Placebo – Meds

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Il me paraît loin, le temps où je trépignais d'impatience folle furieuse à l'idée de la sortie du prochain album de Placebo... C'était en 2003, lors de l'arrivée dans les bacs de Sleeping with Ghosts, et Placebo était encore ce petit groupe trash-intello-underground qui avait bercé mes années lycée de douce subversion.

meds-2Depuis, tout a changé ; je ne suis plus une Molkette, et Placebo est devenu une énorme machine à tubes internationale. Oubliant le déchirement que fût l’exposition soudaine de mon groupe secrètement fétiche à des millions de badauds, je vais tenter de laisser mon amertume au placard, et de me réjouir. Placebo’s back !!

Mais Placebo s’est rangé. Et il s’est rangé dans la case rock. Vous croyiez qu’ils faisaient de la pop-punk-glam ? Non. Ils font du rock. Et pourtant, avec Dimitri Tikovoï (le Frenchie de l’arrogant et jouissif Trash Palace ) à la prod, on aurait pu s’attendre à ce qu’ils continuent sur la lancée des deux albums précédents en ajoutant encore un peu plus d’électro à leur formule imparable. Mais ils sont partis dans la direction inverse, en puisant dans les racines de leurs deux premiers albums, beaucoup moins lisses et léchés. Ce qui donne : guitare, basse, batterie, piano. Avec très peu de chichis. Une simplification pas simpliste qui fait plaisir à entendre. Si on peut pleurer le fait que le trio se soit assagi – plus de robes pour Brian, plus de provocation lors des interviews – on ne peut pas nier qu’ils continuent à surprendre…

Un retour aux sources presque palpable, comme de retourner in utero . Blind , malgré un refrain un peu faiblard, rappelle la souffrance de morceaux comme My sweet prince . Infra-Red possède cette puissance que l’on avait aimé dans 36 degrees ou Every you every me . Le meilleur morceau de l’album, Post blue , semble contenir quant à lui toute l’essence du groupe : entraînant, entêtant, sexy et tordu.

Cette nouvelle direction rock est confirmée par les deux duos présents sur l’album : le premier, Meds, qui ouvre l’album, avec Alisson Mosshart (alias V.V., des Kills ), pose le ton, même si la présence d’une telle chanteuse aurait pût être mieux exploitée. Le second, quant à lui, nous propose Michael Stipe, de R.E.M., comme invité. Il se trouve être un étrange mélange entre piano et guitares saturées, avec comme toile de fond une histoire d’adultère entre deux hommes.

La subversion que l’on regrettait dans leur attitude ne serait t-elle pas restée leurs paroles ? Effectivement, tout au long de cet opus, on retrouve dans les textes de Molko ce sens de l’agitation, ce romantisme noir et mélancolique si cher à leur public français. Sexe, drogues, ( Post blue ), dépression ( Meds ), problèmes existentiels, ( Drag ) on dirait que tout y est.

Ajoutons-y des guitares énervées, des lignes de batteries presque punks, la voix de Molko qui sait se faire énergique ou sombre selon l’ambiance, et on obtient un très bon album.

Ici point de transformations spectaculaires, juste un redressement logique avec son lot de tubes en puissance. Dans ce registre, Song to say goodbye , qui fait allusion à une série de photos intitulée The death of Nancy Boy et qui représente pour le groupe une séparation cathartique d’avec ce qui les a rendu célèbres. « Au revoir, l’ancien Placebo ! Bonjour au nouveau ! »

Du matin douloureux de In the cold light of morning à l’ambiance lunaire de Pierrot the clown , en passant par l’apaisement solaire de Because I want you et le crépusculaire Follow the cops back home , Meds possède une lumière particulière. Celle d’un groupe qui a su se trouver, imposer son style au fil des années et dont finalement, il serait très dur de se passer…

Meds est disponible en édition simple, en édition limitée avec un DVD bonus ainsi qu’en édition deluxe avec le DVD bonus et un livret de photos.

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A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

6 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 20 mars 2006
    kyra a écrit :

    C’est marrant, on retrouve aussi Placebo, The Kills et Michael Stipe sur l’album « Monsieur Gainsbourg revisited » … comme quoi certaines associations ne se font pas par hasard … cela dit, la relecture de Gainsbourg par The Kills et Michael Stipe est tout simplement grandiose (je n’en dirais pas autant pour Placebo, mais j’ai du mal avec la voix de Brian sur des paroles de SG, en fait)… c’est peut-être pour cela que leur prestation n’est pas exceptionnelle sur l’album de Placebo, histoire de ne pas lui faire de l’ombre … héhé :-)

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Mardi 21 mars 2006
    VIOLHAINE a écrit :

    Personnellement j’adore The Ballad of Melody Nelson by Placebo, sauf que j’aurais préféré qu’ils la jouent en français…
    Je ne connais malheureusement pas encore la reprise des Kills, ni de M. Stipe, d’ailleurs…
    Mais je te crois sur parole, si tu dis qu’elles sont mieux !
    Enfin, je vérifierai, quand même…
    Ha ha ;P

  3. 3
    le Mardi 11 juillet 2006
    paradize a écrit :

    placebo c’est TROP genial c’est deja mieux que ces groupe pop que l’on fait en ce moment je pense non??

  4. 4
    VIOLHAINE
    le Mardi 18 juillet 2006
    VIOLHAINE a écrit :

    Hmm je ne sais pas à qui tu fais allusion ! ;)
    Mais c’est clair que, Placebo, même si « c’est plus ce que c’était », ça reste un groupe sacrément passionnant !

  5. 5
    le Mardi 24 octobre 2006
    Kyra a écrit :

    J’ai replongé -question de feeling, de contexte ou des 2 à la fois, j’en sais rien- et pour moi, LA séquence qui tue est : Meds/Infra_red/Post_blue/Space_monkey/Blind … Voilà, rien que pour ça, j’ai renoué avec ce groupe aux dérapages capillaires intempestifs (clin d’oeil à la news de Pascal ..)

  6. 6
    VIOLHAINE
    le Vendredi 27 octobre 2006
    VIOLHAINE a écrit :

    La brève était de moi, chère kyra, mais cela revient au même… :)

    Ravie de voir que « Post Blue » se trouve au milieu pile de ta suite magique. Car ce morceau-là, c’est un pur petit chef-d’oeuvre.

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