Pomme – « À Peu Près »

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Après un premier EP En Cavale, Pomme nous offre À Peu Près, un premier album de treize titres, loin d’être approximatif.

Pomme est une artiste française d’à peine 20 ans, d’origine Lyonnaise, elle a défendu son EP et ses chansons sur de grandes scènes en première partie de bon nombres d’artistes renommés ces derniers mois. Elle a aussi été mise en avant sur Youtube pour les reprises qu’elle a réalisées avec Waxx.

On le retrouve d’ailleurs avec Matthieu Joly à la réalisation de l’album, ainsi que derrière de nombreux instruments. Pomme a écrit seule quatre chansons et co-écrit/composé deux autres. On retrouve au générique cinq étoiles de ce disque Ben Mazué, Julien Bensenior (Bensé), Jean Felzine ou encore Siegfried de Turckheim. De tous ces titres, un seul est dans la langue de Shakespeare, A Lonely One, que l’on doit à Don Cavalli.

Avec ce premier album paru chez Polydor, elle souffle sur la pop française une brise légère et fraîche. Auteur-compositeur et interprète accomplie, elle est aussi multi intrumentiste. On peut la retrouver tour à tour à l’autoharp, la guitare acoustique, l’électrique, au violoncelle, à la contrebasse, au glockenspiel ou encore à l’omnichord.

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Au premier abord, c’est la pureté du visuel qui frappe: son regard clair, son pull blanc, ce fond neutre, ses cheveux ramenés sur le côté et deux magnifiques cétoines sur le visage, tels deux larmes ruisselantes sur ses joues.

Pomme y chante l’amour sous toutes ses formes, elle y met de la lumière mais aussi des orages. Elle y distille des fleurs et des paysages arides, des villes et des campagnes.

Dans son premier album,  on y retrouve une pop folk fraîche et organique, une douce intimité ainsi qu’une poésie épique. Pour les fans de la première heure, il n’y a pas de rupture avec les quatre titres de son premier EP. Parmi les treize morceaux qui le composent, le disque oscille entre des arrangements très minimalistes et des choix plus audacieux.

Le premier single Même robe qu’hier que l’on garde facilement en tête ouvre la voie à Pauline, et De Là-Haut. Ces deux autres titres  résolument pop à leur manière, rappellent pour le premier Jolene de Dolly Parton pour son texte, quant au second, il ramène aux sixties pour sa musique tout droit sortie d’un jukebox, dont il pourrait être question dans le titre anglophone.
Il y a dans la musique de Pomme un quelque chose délicieusement rétro, mais en même temps une once de modernité. Rien ne sert de sortir les boîtes à rythme et les synthés, les instruments empruntés à la folk américaine qu’elle affectionne font amplement l’affaire et confèrent une atmosphère chaleureuse.

Comme si j’y croyais donne à rêver à de grands espaces par son fingerpicking, mais aussi par les voyages qu’elle décrit. On retiendra cette très belle phrase « grandir c’est décevoir un peu, il faut s’appliquer si l’on veut rater sa vie ». La Gare met en valeur les nuances de sa voix, grâce au pizzicati du violoncelle, tous les tons cristallins enveloppent divinement sa voix.

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Pomme se met à nu. Elle se confie. Quelques titres semblent nous mener droit à un tête à tête avec elle. A Lonely One par exemple est une chanson épurée, où l’on entend le mellotron, le glockenspiel, une guitare et sa voix, juste posée au creux de notre oreille. Ce garçon est une ville révèle une douce histoire de cœur et pourrait faire écho à De quoi te plaire. Ces deux morceaux nous introduisent au sein de son secret. La distance est réduite et elle semble se trouver dans la même pièce que nous.

De ce bel album, nous pouvons aussi relever la dimension poétique épique. Tous les textes y sont bien écrits et divinement mis en musique.

Dans son EP En Cavale, elle clamait dans la chanson Sans Toi, « des chants de guerre depuis je compose, et dans mes airs je te tue en prose ». Les morceaux suivants font écho à cette citation. Les percussions, le traitement de la voix ou encore les thèmes abordés s’y rapportent.

La Lavande qu’elle a composée seule pourrait nous emmener tout droit dans le grand Ouest américain, mais c’est le Mont Ventoux qui en est le cadre. Les tambours résonnent au loin et sa voix si particulière nous envoûte. De ce fait, on lui donnerait tout ce qu’elle demande (« couvre-moi de lavande et de sel si tu pleures, avant les neiges de décembre, avant que ne fanent les fleurs »).

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L’album s’ouvre sur À Peu Près, dans la lignée de son premier EP. Au passage au refrain de ce morceau éponyme, les percussions, les choeurs ainsi que le texte (« un jour ou l’autre je te retrouverai ») contribuent à ce sentiment. On Brûlera s’inscrit dans la même veine. Pomme nous envoûte de sa voix à la fois chaleureuse et aérienne. Ici, elle se déploie et s’envole. Adieu Mon Homme répond, par son texte, aux critères nommés ci-dessus. Un homme parti (en mer, à la guerre, ou juste parti), le manque, le désespoir, l’obsession, tant de thèmes brassés en quelques phrases. Ici encore les percussions apportent une touche sombre. Le traitement des voix nuance avec le texte. Tantôt aériennes, tantôt chaudes, elles interviennent dans un chant de sirènes. Un chant qui mène tous les hommes à leur perte.

Enfin, Ceux qui rêvent traite de l’insomnie de façon si poétique que l’on pourrait souhaiter que la chanson n’en finisse jamais, telle une réelle nuit blanche. Un piano-voix qui évolue, s’étoffe et semble s’accélérer. Le texte, d’une beauté qui n’a d’égale que l’interprétation, nous emporte dans un tourbillon.

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Pour ce premier album, Pomme ne fait pas les choses à moitié. Si elle est bien entourée (écriture, composition, réalisation), elle porte les treize titre haut et fort. Elle présente un album dans l’air du temps, fort d’une identité propre, émancipé de ses idoles à travers ces parenthèses bien écrites aux mélodies entêtantes. Multi instrumentiste aucun des treize ne ressemble à un autre. Quel plaisir d’entendre Pomme suivre la voie qu’elle avait tracé avec ses quatre premiers titres.

Avec un premier album aussi attendu et prometteur, oui, nous nous « [souviendrons] de [ton] goût de Pomme, de cerise et de lilas ». Elle entame sa tournée avec un musicien afin de proposer de nouvelles versions de son album. Elle assurera quelques dates en première partie d’Asaf Avidan.
À suivre de près!

 

À Peu Près - le 6 Octobre 2017 chez Polydor
Photos – Marta Bevacqua
Merci à Nina

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A propos de l'auteur

Image de : Diplômée d'un Master 2 de Cinéma, musicienne de chambre, chanteuse de salle de bain, humoriste de placard, voyageuse par procuration, photographe amateur au regard amusé, monteuse intransigeante. J'ai un gros souci avec la couleur rouge et j'ai toujours un truc dans les cheveux. Oh, Boy! Manon, mais pas trop. *Twitter *Galerie

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