Pitchfork : Animal Collective + Fuck Buttons + Robyn + The Walkmen + The Tallest Man on Earth + Wild Nothing

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Retour sur le deuxième jour du festival Pitchfork, impeccable réunion d'artistes au goût sûr et à l'indéniable classe.

On compte, ce soir, pas moins d’une dizaine de groupes prêts à investir la double scène de l’imposante Grande Halle de la Villette. Double scène puisque, oui, remarque anodine, mais essentielle pour le bon déroulement d’une telle soirée: deux scènes se font face, un groupe débutant son set quelques minutes après que celui d’en face ait terminé le sien. Pas d’interminables et fastidieux changements de plateau, l’efficacité est de mise, bon point pour le festival.

Premier contact avec Wild Nothing, le groupe de Jack Tatum. Les Américains laissent leur deuxième et tout nouvel album, Nocturne, prendre petit à petit ses marques sur scène. La rêverie fonctionne par succinctes touches, mais vise le bon endroit, malgré le fait que, Grande Halle oblige, l’intimité requise pour réellement se plonger dans la pop songeuse du quintet n’est pas vraiment au rendez-vous. Le tout se fait donc assez inoffensif, malheureusement trop timide pour réellement marquer les esprits, même si Paradise, en dernière position, aura réveillé quelques bonnes âmes par sa montée au goût d’inachevé.

The Tallest Man On Earth suit directement sur la scène en face. Suédois de 29 ans, il affrontera droit dans les yeux la foule du Pitchfork avec, pour seuls alliés, son marcel et sa guitare. Kristian Matsson est maintenant un homme d’expérience, entre la sortie de son troisième album et ses diverses et nombreuses tournées de par le monde, le voir occuper cette grande scène d’une manière totalement naturelle augure d’une performance de qualité. Son jeu de scène est idéal, le bonhomme n’est pas démonstratif de trop, habite sa musique, à la bougeotte, traverse la scène de long en large, mais tout en restant toujours digne, ne cachant pas un quelconque vide artistique derrière de trop amples gestes. Sa folk est belle, joue sur des accords qui vont droit au cœur, touche chacun, et l’ambiance pastorale qui manquait pour Wild Nothing est bien là pour le concert de Matsson.

De la même manière, les Walkmen auront réussi à captiver la foule, sans forcer, à la classe et à la réussite. Du classic rock racé – l’influence Dylan est là, comme pour Tallest Man – joué avec une fougue romantique et un entrain de dandy à donner envie de repasser son smoking, de dépenser la totalité de son épargne en truffes blanches et de lire des journaux d’information les jambes croisées.

Après avoir loupé les Chromatics pour cause de ravitaillement, nous tombons droit devant Robyn. La suédoise pose dès le début de son set un challenge de taille: ne surtout pas se figurer une pompe relativement pitoyable de Madonna. Tâche relativement ardue si l’on considère qu’elle ne fait pas tout pour nous faciliter la chose.

Robyn porte une jupe rouge qui, de loin, la ferait passer pour une espèce de mix mutant entre un Playmobil et Perrine la laitière. Le décor est constitué de deux moulins à vent haut perchés sur scène, du type de ceux qu’on trouve lors des fêtes foraines pour enfant de huit ans légèrement mongols. Son backing band est exclusivement composé de mecs en chemises blanches comme si ils étaient persuadés de jouer chez Drucker. Trois points qui poussent à s’interroger sur la présence de Robyn à la Grande Halle de la Villette ce soir. Musicalement, comme cité plus haut, la pop est guimauve, le genre de titres qui fonctionnent parfaitement en ayant un peu trop tâté de la pinte, mais qui, sobre, provoque une indifférence assez marqué..

Fini la déconne, juste après Robyn, Fuck Buttons passe sur scène. Cela faisait un bout de temps que l’on avait plus entendu parler du duo anglais, après un Tarot Sport de bonne facture. Ils débutent de suite par un nouveau morceau, et les bonnes vieilles habitudes reprennent rapidement: le volume sonore frise l’indécence, chaque kick tape droit dans l’estomac et le besoin de bouchons se fait vite ressentir. Les nouveaux morceaux joués ce soir sont dans la continuité du dernier album, rien de bien neuf, mais tout cela reste très bon, hormis un assez hallucinant passage hip-hop, le type de sample sur lequel les Beastie Boys auraient pu tranquillement se lâcher. Ce qui n’a pas empêché une bonne partie du public de se casser pendant le set du duo, Fuck Buttons faisant tout de même office de vilain petit canard ce soir, dans le sens où les bougres n’ont pas hésité une seule seconde à faire chauffer les enceintes et à jouer plein pot la carte du larsen électronique.

Niveau foule qui se scinde en deux au fur et à mesure du concert, les quatre New-Yorkais d’Animal Collective en connaissent un rayon. C’est-à-dire que les quatre bonhommes ont pour habitude de n’en faire qu’à leur tête, ne jouent que ce qu’ils ont envie et, si possible, leurs titres les moins évidents en premier pour laisser place aux tubes par la suite. Le groupe aura donc pris soin de jouer tout son dernier album, Centipede Hz, pour passer aux tant attendus titres où il fait bon de danser comme on gesticulerait saoul à une kermesse: Peacebone, My Girls et une version d’une dizaine de minutes absolument extatique de Brothersport qui nous laissera toute transpiration dehors, face à l’imposant décor planté sur scène. Une sorte de dentier qui se prolonge des deux côtés, surplombés par des espèces de ballons genre Disneyland sous LSD.

Une deuxième soirée agréable donc, même si on sent le troisième jour pointer petit à petit le bout de son nez, pouvant sans mal annuler à lui tout seul les deux premiers jours du festival: Liars, Cloud Nothings, Purity Ring, Julio Bashmore, Death Grips… de quoi faire tourner la tête en un petit clin d’oeil.

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