aux Eurockéennes de Belfort cet été). Sueur, sauts et lancés de guitare. Bon sang que les fondamentaux du rock ont du bon! Et que serait le rock sans une bonne dose de psyché? Pour ça on peut compter sur The Liminanas. Pas besoin d’aller chercher un nom de groupe compliqué, il s’agit du nom de famille de monsieur (guitare) et madame (batterie). Déjà 5 albums au compteur et une reconnaissance qui a d’abord commencé aux Etats-unis où Peter Hook, le bassiste de Joy Division, a composé une ligne de basse sur leur dernier album » Malamore ». Au jeu des influences on peut citer en plus de Joy Division, Ennio Morricone, les yéyés et Serge Gainsbourg pour les paroles française, du tambourin, des sons fuzz et des pédales wah-wah. Mais bien dosé et digéré, tout cela se transforme en pépite psyché, même sans acide.

Last Train Printemps de Bourges

The Liminanas Printemps de Bourges

L’Auditorium (ou comment se mettre à l’abri de la pluie en écoutant du bon son)

C’est dans cette salle plus confidentielle à l’acoustique parfaite (et très confortable) que se sont produits cette année Emily Loizeau, La Grande Sophie, ou encore Bachar Mar-Khalifé et Ala.ni dont la voix ne laisse personne indifférent, portée par un micro allemand des années 30 qui ne la quitte pas sauf lorsqu’elle descend de scène pour continuer à chanter en se promenant dans le public. Les chansons sont souvent tristes avec des histoires d’amour qui finissent mal mais Ala.ni y apporte souvent un sourire. La chanteuse se moque sans aucun doute d’être « à la mode » (même si le vintage l’est). En l’écoutant les yeux fermés on est immédiatement transporté à une autre époque, celle du jazz, de Billie Holliday ou encore du folk. Et en la regardant, c’est une chanteuse gracieuse au timbre extraordinaire que l’on découvre.

Ala.ni Printemps de Bourges 2016

Le Nadir, la cerise sur le festival

Depuis l’année dernière, le Printemps de Bourges a décidé de sortir un peu des sentiers battus en s’associant le temps d’une soirée à l’association Emmetrop, la tête pensante aux manettes du Nadir. La Colonie de Vacances avait inauguré le principe en 2015. Les chanceux qui y avaient assisté – et les courageux festivaliers qui avaient marché jusqu’à la salle – s’en souviennent encore. Cette année, 4 groupes triés sur la porte d’un garage plutôt que sur le volet s’y sont succédé. Les premiers a dégainer les décibels furent I.D.A.L.G (pour « il dans avec les genoux »). En provenance du Canada, ils ont signé leur dernier album « Post Dynastie »sur l’excellentissime label Teenage Menopause Records. A l’image de The Liminanas c’est encore une fois le rock psyché qui est à l’honneur amis avec une grosse touche de punk et de pop. Avec « demi-serpents », on devient accro immédiatement. Cela semble presque un son familier, et surtout très addictif même sur les morceaux instrumentaux. Et puis parfois des riffs s’échappent comme sur « Cette chose bouffe ma tête », mi orientaux mi ballade irlandaise. Bref, on y prend vite goût.

Plus rugueux, c’est au tour de Oiseaux Tempête. Tour à tour oiseaux avec des mélodies planantes puis tempête lorsque les riffs punk des guitares prennent le relais. un post-rock souvent instrumental, énigmatique et parfaitement maitrisé sur lequel le chanteur de The Ex, GW Sok, vient poser sa voix usée pour lire un manifeste, celui d’ »Utopiya », le dernier album du groupe. On entend des sirènes, des bruits de rue, des cris. Un instantané d’une réalité économique et sociale vraiment pas drôle. Si le discours est engagé il n’est pas pour autant moralisateur. Il s’agit plutôt d’un constat plus amer que doux, relayé par des morceaux qui prennent le temps de s’installer. Parfois dissonant, le krautrock de Oiseaux Tempête est aussi poétique que violent, comme la réalité.

Oiseaux Tempête Printemps de Bourges 2016

Sur la violence, It It Anita en connait un rayon. Ca hurle dans les micros des chanteurs, installés face à face sur scène au point de pouvoir sans difficulté voir la glotte de l’autre. Les postures sont à l’image des morceaux, sauvages, brutales et énervées. Le groupe belge ratisse large: noise, punk, une touche de pop en tendant bien l’oreille sur morceaux instrumentaux ou hurlés. It It Anita n’a pour l’instant sorti que 2 EP. On attend le LP avec impatience.

JC Satàn a déjà 4 LP au compteur et un passage aux Inouïs en 2013. Ne pas se fier au nom du groupe, rien de satanique la dedans, sauf si l’on considère que le rock est la musique du diable. S’il y a de la rugosité dans la musique de JC Satàn, il y a également quelques belles mélodies et ballades néo 60, des arrangements psyché, et la chanteuse presque plus souvent à genoux que debout. JC Satàn n’aime pas les étiquettes. Pas garage, pas métal, pas pop… Un savant mélange qui se déguste sur scène pour en apprécier la fougue.

 

Avec plus de 200 concerts (sans compter ceux qui se déroulent dans les bars), impossible de tout voir. Il faut donc choisir et par chance c’est ce que propose le Printemps de Bourges et cela depuis 40 ans. Cette année les nouveautés ont encore été nombreuses, destinées à offrir au public toujours plus de tonalités différentes. Alors rendez-vous l’année prochaine pour la 41ème édition du 18 au 21 avril 2017.} else {

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Image de : un peu d'histoire des arts, beaucoup de sons et l'écriture passionnément. Web ou print côté pro, ici pour le plaisir.

1 commentaire

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  1. 1
    le Vendredi 22 avril 2016
    Wil a écrit :

    Une erreur sur les dates de 2017..
    Du 18 au 23 Avril 2017
    Et non du 18>21
    Merci

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