Festival de la Meuh Folle – Jour 1 : le calme avant… | Capra | Alès (25.03.2011)

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Voilà, 20 h sonne : la 8e édition du Festival de la Meuh Folle d'Alès peut enfin démarrer. Les étudiants de l'École des Mines ont eu nouvelle fois proposé une affiche alléchante en 2011. Le premier soir s'annonce des plus éclectique : mélange des styles avec Punish Yourself, Déportivo, Broussaï et The Afrorockerz.

Image de Si l’édition 2010 était chargée d’espérances, celle de 2011 n’en demandait pas tant. Dans un Parc des Expos spécialement aménagé pour l’occasion et surtout doté de nouveaux stands comme le Dindon, le Goéland ou encore des stands de « jeux », le décor était ainsi planté pour faire de ce premier soir un chaudron bouillonnant de goûts et de saveurs variés.

Cette année, c’est en grande partie les poids lourds français de leur genre qui se succédaient sur la grande scène du Capra. De quoi réellement attirer un public qui, d’année en année, se montre de plus en plus fidèle au festival gardois. Pourtant, et ce dès le début, les premiers doutes ne mirent guère de temps à s’installer. L’affluence, étonnement basse, est véritablement le maître mot de la soirée. À l’image du camping à moitié vide, la grande salle du Parc des Expositions a eu du mal à être occupée ne serait-ce qu’à 50 %.

Si la déception est compréhensible du côté des organisateurs qui attendent impatiemment le dénouement du second soir, il est impossible de ne pas souligner la prestation des groupes. Chacun, dans son registre, ayant réalisé une performance de haute volée.

L’afrobeat des Afrorockerz en ouverture

C’est la première bonne surprise de la soirée. Le jeune groupe indé originaire de Montpellier a ouvert de la meilleure des manières cette 8e édition. The Afrorockerz, c’est une alchimie entre l’afrobeat, le rock, le reggae, la soul, mais aussi un côté « groovy » qui donne du pulse à la formation. The band, amené par le duo Emma Lamadji et Allonymous, a montré toutes les ressources d’un groupe à peine sorti de l’oeuf, mais qui peut aussi bénéficier de l’expérience du Jujju, guitariste, issu de Fanga. Une belle découverte tant l’énergie du rock’n'roll semblait admirablement bien coller à l’univers soul/afrobeat travaillé par le groupe. On est loin de Fela Kuti, le créateur de l’« afrobeat » dans les années 60 au Lagos, et l’on pouvait craindre ici un copier/coller pompeux du Maître. Mais rythmée par les tambours, la soul d’Emma Lamadji a dégagé une certaine symbiose avec le peu de public déjà présent… Influence africaine bien évidemment, mais aussi des sonorités plus contemporaines avec la guitare électrique et les claviers, The Afrorockerz a répandu une vague d’ondes positives malgré son show de 45 minutes.

Le Peuple de l’Orb pour garder la foule en haleine…

C’était une des principales innovations de cette nouvelle édition : si les anciennes versions proposaient une « petite scène » dépourvue de baffles, l’édition 2011 voyait apparaître une scène entièrement équipée pour maintenir la foule à température durant les changements de groupes. La fougue du Peuple de l’Orb, fanfare venue de l’Hérault, a amplement rempli son rôle : mettre le bordel par intermittence (trois fois 20 minutes). Si la fanfare a ses propres morceaux, elle était surtout là pour détendre l’atmosphère. Donc beaucoup de reprises ont été transformées en version punk, ska, rock’n'roll déjanté. À la manière de la Fanfare en Pétard, le flow est déversé à travers un mégaphone. Entre les cuivres et les guitares saturées, les cinq déjantés ont pu proposer des reprises de groupes plus ou moins mythiques comme les Bérurier Noir, Manu Chao, Motivés, Goulamas’k et plein d’autres. Une vraie réussite, le public a largement adhéré à ce nouveau concept. Les pogos et l’entassement de la foule contre cette scène de poche n’en étaient que les signes flagrants.

Broussaï pour lancer les hostilités

Image de Broussaï est le premier poids lourd de la soirée. Après avoir fait venir Danakil l’année dernière, le deuxième groupe de référence de reggae français est à l’honneur. Alors qu’ils découvriront l’Olympia le 31 mai prochain aux côtés de Groundation, la montée en puissance des originaires de Mâcon n’est plus à mettre en doute. En parfaite continuité des Afrorockerz, Broussaï a dégainé toutes ses balles : entre des riffs de Bob Marley et des tendances à la Dub Inc‘, les nouveaux sorciers ne sont pas passés à côté de leur show. Les gros hits se sont enchaînés sans temps mort : Démonarchie, Avec des mots, Cours de l’histoire. Loin des clichés roots de certains groupes du style, les pulsations et les basses de Broussaï ont fait perdurer l’esprit bon enfant de la soirée. Face à un public un peu plus conséquent, le groupe a distillé un reggae soigné, mais énergétique où les cuivres ont été utilisés avec parcimonie. Les lyrics issus du dernier album « Perspectives » ont pris en live toutes leurs puissances : des morceaux tels que En cavale ou Jackpot ont diffusé des saveurs roots dans la salle, pendant que Pile ou face travaillait un son plutôt hip-hop. La force du groupe reposera avant tout sur le duo dévastateur en matière de flow : l’alternance voire l’enchevêtrement des chants d’Éric Waguet et Alexandre Biol n’ont fait que clamer haut et fort le même slogan : « un rêve d’évolution ».

Déportivo, les dynamiteurs

Image de Malgré les deux performances de Broussaï et des Afrorockerz, il manque encore ce fameux « seuil » de débauche. Le pic d’affluence atteint sur Déportivo est de l’ordre de 1 300 personnes, il ne sera jamais dépassé au cours du restant de la soirée. Face à un public qui ne demande qu’à s’enflammer, Déportivo a face à lui une foule qui se pose inlassablement la même question : avec leur dernier album très tergiversé, que va nous proposer le désormais quatuor en live ?

La tête d’affiche de ce vendredi soir est en tout cas attendue au tournant : les avis assez négatifs dans la fosse à propos de « Ivres et Débutants » ne font que monter la pression. Et c’est d’ailleurs le premier morceau du petit dernier qui ouvre le bal, Fais-moi comprendre. Les influences pop de Gaëtan Roussel déjà mises en avant, c’est un public littéralement figé qui assiste à ce début de show. Rarement une ouverture de concert n’a suscité aussi peu d’intérêt. Déportivo a beau clamer qu’ils sont « toujours obsédés par la brise », le public montre qu’il sera exigeant ce soir…

De là à dire que Déportivo l’a compris, peut-être pas, on imagine bien que la setlist n’est pas adaptée en fonction de la réceptivité d’un public… Mais le groupe a offert un concert digne de ses meilleurs moments. En effet, plus de 20 morceaux ont été joués. Et ce n’est pas exagéré d’affirmer que ce sont ceux que les fans attendaient.

Car après le raté du démarrage, Déportivo n’a pas fait dans la demie mesure : 1000 moi-même, Les Bières et Queen of universe ont littéralement tout ravagé sur leur passage. Le Déportivo de la bonne époque, avec l’intensité si belle qu’on connait, à coup de riffs dévastateurs et de rock impulsif. Après avoir mis définitivement le public dans sa poche, caler Ivres et débutants dans la foulée a été assez judicieux. Surtout que le single de l’album éponyme est majoritairement bien accueilli. Après cette première débauche d’énergie, la pop sucrée du morceau maintient malgré tout la chaude ambiance installée.

A peine remis de ses émotions que le set repart pour une série de morceaux ravageurs : La brise, Ne le dis à personne, où le planant et acoustique I might be late s’insère magistralement. Penser pouvoir se reposer une paire de minutes, c’est sans compter que La salade vienne happer une nouvelle fois une fosse qui est en éruption. Le rock aiguisé de Déportivo finit même par se répandre sur Intrépide, compo toute fraîche. Les a priori du début de concert sont bien loin : même si ce Intrépide commence sur des rythmes relativement calmes et peu commun au groupe, une série de slams impressionnante se déclenche dans tout le public. Une dizaine sont à noter en moins de trois minutes, la sécurité est débordée et finie par arriver en renfort afin d’empêcher tout accident tant les barrières sont prises d’assaut !

Alors que l’heure de set pointe son nez, Déportivo n’a pas cependant décidé de raccrocher son show. Nouveau souffle rock’n'roll sur Au milieu, avant que Suicide sunday temporise le tout. Parmi eux ne fait que relancer une machine qui ne s’est jamais enrayée : le groupe quitte une première fois la scène sous les acclamations du public, avant que les très posés Pistolet à eau et N’ai-je imprègnent la nouvelle dimension du groupe : l’acoustique, la nostalgie ainsi que l’efficacité des nouvelles mélodies.
Déportivo réservera même Paratonnerre pour conclure son concert. Un régal.

Il n’y a rien à redire sur le show de Déportivo : une setlist taillée à la perfection pour le live, où les nouveaux morceaux s’insèrent intelligemment. Même si la perf’ est très carrée, Déportivo n’a pas perdu la fougue qui le caractérisait. Les variantes de rythmes et de mélodies ont été tout aussi agréables dans l’analyse de la copie finale.

Punish Yourself, le rouleau compresseur

Image de Si du reggae et du rock se sont succédés globalement depuis le début de la soirée, c’était sans compter sur le feu d’artifice que nous réservaient les Punish Yourself.

Après, on ne peut que souligner le côté à la fois perplexe et pantois des festivaliers qui ne s’attendaient pas à recevoir une telle claque. Car il faut le dire, c’est même plus fort qu’une claque : c’est un véritable coup de massue. Musicalement, tout le monde n’a pas adhéré. De loin. Mais une bonne partie du public est restée pour « assister » à la perf’ du groupe. Un spectacle ahurissant, comme si le temps d’une heure dix le Capra avait changé de dimension. Un vaisseau sans pilote, où les effets lumières devenaient les éléments essentiels du concert. Sous des influences de métal industriel, de punk ou encore de techno, les éclairages ultraviolets dotés les différents membres du groupe d’habits fluorescents. Face à eux et en travers de la scène, de larges faisceaux diffusés de manière à représenter une cage aux barreaux verts fluo. Des diables rouges disposés en surplomb de la scène ne font qu’entériner la mise en scène macabre, mais ébouriffante du groupe. Les effets de lumières sont aussi violents que l’intensité de la musique du groupe. Le public, soit déchainé, soit scotché, est martelé par l’énergie déployée.

La performance est tout aussi spectaculaire qu’explosive : une grande partie du show est orientée sur des lumières sombres ou bleutées, où la gestuelle du chanteur à crête est nettement mise en avant. Les déplacements, la façon de chanter ou de danser sont la plupart du temps perçues par des effets d’ombres ou de profils. Au milieu de nulle part, des machines pyrotechniques peuvent cracher des étincelles en simulant la découpe des faisceaux verts fluo. En alternance, lorsqu’on finit par oublier toutes formes de maquillages dantesques sur les membres, une femme peut débarquer sur scène en tenue (très légère) de latex pour jongler avec des bâtons enflammés…

Vous mélangez ce doux monde à une musique qui vous secoue les tympans, vous découvrez un groupe qui prend toute son envergure sur scène. Impressionnant.

Malgré l’aspect visuel hallucinant, le manque d’accroche musical a fini par prendre le dessus sur les festivaliers encore présents au milieu de la nuit alésienne… Si globalement les groupes n’ont rien à se reprocher, la soirée restera marquée par une affluence en dessous des attentes espérées en cette première soirée.

Tous les yeux sont désormais braqués sur cette deuxième soirée qui verra Les Ogres de Barback, Kaly Live Dub, Moussu T e lei Jovents et Merci Marlène à l’œuvre. Le public est attendu au tournant…

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En savoir +

Site officiel : www.meuhfolle.com
Crédits photos : Olivier Audouy

A lire également sur Discordance :

Live Report du Festival :
http://www.discordance.fr/deuxieme-soir-du-festival-la-meuh-folle-la-tempete-30195

Making Of :
Les Yeux dans la Meuh – Partie 1 :
http://www.discordance.fr/making-of-les-yeux-dans-la-meuh-22-30596

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: Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 6 avril 2011
    Le peuple de l'Orb a écrit :

    Bonjour Dimitri,
    merci l’article est elogieux cependant je me permettrai d’y apporter quelques rectifications.
    Nous ne faisons pas de reprise des Motivés , meme si l’esprit est semblable , mais les memes reprises qu’eux comme Bela Ciao ou d’autres hymnes revolutionnaires . Pas de reprise non plus de Manu chao mais de la Mano Negra .
    Pas de reprise non plus de Goulamas’k dont nous sommes d’ailleurs 4 anciens membres partis ensemble il y a maintenant 4 ans pour former Le peuple de l’Orb . C’est peut etre de là que vient la confusion .
    Pour ce qui est de la reprise des Berus, nous l’assumons pleinement.
    Hormis ces petits points de détail tu as bien capté l’esprit , on aime s’amuser avec les morceaux, mettre le bordel sur scène … Merci pour ton article et de nous avoir permis de préciser ces points.
    Didier / Le Peuple de l’Orb

  2. 2
    Dimitri L
    le Mercredi 6 avril 2011
    Dimitri a écrit :

    J’étais persuadé d’avoir entendu un morceau des Motivés ! Je me rappelle avoir aussi demandé à quelqu’un du public qui pensait comme moi, donc… Comme quoi je ne suis pas tout seul dans l’erreur !

    Après on peut pousser le constat à l’extrême et dire que Manu Chao était un chanteur faisant partie de la Mano Negra ! Je chipote. Je préfère aussi de loin l’état d’esprit de la Mano qui est véhiculé.

    Après pour Goulamas’k/Le Peuple de l’Orb, ça me semblait tellement proche par moments que j’aurais du saisir ce « lien ». Il y avait des airs de « Ska, Ska, Ska, Skatalunia » dans une paire de morceaux, avec notamment les instrus traditionnels comme dans Goulamas’k. Forcément, indirectement, c’était vous !

    Merci de ces rectifications en tout cas.

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