Pomm-art ou le business du vin

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Pinard ne rime plus seulement avec bar franchouillard mais aussi avec art. C’est ce que veut montrer le château de Pommard en ouvrant ses portes à une grande exposition rassemblant entre autres Picasso, Dali, Warhol et Hirst.

Vingt hectares sur huit parcelles d’un seul tenant, 300 000 bouteilles en stock, 80 % d’humidité naturelle en moyenne dans les caves, le domaine est un des poids lourd du paysage viticole bourguignon. Ce dernier est particulier, essentiellement par son mode de production, qui implique des prix chers. Traditionnellement le vin est mis en bouteille seulement après deux ans passé en tonneau, ce qui permet d’obtenir un vin de garde consommable jusqu’à 35 ans plus tard. Un tonneau ne sert qu’une fois pour le vin : il est uniquement réutilisé pour contenir de l’eau-de-vie.

En 2003, le château de Pommard a été racheté par Maurice Giraud, faute d’héritier des anciens propriétaires, le couple Laplanche. Après de grands travaux de rénovation, le nouveau propriétaire, français – détail important pour le patrimoine national – a alors adopté une nouvelle politique. Grâce à l’embauche d’une armada de commerciaux, des visites du domaine sont organisées depuis 2005.

Pour 18 euros celle-ci est relativement sommaire : petit speech pompeux du guide pour impressionner le touriste amateur, balade-éclair dans les vignes et dans les caves, et enfin dégustation de trois vins, rouges uniquement à Pommard, puis d’une eau-de-vie. Le tout est bouclé en trois quarts d’heure et vise évidemment à faire repartir le visiteur avec sa petite bouteille souvenir (comptez entre 55-75€ pour les plus jeunes). En réalité, cette visite est le seul moyen de goûter la cuvée du château car ce vin n’est pas vendu ailleurs, hormis dans quelques grands restaurants parisiens. En contraignant les intéressés à se rendre en personne au château pour toute première commande, ce marketing new age vise donc à faire du château une étape obligée en Bourgogne et une vitrine des nouvelles activités du domaine. Officiellement, cette visite obligée est conçue pour que « les gens achètent leur premier Pommard en toute connaissance de cause », justifie le guide. Cette politique commerciale offensive et accessoirement la qualité du vin, ont depuis été ardemment débattus par les connaisseurs (1).

Malgré quelques bons millésimes, le rapport qualité-prix est jugé depuis quelques années insuffisant et l’instauration d’un tarif d’entrée pour les dégustations n’arrange rien à l’image du domaine. Les passionnés de vin s’interrogent surtout sur les priorités de la nouvelle équipe dirigeante : l’hôtellerie-restauration de luxe, la communication tapageuse, ou bien la qualité de leur production, comme ils l’affirment à grand renfort de superlatifs sur leur site ? (2)

Outre cette querelle de cave, Pommard offre encore une autre curiosité : la diversification des investissements dans l’art. Après Dalí en 2009 et Picasso en 2010, place est faîte dans l’enceinte du domaine à une exposition fleuve sur l’art du 20e siècle. Intitulée « Modern, Pop, and Street Art » l’évènement (3) regroupe des œuvres du post impressionnisme aux mouvements pop art et street art, avec une mention spéciale à l’artiste belge Jean-Michel Folon.

Le business du vin n’est finalement pas si différent de celui de l’art alors se délecter de Warhol un verre à la main, pourquoi pas ?

Crédits photo : Ludo Pics Troy

Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011Chateau Pommard 2011

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Exposition « Modern, Pop, and Street Art » du 23 avril au 30 novembre 2011 (tlj de 10h à 18h) à Pommard (21), rue Marey-Monge.

A propos de l'auteur

Image de : Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

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