Political Mother – Compagnie Hofesh Shechter

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Le hall du Théâtre de la Ville ainsi que ses couloirs sont légèrement embrumés. Dans la salle : un séisme semble avoir définitivement avalé la scène en y rejetant ses cendres et sa fumée. Les repères sont troubles. Ce rideau d'opacité qui rend aveugles et inconscients accueille sur scène un homme agonisant. Le silence est pesant. Tout ce que vous avez vu va disparaître.

Car chorégraphe et danseur, Hofesh Shechter est aussi musicien et compositeur. Pour Political Mother, il a eu l’idée  d’une batterie continue qui, par un rythme constamment soutenu, encadre la chorégraphie. Ce rythme n’est pas sans rappeler une musique guerrière et tribale, qui accompagne les mouvements imprécatoires et fluides des danseurs.

Dix danseurs, huit musiciens – dont quatre au tambour et quatre à la basse. A la question « Qu’est-ce qui vient d’abord : la chorégraphie ou la musique? », Hofesh Shechter répond « Je ne m’en souviens absolument pas. Et cela n’a vraiment pas d’importance ». Cela n’a pas d’importance pour le chorégraphe qui, pendant des mois, a imaginé la bande son et les mouvements des danseurs dans un même temps de création. La ligne n’est pas tendue entre ces deux arts qui se mélangent et se supportent sur scène.

Dix danseurs en quête de sens, huit musiciens leur répondant. Aux tambours et à la voix lugubre d’un tyran qui apparaît au fond de la scène, en haut d’un échafaud invisible à l’œil, répondent les errements des danseurs tour à tour réfugiés de camps de concentration, amants, âmes en peine et victimes d’un bourreau. Political Mother est un spectacle au titre ambitieux. La « Mère Politique », celle-ci même qui engendre la peur, les génocides, et la mort, est présente et colle à la peau des danseurs souvent vêtus d’uniformes de bagnards. Au fond de la scène, ainsi, deux étages se superposent. Au premier, les tambours. Au second, les guitares. Au milieu : le tyran. Hitler. Le bourreau qui lance des imprécations, hurle. En quel langue? On ne le devine pas. Peu importe. C’est la voix des nations, et c’est la voix du sang…

Au centre de la scène, les danseurs alternent entre frénésie, fluidité des mouvements, pas de deux et rondes étourdissantes. La frénésie des corps libres, la beauté et l’horreur des corps qui supplient s’alternent. Hofesh Shechter ne nous laisse pas reprendre notre souffle. La musique nous emporte, la simplicité des mouvements et des corps nous repose, on hésite, et finalement on se dit que c’est d’une forme de folie que nous sommes spectateurs. In fine, ces mots en lettre d’or sur fond noir : « Where there is pressure, there is Folkdance« . Ces mots qui resteront collés à la rétine, résonnent comme un mantra : Political Mother nous rappelle que le corps est politique, mais que loin de devoir se raidir sous le poids de l’Histoire, il doit se rassembler dans un mouvement sans cesse répété, doux, chaleureux, et fluide. Where there is pressure, there is Folkdance !

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Compagnie Hofesh Shechter

Du 21 au 25 septembre au Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet

Chorégraphe : Hofesh Shechter

Avec Maëva Berthelot, Winifred Burnet-Smith, Chien-Ming Chang, Katherine Cowie, James Finnemore, Bruno Karim Guillore, Philip Hulford, Jason Jacobs, Sita Ostheimer, Hannah Shepherd.

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1985, Marine vit à Paris. Après avoir pensé à devenir avocate, magistrat ou danseuse étoile, elle décide in fine de rester dans l'univers suranné des livres qui ont formé son imaginaire. Elle a longtemps pratiqué la danse contemporaine, avant de trouver sa place sur les sièges élimés des théâtres. Écriture, spectacle vivant, danse : voici les mots clés qui l'ont poussée à devenir chroniqueuse pour Discordance.

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