Pink Martini sert son cocktail favori

par Etienne de Villars|
Pour son 4e album studio, le groupe Pink Martini propose un nouveau voyage à travers le temps et l'espace en puisant dans l'esthétique « old fashioned ». Splendor In The Grass apparait comme un album romantique d'une beauté simple, aux mélodies efficaces et sans prétention.

Rencontre (avec la chanteuse China Forbes et le pianiste Thomas Lauderdale.

Comme les précédents, votre dernier album Splendor In The Grass est largement inspiré de la musique des années 1940 et 1950, qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans cette période ?

363067187_l_copie China Forbes : Oui, des années 70 aussi. Je crois qu’on apprend juste du passé. Je suis quelqu’un de très nostalgique et Thomas ( Lauderdale ) l’est extrêmement aussi. Thomas a l’habitude de dire que rien n’est bon après 1963-64, mais je pense qu’il doit changer ça, car certains morceaux qu’il enregistre viennent des années 1970 donc clairement il ne le pense plus aujourd’hui. Il a toujours préféré les choses vintage, cela va des vieilles valises aux posters Hollywoodiens des années 1950 ! Notre musique est véritablement imprégnée de ce passé. Mais je crois qu’on porte tous cette nostalgie, on regarde toujours le passé ou on pense au futur, et c’est parfois dur de profiter de l’instant.

Au tout début, à Portland le projet musical avait des motivations politiques. Est-ce toujours une des vocations du groupe ?

CF : Oui, nos chansons sont rarement ouvertement politiques, mais quelques-unes le sont comme Bitty Boppy Betty qui est probablement la plus controversée aussi. Je crois que Thomas est vraiment un activiste et ça influence tout ce qu’on fait, des endroits où l’on se produit aux oeuvres caritatives auxquelles on donne notre musique. Presque tous les ans, on participe à un événement qui s’appelle FoundFest, on joue tous les soirs pour une oeuvre de charité différente et essayions de récolter environ 20.000$ par concert. C’est vrai que notre engagement est moins dans les textes que dans l’action proprement dite.

La chansons Splendor In The Grass est très nostalgique et évoque le retour à la nature et à la simplicité. Pourquoi avoir choisi ce titre pour l’album ?

pink5 C F : Thomas l’a choisi, il a toujours aimé cet esprit de retour à la terre. Il s’est converti à l’informatique et au téléphone portable bien après le reste du groupe et a donc résisté aux nouvelles technologies. Peut-être parce qu’il a grandi dans l’Indiana et qu’il aime cette ruralité. Je crois qu’il aimerait parfois s’évader de la vie imposée par les grandes villes, de l’urgence aussi.

Pensez-vous que l’on devrait revenir à des valeurs et des modes de vis plus simples ?

CF : Malheureusement, je crois qu’il n’y a pas vraiment de moyen d’échapper à la technologie qui nous entoure. J’ai un bébé et je ne souhaite pas qu’il grandisse dans cet univers de télévision, de télécommunication. C’est triste pour un enfant de subir tout ces instruments. Pourtant, ce n’est pas très réaliste, c’est une sorte de fantasme. Certaines personnes le font, partent vivre une vie plus simple, sur une ile ou dans une ferme. Mais ça n’est pas encore dans mes projets, je ne suis pas vraiment aussi proche de la campagne que Thomas . Peut-être qu’il le fera lui, son père est jardinier, mais je ne sais pas s’il a hérité de cette passion.

(Thomas Lauderdale débarque dans le salon de l’hôtel après un réveil difficile)

Comment définiriez-vous l’esthétique générale de Pink Martini ? Peut-on la qualifier de romantique ?

pink4 Thomas Lauderdale : Oui c’est romantique, le groupe l’est, le mélange de l’ancien et du moderne est certainement à l’origine de cette atmosphère. En fait, la plupart des chansons ont été écrites en pensant à la voix de China . Il y a aussi beaucoup de références à la musique classique notamment dans And then you’re gone qui cite la fantaisie en Fa mineur de Schubert, et Splendor in the Grass qui s’inspire du concerto N°1 en Si mineur de Tchaïkovski .

CF : C’est simple dans le bon sens du terme.

TL : Oui, ça n’est pas comme le Jazz moderne par exemple avec beaucoup de notes et moins d’espace pour le son; notre musique est spacieuse.

CF : Je crois qu’elle fait plus appel au coeur qu’a la tête en définitive.

Il y a tout de même un morceau assez Jazzy : Ohayoo Ohio .

TL : Oui, c’était encore plus Jazz quand il nous a été présenté par Dan (Guitare), le morceau était plus fourni et plus rapide. La batterie était plus présente et ça sonnait comme les années 1970. On l’a ensuite ralenti, puis supprimé la batterie et ajouté des bongos et des congas et ça sonne plus dans l’esprit des années 1960 désormais.

Dans cet Opus, China chante en anglais, italien, espagnol et français. Quelle est votre recette ?

CF : Je ne pratique pas vraiment ces différentes langues donc c’est vraiment un travail nouveau pour chaque morceau et ça sonne différemment d’une fois sur l’autre. Je parle un peu l’italien et le français, ces bases m’ont aidé à développer une bonne oreille pour les accents.

Comment vous y prenez-vous pour écrire dans une langue étrangère ?

pink1 CF : Les premières fois qu’on a écrit ensemble c’était sur Sympathique pour Je ne veux pas travailler et nous avions tous deux un background de français qui nous venait du lycée. Ma grand-mère était française, ce qui m’a peut-être donné un léger avantage. On a donc commencé à écrire et à se perfectionner et on a demandé à des Canadiens assis à côté de nous au restaurant de nous aider à traduire nos idées. Ensuite nous nous sommes rendus compte qu’il y avait quelques erreurs, mais on les a gardées, car nous ne pouvions pas le dire autrement. On a décidé de ne pas toucher aux erreurs et aux problèmes d’accent. Écrire dans une langue étrangère quand vous ne la parlez pas c’est aussi un prétexte pour se faire des amis du monde entier et une bonne excuse pour qu’ils viennent nous rendre visite ! ( rires ) Se rassembler et écrire ensemble, je crois que c’est un peu ça l’esprit de notre musique.

TL : Personnellement, je pense qu’il est plus facile d’écrire dans une langue différente, car vous n’avez rien à perdre. C’est plus direct. J’ai pour ma part des difficultés à écrire en anglais, car je me dis que ça a l’air ridicule ; ça sonne mal. Le français sonne mieux et colle bien avec notre style.

C’est votre 4e album pour le label français Naïve ; vous avez une relation particulière avec la France.

CF : Oui nous n’avons pas de maison de disque aux États-Unis, Naïve nous laisse une grande liberté et n’intervient pas dans le processus artistique. On a toujours fait comme on l’entendait sans pression particulière et nous travaillons moins vite que beaucoup d’autres artistes.

TL : La seule pression est celle de nous faire venir en France, ce qui a du sens. Mais la France est notre premier pays. Nous sommes plus populaires ici qu’aux États-Unis !

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Pink Martini, Splendor in the Grass, sorti le 27 octobre chez Naïve

Site officiel : http://pinkmartini.com/

1 commentaire

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  1. 1
    le Dimanche 29 novembre 2009
    Eymeric a écrit :

    Un groupe que je connaissais bien trop peu, et je dois dire que je suis tombé sous le charme, en pleine traversée nostalgique… J’aime bien la façon dont ils ont gardé tout l’intemporel de ces années là et de reconstituer une certaine nostalgie d’une époque que je n’ai pas vécue. Un coup de coeur pour « Over the valley » qui donne une impression de solitude à la fois triste et réconfortante…

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