Planète terreur

par Ren|
Sorti en DVD en mars dernier, voici un film qui n'a pas encore eu le droit à son quart d'heure de gloire ici-bas et c'est donc aujourd'hui qu'il se fait justice. Un hommage aux vieilles séries B encore plus jouissif que Boulevard de la Mort avait pu l'être, mais qui, paradoxalement, risque aussi son honnêteté dans la démarche.

18776013_w434_h_q80 Planète Terreur devait initialement sortir en France sous la forme d’un double long-métrage couplé avec Boulevard de La Mo rt, réalisé par Quentin Tarantino . L’idée était de reconstituer le format Grindhouse, programme typique des années 70 qui réunissait généralement deux productions bon marché vaccinées contre la finesse. Les deux films demeurent identiques en ce sens, mais le bide du concept aux États-Unis n’aura pas permis une telle osmose sur le Vieux Continent. Planète Terreur arrive donc en retard, et orphelin, si l’on excepte la brillante fausse bande-annonce qui l’accompagne ( Machete, emmenée par Danny Trejo ).

L’histoire contée ici ne présente donc pas la moindre subtilité: une ville lambda est envahie par un virus lambda, ce qui provoque une épidémie et, par une logique qui saute aux yeux, des massacres à la pelle. En ce sens le film n’a aucune ambition, si ce n’est divertir. Un atout-défaut puisque le charme indéniable qui en naît se voit rapidement couper les ailes par des motivations douteuses. Certes, l’hommage – puisqu’il s’agit d’un hommage – atteint globalement son objectif: rythme effréné, avalanche de scènes bien dégueulasses et humour gras en surabondance, le tout garnissant un style joliment rétro, au travers de bobines soit endommagées, soit carrément absentes. Oui, mais. Le problème reste inchangé dans ce genre de production: c’est un peu toujours pareil. On en fait des tonnes et ça marche à merveille, puisque l’objectif avoué résidait de toute évidence dans la surenchère. Pour l’audace, on repassera.

Évidemment, tout film dans cette veine « globalement réussi » entraîne son lot de situations loufoques et de personnages à l’aura sanguinolente. Mention spéciale au désormais notoire Josh Brolin, alias William Block, qui campe un docteur d’une virilité organique à faire pâlir n’importe quel pseudo-zombie posté sur son chemin. Rose McGowan remplit bien son job d’appât pour mâles peu scrupuleux, en gogo-danceuse armée d’une jambe-sulfateuse souvent imprévisible; idem pour Freddy Rodriguez (découvert en thanatopracteur dans la série Six Feet Under ) dans son rôle d’ex petit-ami et accessoirement personnage principal. La panoplie comprend aussi un shérif gaffeur, et deux compétiteurs psychopathes engagés dans la conception de l’ultime barbecue.

Alors oui, c’est drôle et souvent réjouissant pour les amateurs du genre. Mais tout ceci respire aussi l’autosatisfaction, et le plaisir au visionnage en prend un coup. L’énième intervention de Tarantino, violeur (encore?) presque anecdotique au final, ne prouvera certainement pas le contraire.

Au rayon des suppléments offerts par le DVD, la copie rendue est honnête. Disponibles dans le premier disque, les commentaires de Robert Rodriguez sont savamment distillés tout au long du film, et l’on y apprend beaucoup de choses. Également, une vidéo de 22 minutes intitulée Comic Con revient sur la conférence éponyme de San Diego, et plus précisément sur l’intervention de Rodriguez et Tarantino, qui s’étendent sur les origines du projet de collaboration Grindhouse .Sympathique.

Le disque 2 inclut tout d’abord Ma leçon de cinéma en 10 minutes chrono, qui revient, non sans humour, sur le tournage du film et offre (une nouvelle fois) les commentaires avisés du réalisateur. Suivent Des nanas d’enfer et Les hommes de Planète Terreur, qui, comme leurs noms l’indiquent, reviennent sur le film à travers la rétine des actrices, puis des acteurs. La featurette Les débuts de Rebel au cinéma ne présente, excusez-moi, aucun intérêt pour la plupart d’entre nous, tandis que Plus vrais que nature souligne l’importance du cercle d’amis de Robert Rodriguez au cours d’une intervention scénarisée plutôt plaisante. Enfin, Des zombies, des explosions et du sang revient sur les effets spéciaux, si nécessaires au bon fonctionnement de la machine gore parodique qu’est Planète Terreur . Quinze dernières minutes passées avec (normalement) le sourire aux lèvres.

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